LE PILON 10

Jean Pierre Lesieur / pages : 1 2/10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26/27 28

revue trimestrielle de poésie


 

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Page 1

Monde suicide. Monda suicida. Vieille gourme barbue d'humanité vacillante tu te laisses doucement passer la corde Te laisses doucement bousiller, acculer à la dernière marche. Civilisation Judéo gallico-chrétienne de l'absence de poésie, tu as tant déconné, tant désiré tes gadgets en solde qu'ils te rendent la monnaie de ta pièce.

Et de s'envoyer en l'air tes sujets ... dans leurs méninges chancelantes ... dans leurs estomacs décalibrés ... dans leurs misères falsifiées ... préférant la fuite ultime à tes espoirs en verroterie.

Et de jouer la fille de l'air sur des flutes tournées dans leurs mains creuses avec des notes à l'esbroufe.

SUICIDE DONC. .. AU JOUR LA NUIT... PUISQU'IL N' Y A PLUS D'ESPOIR ÉCLATS DE RIRE.

On ne se suicide pas par raison, on se suicide, à mon avis, à la .suite d'un choc ou d'un malentendu. (P. SOUPAULT in. revue FANAL)


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Didier LITAUDON

Suicides par an en France

15000 officiels

20000 officieux

18251 pour désarrondir leurs angles
et arrondir ceux de ma griffe qui calcule
18251 victimes (au sens à venger du mot)
divisées par 365 réveils angoissés par an
=50 excommuniés par jour
la dix huit mille deux cent cinquante et unième
c'est toi mon frère déboussolé
c'est ma sœur éperdue
à qui je dédie cette patte de velours caressante
          - et griffante pour te protéger -
aujourd'hui                  peut-être               hélas

1

un berger oublié ou rescapé
se pend à une poutre de son refuge
ses pâtures embarbelées d'avertissements
DANGER TERRAIN MILITAIRE

2
 

où s'entrainait le jeune militaire
démoralisateur insoumis
retrouvé pendu dans sa cellule

3

où il écrivait à son vieux voisin
retraité depuis plus de quinze ans
qui en lisant sa lettre pleine d'espoirs
se tire une balle dans la tête
partant confiant sur l'avenir du jeune homme

4

jeune homme tranquille et sérieux
de deux coups de fusil de chasse
(France 1974 = 2.300.000 permis délivrés)
tue sa mère déchirée par les tortures
d'un cancer généralisé
recharge l'arme et se donne la mort

7

5

morte par suite d'une forte absorption
de somnifères la jeune paralytique
(paralysée à la suite d'un accident
de la circulation où son mari décéda)
 laisse un orphelin de cinq ans

6

cinq ans après la libération de son mari
également condamné à une lourde amende
d'importants frais de justice-et partie civile
maintenant menacé de la contrainte par corps
l'épouse craque débranche le 1uyau de la cuisinière
on retrouvera la mère désespérée serrant encore
dans ses bras les deux petits cadavres âgés
respectivement de quatre et deux ans

7

deux ans d'emprisonnement ferme
pour un chèque sans provision
d'une valeur de mille cinq cents francs
le jeune détenu se donne la mort dans un cachot
de punition, de la maison d'arrêt
(alors punis pour tentative de suicide)
en déchirant et labourant ses avant-bras
en sectionnant ses veines avec ses dents


8

Du huitième cas on ne retiendra
que le témoignage des fondeurs
qui virent un inconnu se jeter
dans un des fourneaux en fusion

9

Le neuvième cas relève de Ia compétence
de la justice qui statuera sur le sort
de l'amante ratée et nous donnera aussi
l'occasion de rediffusions - nouvelles -
de (quai des brumes) et des deux
chérubins d'un jour chers à ÉDITH

10

Édith seize ans se jette et se noie
dans le canal préférant mourir
plutôt que d'affronter les réprimandes
parentales conséquentes à son échec
à un examen de sténo-comptable

11

comptable turfiste joueur passionnel
se donne la mort en laissant un trou
de cinq millions. (anciens) dans les caisses
de la société qui l'employait depuis trois ans

12

à trois ans de son départ en retraite
le représentant privé de son permis de conduire
pour une durée de six mois (excès de vitesse)
congédié par son employeur - récupère
illégalement son véhicule à bord duquel
il se précipite du haut d'un ravin

13

sur le treizième cas les autorités
imposent le black-out stipulé
dans la loi relative au secret d'état

14

blackboulé aux dernières élections
impliqué dans le retentissant scandale
OÙ il fut définitivement mis hors de cause
l'ex-haut fonctionnaire très ébranlé
par son échec et cette pénible affaire
choisit de se tirer une balle en plein cœur

15

licencié à la suite du remaniement technique
qu'effectue la compagnie qui l'emploie
l'ouvrier dans son dernier jour de préavis
détruit le système de sécurité de la 'presse
hydraulique et déclenche son mouvement
ayant préalablement introduit sa tête sous la matrice

16

Etretat falaises nationales
nous sommes et resterons les seuls à le savoir

17

le talentueux romancier-poète unanimiste
s'étrangle à l'aide de ses draps
durant son troisième séjour
à l'hôpital psychiatrique

18

ce dix-huitième cas figurait dans ce vide
qu'un très proche collaborateur affecté
découpa dans la colonne des faits divers

19

la célèbre cover-girl surmenée
se jeta du dix-neuvième étage de la tour
célèbre par les célébrités qui l'habitent

20

délaissée par son intime employeur
la secrétaire se poignarde devant son amant
à l'aide d'un coupe-papier

21

chômeur sans ressource depuis trois mois
le travailleur émigré se jette
sous une rame du métropolitain

22

Un couple de vieillards indigents et abandonnés
s'empoisonne avec des champignons vénéneux

23 et 24

effrayé par la sanglante querelle de ses parent
Gérard huit ans se jette par la fenêtre

25

l'époux trompé mitraille l'infidèle
et son amant surpris en flagrant délit
et retourne l'arme sur sa poitrine
- les deux amants ne furent que blessés

25 bis

hier les deux amants succombèrent
et l'époux bafoué survécut

26

l'homme que nous avions appréhendé hier
accusé d'escroqueries et de tentative de vol
niant farouchement malgré les témoignages
a été retrouvé pendu dans un de nos locaux
- c'est l'inspecteur principal qui parlait

27

l'ouvrier agricole se tue
avec son vieux chien aveugle

32

interpellé par les agents de l'ordre à la suite
d'une vive altercation entre son frrère
et sa belle sœur qui lui reprochaient publiquement
son attitude homosexuelle le jeune homme
enjambe le parapet du pont franchissant
l'autoroute en pleine affluence

33

la jeune fille-mère privée de son emploi
étrangle son enfant et se jette sous l'autorail

34

enterrez déjà ceux-là sans moi
pendant que je cherche autour de nous
si je n'aperçois pas quelques-uns
des seize restants l'arme à la main
ou l'œil égaré au-delà de notre égoïsme de notre lâcheté
                                          de notre aveuglement
de nos responsabilités.


Page 11

José GALDO

ACTE  CALTE

carne scande
boulet fœtal
aube noire
en case loque
en lobe vioc
en coque crève
en dague sang
en tri corps
en vide force
gicle
phare
crame
tel
œil cuit
au relèvement désossé et pâteux tréfilant les masses nerveuses dans la toile
glace noire
sous châsses repliées d'écœure

la méduse blanche des tréfonds remonte doucement jusqu'au dernier râle ...


Page 12

Jean-Yves REUZEAU

NOS YEUX SONT DES ÉCRANS/CAMÉRAS

Face à dos, acteur et réalisateur se confondent se trompent se jouent Mystification Facettes Jeu de miroirs l'angle de la prise de vue comme prise de possession L'angle aux enluminures nocturnes ( intérieures ) Vers une chambre noire, lieu clos où tous les trucages demeurent possibles ( le quotidien détourné ) Lumière rouge de la mémoire ou de la révolte; cet éclat duperie au carrefour de la société et du «seul» l'isolé perdu dans sa force d'être seul là stupide avec cet objet regard, cette permanence errante, cet espace actif-passif de la couardise autant que du courage L'action déclenchée regard --) décision --) geste, vers cet autre lieu, celui de l'action reçue ( plaquée ) dans l'indifférence ou l'impuissance : geste -) réception --) interprétation/non interprétation
Face à la caméra ( l'écran ), le doigt sur la gâchette connaître ce plaisir double, le frisson: être le tueur et la victime,
toute l'ambigüité du quotidien             
Entre les yeux le suicide, en quelque sorte, le suicide             L'abandon entre la provocation et la réception ( le millième de seconde ) : l'espace blanc de la mort

Oui, le suicide au milieu du front, les yeux confortablement spectateurs dans le rocking-chair du désir !

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Claude ALBARÈDE


Celle qui lave à cheval sur une bouteille le seuil de son corps
Celle qui n'a Jamais mot dit tant les ombres sont dures à mordre
Celle qui fait avec ses formes des dépliants pour voyageur d'instinct
Celle qui ploie dans la fenêtre éblouie des dernières~ pluies

Tu lui poses des sangles d'or la journée envahit son linge
Tu la renverses avec la lampe et l'obscurité te régale
Tu l'abandonnes pour sa robe ou  son reflet dans un pistil

TU NE RETROUVES PLUS TES MOTS ET TU CHOISIS
DE BOIRE LE SUICIDE LE PLUS LONG.

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Gilles DOUAY

La tête se coupe à hauteur des barricades d'yeux
OUVERTS

Des fesses partout, comme anticipation désordonnée de 1'hydre aux couleurs .
Le fleuve suce le sang des mers, des pneus de pluie se grisent d'une absence quelconque, au détour d'un visage inconnu, d'un village inconnu, avec des barrières blanches,
L'hallucination m'est grise, et je reste comme deux colombins brisés de nitroglycérine, ouvert à  l'œil géant de la nuit s'offrant une robe noire de cachets barbituriques.
Longs doigts de pleurs qui éclatent sur une plage de déchets inconnus.
Fontaine dégarnie par les ravins gastronomiques, paysage de graisse météorologique.
Nous ne voulons plus manger les poissons qui bougent et nous touchent:
Nous voulons être libres de leur caresser l'encolure de pain taché sans qu'ils nous sautent à l'estomac.
Nous  ne désirons plus être dévisagés par les aspérités qui nous prennent pour des poussières limoneuses.
Vilenie
Suicide long de suite logique: je m'assois en croix retournée sur le rail, la roue me fend comme un patin à glace fend la fonte des neiges.
Des yeux jumeaux à pied de jumelles s'immobilisent dès qu'on les touche.
Un cœur de pacotille montre sa fesse ardente, que mon chien recrache avec un bout de bois.
Des choses nous poursuivent, et nous les suivons à grand peine à cause des moustiques pris dans nos jambes.
Un train à grande vitesse n'emmène que des cadavres jaunes qui crient et rient dans les compartiments.
SEUL, un gardien avec une casquette d'étoiles passe dans les couloirs en secouant sa lanterne rouge jusqu'à l'extinction de celle-ci.
Pneus rêves d'ennemis châtrés.
Puisqu'il y a l'impossibilité d'y avoir quelque chose, puisqu'il y a la possibilité de ne pas y avoir «quelque chose» je sais que ce quelque chose n'existe pas.
Des affiches de blanc d'Espagne se moquent des tenues de soleil que nous nous targuons d'afficher.
Le métro a des allures souterraines, il nous donne deux tickets et nous le chevauchons jusqu'à Vanneau.
Là, une valise qui porte une jupe de garçon frisé, nous attend .
Elle est pleine de billets, dans toutes les poches.
Je tremble de tous mes nerfs trempés dans l'HCL.

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Pierre AUTIN-GRENIER

- Avance! Aie pas peur; la corde est solide!...

Mon désespoir aussi est solide et sur cette corde si mal tendue entre vie et trépas, parfois, j'ai les jambes qui flanchent perds l'aplomb. Certains matins plus fragiles, la moindre contrariété, la Plus petite blessure venue d'ailleurs, m'emporte de vertige. Il suffirait alors d'un rien. A huit ans Lili nous armait d'un bâton; déroulait sur l'herbe une ficelle et «Avance Aie pas peur, la corde est solide!» nous faisait jouer aux funambules. Les autres, assis tout autour, culs nus, sur d'imaginaires gradins, avaient beau jeu d'applaudir et hurler si fort .,.... frayeur feinte. A huit ans, équilibriste à même le sol,  je sentais déjà ma vie se dérober sous la semelle des espadrilles.

= «Fisch face, Lili! et tout ton cirque avec! ...

Pour sûr je ne m'en remettrai pas de leur si belle assurance et plus tard, adonis adultes, les voir si comblés de vivre rasés de près tels des placards publicitaires, parés, équipés de mille gadgets pour passer au travers tous les crimes -  au bec la cigarette au goût d'aventure, à l'affriche le slip (truc)) «pour les hommes qui sont vraiment des hommes». Plu sûrs d'eux-mêmes qu'un chat saisissant l'oiseau. en plein vol.

MAINTENANT, QUAND JE VOIS DES PETITES FILLES SAUTER A LA CORDÉ, ME VIENT TOUJOURS L'IDÉE QU'ELLES POURRAIENT S'ÉTRANGLER ...


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François LAUGA

:Dans quelle ville
ai-je aimé au couteau
mon corps sur les racines

prenait son temps

J'ai pendu à midi
mes branches pliées
de fatigue

comme un veston jeté
la selle d'une guitare

un jour que l'herbe haute
avait forcé ma nuit.

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PILON  CONSEILS

Faites-vous pendre                            en allant ailleurs
Faites-vous dépendre                        au même endroit
Faites vous plaisir                              ça ne suicide pas et si c'est solitaire y'a rien à payer
Faites-vous négativer,                       gommer, biffer, néantiser, bouffer, anéantir, anémomiser
Faites photocopier                             vos testicules
Faites-vous retourner                        votre bulletin de naissance et avalez-en l'extrait dans un ciboire nescafé
Faites-vous votre fête                       autant que ce soit vous qu'un autre avec des mains malentendus
Faites-vous empassiver                     sans rire
Faites-vous arbre                               mutisme garanti pour toujours sauf au bout des feuilles
Faites-vous suriner                            au fond des yeux des coins noirs du métropolitain
Faites-vous jeter                                la première pierre (ne bâtissez pas une église dessus, vous ne pourriez plus vous supprimer)
Faites-vous prendre                           au piège

ALLEZ VOUS FAIRE PENDRE MERCI!

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PILON SERVICE

LE MATÉRIEL



Un sourire, une corde ... et un gros pavé. (23F)

Le GAZ, 3 choix : Lacq, butane et ses dérivés, gaz de ville. (Acheter un embout spécial suicidé N.F. au BHV et chez les bons quincaillers)

Une fleur, catalogue gratuit. Refuser l'œillet de poète, ça porte malheur.

Le métro avec priorité au R.E.R. Plus rapide, plus beau et diablement plus silencieux.

La PRISON et de préférence allemande. Service après-vente. Geôliers compréhensifs. Publicité discrète.

La TOUR Montparnasse et toutes les tours en particulier (au-dessus de 3 étages). Faire une étude de marché, la publicité peut offrir des subsides à vos descendants.

UN (ou une) partenaire. Faut faire en sorte de glisser avant l'autre. Les 2 ensemble il y a risque de récupération par les journaux à sensation et TROYAT.

La sexualité de groupe. ( sans commentaire)

L'ANGE gardien, il suffit de lui fournir une photocopie des ailes de rechange.

Le PILON, j'envoie sur demande une notice opératoire pour se pendre à mon cou.


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PILON %%%


LONGUEUR DE LA CORDE

'POUR CALCULER LA LONGUEUR L DE CORDE IL FAUT UTILISER UN CERTAIN NOMBRE DE PARAMÈTRES :

P = POIDS DU CORPS: en unités C.G.S, M.T.S., M.K.S. ou en tout autre système international.

Q = QUALITÉ DU CHANVRE; nombre de brins- origine (le meilleur est le chanvre indien) - résistance à la traction.

H = HAUTEUR DE LA CHUTE: à mesurer en cm.

T = TENDANCE A LA TORSION: en mesures vieillies à la flamme-bougie.

R = RÉSISTANCE : des os du sujet à la fracture insidieuse.

APPLIQUER LA. FORMULE ...

[p X Q] x H TxR

QUAND L EST DÉTERMINÉ, TENIR COMPTE DE L'AGE, DU TAUX DE CHOLESTÉROL, DE L'AMPLITUDE THORACIQUE (par tatonnement) ET EVALUER LE PLUS LIBREMENT POSSIBLE.


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PILON AU DELA

LETTRE DE REMERCIEMENT A CELUI QUI M'A POUSSÉ AU DERNIER MOMENT

J'étais si loin de m'y attendre  ah la belle bourrade! la sublime bourrade que vous lançâtes au point que je crus un instant qu'ils avaient remis les ânes sur le pont Mirabeau, et qui me projeta dans le fleuve d'un seul coup, d'un merveilleux coup, ne me laissant pas même le temps d'une réflexion repentie ni de la traditionnelle vision de la mère de FREUD et encore moins des 40 F du film de ma vie - ah la belle bourrade! - pas même le temps de me retourner pour voir, pour vous remercier, pour contempler le rond et jovial visage compréhensif que vous deviez promener ce soir là et qui vous fit me si bien comprendre.

J'ai encore en mémoire la puissance de votre coup (qui rendrait sûrement service à de nombreux désespérés qui comme moi repoussent toujours le. moment crucial). Aussi je vous supplie de mettre à leur disposition des qualités telles en vous promenant le plus souvent possible près des fleuves, étangs, lacs et autres lieux.

Vous avez, MONSIEUR, le coup de pied au cul le plus efficace que je connaisse et veuillez me considérer comme son admirateur éternel.

Votre dévoué : PILON AU DELA

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PILON LA JOIE

 

TERRASSÉ par : la femme, une crise cardiaque, un coït, un homo. TERRASSÉ, ENTERRASSÉ, IGNIFUGÉ (les 2 pieds devant) après avoir passé ma vie à SAUTER. J'en rêve.

Poser des mines de papier mâché ... et SAUTER avec le dernier cocktail Molotov, partir pour les terrils de gruyère retrouver Tarzan pendu au cou d'une liane.

Je vous aime la vie, trop, pour vous confier à la connerie des hommes. Oui ma belle. A s'en foutre en l'air. C est sérieux d' écouter cogner les globules contre la digue des méninges.

                                    DIABLEMENT. Même au gré des escarmouches des vésicules biliaires.

Et après avoir autant gueulé un amour cramoisi, s'asphyxier bêtement avec un Godin de mauvais tirage en laissant croire le balancement ultime. MÉPRISE.

Autant l'aimer cette garce roucoulante de matrice. Je vous aime la vie. TERRASSÉ PAR UN COUP DE PÉTARD AU COEUR DU VERBE.

Page 23

DICTIONNAIRE PILONESQUE

PILUIDER : V.I. acte de se supprimer en s'abonnant au PILON. On reçoit en retour 4 numéros à mourir de rire.

PILUIDE : N.F. Celle qui fait ce qu'il y a ci-dessus.

PILUID : N.M. Le même ... pour les hommes.

PILUI : inv. Début de piluider. - Maladie honteuse qui se transmet par le col. Exclamation envieuse avec une touche de dépit.

PILU : Système de mesures pour les cheveux et les poils. Le système PILU très employé au 17 ème siècle est tom~ bé en désuétude depuis la révolution. Regain récent.

PIL : Procédé de transmission des images vers l'au-delà. T' outre-tombe-PIL, expression couramment employée lors des grandes retrouvailles.

PI : 2 lettres qui veulent dire des tonnes de choses. Consultez nos confrères LAROUSSE, LITTRÉ, ROBERT. (pub entièrement gratuite et sans espoir de retour).

P : 22           22           22             22               22           22

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LES CONSEILS DE LA MÈRE PILON


Pour vous trucider, proprement, et sans encombre,  la mère PILON est fière de vous offrir une méthode infaillible - OYEZ - Achetez un bouquin de poète gratté par un prurit linguistique mal digéré et choisissez de préférence vers le milieu, un TEXTE - le plus désarticulé possible  - Lisez-le, enfin essayez, puis recommencez à l'envers, en partant du milieu, du tiers, du quart, de vingt deux septième ou de pi.
Cette avalanche de lectures éclatées doit produire en vous un CHOC ...
IL N'Y A PLUS QU'A OUVRIR, lentement, LA FENÊTRE ...


FEUILLETS JAUNIS

 

Essayez si vous le pouvez,: d'arrêter un homme qui voyage avec son .suicide à la boutonnière.

DILEMME. De deux choses l'une : ne pas parler, ne pas se taire, SUICIDE.

Croire à son existence, à ceci près que l'emploi du possessif son rend la chose impossible.

                                 Jacques RIGAUD (extraits de agence générale du suicide, éditeur J.J. PAUVERT 1959)
 

Page 25

Gérard LEMAIRE


Qui, qui éclaire ? Une parole sur lézardes d'ombres et d'opacités, où ? qui ?
                   Me comprenez-vous ?
                   Sûr, les poètes sont les otages silencieux, forcément reclus, de la pensée occidentale. Daumal, Lecomte ( d'autres ) ont refusé une place dans le Barnum et le Circus des littératures « d'avant-garde ». Ils nous ont quitté vite.
                   Je bégaie la présence. d'autres n'ont pas le luxe de ce bégaiement au bord d'un trou.
                  A-t-on jamais laissé parler un homme en quelque lieu que ce soit, en quelque temps que ce fut? Je veux dire sans le laisser s'épuiser, sans l'écraser dans ses contradictions, sans le contraindre et le rendre malade, sans l'abattre par les mille façons meurtrières et contournées de l'existence et d'un quotidien fabriqué par les Apoplectiques du savoir ?
                  Placez n'importe quel cadre moyen, ouvrier spécialisé (même!) ou fonctionnaire à côté d'un escogriffe, d' un «gugusse» qui, lui, pour le moins stupidement, a choisi de vivre en poésie ... Quelle transe malsaine! Et pour~ tant, en dépit de tout, des apparences fameuses, la Vie parle dans un «gugusse».
                 Je n'ai aucune chance d'être crû et pas le loisir de m'expliquer mieux. Je suis un peu poète. Pas trop. Je garde les vertus civiles ... Et j'ai peur, souvent.

LA POÉSIE C'EST UNE VIOLENTE DÉTRESSE

Page 26/27

Jimmy GLADIATOR

CHANSON POUR LA CHUTE

Quand on me portera en terre
Je vous écrirai des chansons,
Je m'endormirai à l'éther,
Je planterai des hannetons.

Je ficherai mes tempes par terre,
Je serai ,caille ou citron.
Vite j'emplirai mon verre
D'escadres coulées au sang si bon.

J'y tremperai mes lèvres amères
Dansera la langue en rond :
Déjà je suis délétère,
j'entends le son du canon.

Si jamais je tue mon père
On me mettra en prison
Quand j'étranglerai ma mère
La détresse fera faux bond.

Aux vapeurs du révolver
Cet aigle à l'envol oblong,
J'ai balancé la misère,
Et l'ai brandie au menton

De la fille qui désespère
Pour un incendie de Néron.
Mon cadavre déjà vert
est printemps des plantations

Douce dame que l'on enterre,
Je vous écrirai des chansons.
Mais sans vos châteaux je me perds:
II n'y a plus de saisons.

Page 28

Au terme de ce PILON-SUICIDE il me reste à prendre congé. Pirouette de pitre. Dois-je dire que LlTAUDON est en tôle et que nous sommes tous plus ou moins à la porte d'un stade, quelque part dans le monde, parqués déjà dans la tête de ceux qui nous attendent à la mire de leur gâchette.

La «légèreté» du PIlON s'en remettra, comme d'une claque pas reçue ou d'une corde destinée à un autre. II restera un accroc dans le contrat, un balancement furtif dans les vergues.

C'EST PAS POUR ÇA QUE JE ME FOUTRAI EN L'AIR

DERNIÈRE ANNONCE

Après celle faite à Marie, je suis heureux de vous faire savoir qu'il y aura un PILON 11 après celui-ci. Ce qui tend à prouver que rien n'est tout à fait définitif.

Les signatures PILON sont de J.P. LESIEUR tout seul.




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Si jamais je t~e mon père, On me mettra en prison; Quand j'étranglerai ma mère, La détresse fera faux bond.












 





 









 





 




 



 



 



 




 





 






 



 





 













 































 






 

 

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