LE PILON 15 l'école et Petit Basile

Jean Pierre Lesieur / pages : 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14/15 16 17 18 19 20 21 22 23 24/25 26 27 28

revue trimestrielle de poésie


 

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POÉSIE HORS ÉCOLE

C'est donc un numéro de témoignage-fiction. Petit Basile découvre l'école. La poésie de l'école. L'école sans, poésie.
Il découvre aussi que ces braves gens chargés de l'éveiller à la poésie n'en introduise jamais dans leur vie, dans leur bibliothèque, dans leurs amours.
Il y a donc mal donne. Les dés sont à retailler. Les cartes à redistribuer. Les couteaux à affuter ... Je tiens à remercier les poètes qui ont participé volontairement ou involontairement. Il y a encore des textes que j'utiliserai (notamment un remarquable cours de clichéologie par Ziegelmeyer) pour un autre numéro, dans la même ligne.
Ce n'est donc qu'une première. Il faut faire en sorte que l'école ne cherche plus à «enseigner» la poésie et lui rende sa liberté de la maternelle à la faculté.
Ainsi s'ouvre la campagne pilonesque :

POÉSIE-ÉCOLE-SILENCE
 

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L'historique, pas si vieux que ça ...

Les trois couleurs

Les connais-tu, les trois couleurs,
Les trois couleurs de France,
Celles qui font rêver les cœurs
De gloire et d'espérance :
Bleu céleste, couleur du jour;
Rouge de sang, couleur d'amour;
Blanc, franchise et vaillance
Jusqu'à la mort on le défend.
o sublime folie
Et quand on revient triomphant
Vers sa loque chérie
Les yeux sont de larmes remplis;
Car le drapeau garde en ses plis
L'âme de la patrie.


G. Gourdon

" Le sang de la France ". SAVINE éditeur.
( dans: E. Bourceau et R. Fabry " PAUL ET PAULETTE " 
Lectures morales enfantines, - cours préparatoire ~
Editions de l'ÉCOLE, 1951 )

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Le premier jour de petit Basile

Il ouvrit sa petite tête d'enfant blond joueur, rieur, son mini cerveau neuf, aux plaisirs du langage. Il ouvrit ses yeux candides sur la dernière vie de la rue. Un fiacre bleu conduit par 3 souris passait juste à cc moment. Le drapeau claqua d'un arrêt du cœur· La porte se ferma au coup de cloche

BIEN OBÉISSANTE

L'école était communale laïque et
OBLIGATOIRE


Il se souvint longtemps de la récré comme d'une grande frayeur : les lettres étaient dans les arbres, dansaient dans les arbres. Des sarabandes de coups de poings vengeaient les coups de pieds : lait, godasses, billes, bourrades et tablier.

Il se souvint encore du mercurochrome merveilleux, du rouge sang, du rouge vie : Merde, P'ti con, Ma bite, J'te crache, Y'me traite, t'voir ta gueule.

Et la porte des cabinets grande ouverte pour les yeux goguenards. Lui, ahuri, culotte sur les chevilles, RIDICULE.
 

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Pierre ZIEGELMEYER

MA VERBES & PROXIMES

C'est en se mouchant qu'on devient moucheron.
C'est en polissant qu'on devient polisson.
c'est en se haussant qu'on devient saucisson.
C'est en napalmant qu'on devient Napoléon.
C'est en grimaçant qu'on devient limaçon.
C'est en nanacréant qu'on devient anacréon.
C'est en s'abandonnant qu'on devient nauséabond.
C'est en s'attablant qu'on devient tabellion.
C'est en laocoant qu'on devient laocoon.
C'est en militant qu'on devient mirliton.

§

Ce qu'une gangue a fait, un gang peut le défaire.
Faute de tripes on enfile des perles.
Ventre affamé n'a pas d'oseille.

§

On n'est jamais si bien mi bas que par sa mère.
On n'est jamais si bien servi que par la reine.
On n'est jamais si bien honni que par soi-même.


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Yves MARTIN 20-5-79

J'étais un drôle de petit garçon aux jambes en fléchettes, sagaies, lianes, je semblais plutôt rebondir que marcher, un petit garçon acrobatique et timide, tellement timide que les jésuites l'avaient immédiatement pris en mal. C'était à l'époque des châtiments corporels. Je devais assez souvent me livrer à des chefs d'orchestre à la baguette plus ou moins experte dans des dortoirs déserts qui craquaient à tous les vents comme des galions non pas chargés d'or, mais de gros chagrins qui, plus tard, pour quelques uns, s'appelleraient « poésie ». Fréquemment quand j'avais été molesté, j'allais en renflant me cacher aux tinettes qui se trouvaient dans le parc du collège, des tinettes pas plus grandes que des tabliers où l'on apercevait les cheveux du rêveur, ses chaussures sur lesquelles le pantalon tournait comme un busard. Mais si les jours de frimas, les tinettes ajoutaient à l'humiliation, à la grandeur d'avoir été rudoyé, aux beaux jours, je pouvais en toute tranquillité écouter la parlote des arbres, les bruits plus lointains de la rue dont j'imaginais les innombrables bicyclettes couvertes de buées, j'imaginais aussi les jambes des gamines tachées de framboises ou de mûres, taches qui allaient grandir jusqu'à ce que ma tête bourdonne. Quand je rentrais dans la classe, elle n'était plus blanche comme un champ d'aubépines, mais, dans mon désarroi, je l'apercevais envahie de colzas, qui se précipitaient sur moi, entouraient mon cou. Ignoble tendresse. Je n'ai rien oublié et il y a quelques mois sous le respirateur, dans un hôpital qui ressemblait étrangement à une salle de classe, j'ai retrouvé avec une calme épouvante les colzas aux dars à la fois humide et solaires.

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Un jour, un grand l'attira dans un coin de l a cour.

« Viens petit, viens voir! C'est le trou à poésie, le trou à poèmes.»

Là, tu mets des mots, un peu de ton cœur, ta liberté. Ici ressort un poème laid, aride et sec comme une note de service, qui ira dans le florilège, dans l'anthologie, dans le cahier noté où les cadavres de poèmes s'allongent gisants parmi les gisants.

« Viens petit, viens voir! C'est le trou à poésie, le trou à poèmes. »

Creusé depuis Jules FERRY par les magisters en blouse au grand milieu de la cour à platanes.

« A genoux, petit! C'est ta dernière pelletée de rêves."

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Claude VERCEY

ATTENTION ÉCOLE

Sur le mur interdit tout blanc une affiche
on a cru. Une jolie institutrice, et sa bouche nouvelle,
les petites fesses nouées dans un mouchoir.
Les enfants font silence, font
ventre aux larges fenêtres qui baillent sur les prés.
Vous aurez la parole
à votre tour, dit-elle, je vous la donnerai
dans l'ordre. D'abord moi. D'abord elle, savoureuse
et gestes de cygne lents à qui l'on jette du pain,
l'on jetterait de la brioche, essentielle et dorée
la parole plein la bouche. Tout s'est cassé
et l'ongle crissant lorsqu'elle tournait le dos
face au noir

Tableau. Le soir dans l'appartement sans eau
avec W.-C. sur cour elle reprend son discours
au bout d'une cigarette. Sa langue coule comme son collant
remonte le long des longues jambes vers le début
du cours, dans une douceur de classe assoupie,
de miroirs de poche, vers le silence de la source.

ÉPOUSERA-T-ELLE LE JEUNE INSTITUTEUR
QUI DÉJA LUI RESSEMBLE?

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Quel 1ivre de poésie!!!

LA TABLE

La merveilleuse TABLE: signes qui s'entrecroisent, messages, Marchal est Un con, à Christiane pour la vie et un qui l'intrigua beaucoup, LES PROFS N'ONT RIEN DANS LEUR CULOTTE.

Quel mystère ! Que pouvaient-ils bien ne pas avoir dans leur culotte ?  Qu'est ce qui leur manquait pour être prof ? Qu'aurait-il dû avoir qui ne s'y trouvait pas ?

A la récréation, il fit son enquête. « Ben quoi, un zoizeau» lui répondit Fabien Gouverne!.

L'idée que le directeur avait un oiseau dans sa culotte le réjouit fortement. Il chercha même longtemps de quelle variété il pouvait s'agir : faucon pèlerin? hirondelle? mésange à col bleu ?

C'est pour cela, bien sûr, qu'il avait cette drôle de façon de marcher.

Il y eut longtemps des grillages de volière à boutons de culotte dans les rêves de PETIT BASILE.

 

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Jean l'ANSELME

Et Petit Basile rêvait d'impossible...

L'INSTITUTRICE

Ma plus tendre enfance. Un de mes tout premiers souvenirs, celui qui s'attache à mon institutrice.

J'avais quatre ans. Elle était merveilleusement belle. J'en étais follement amoureux.

C'est mon père qui l'a épousée.

 
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Annie THOMAS

FILANTE ÉTOILE ENFENÊTRÉE

FAIBLE VIE AU VERRE TEINTÉ

LA BILLE AGATE DU BONHEUR

CASSE LA VITRE D'UN COUP SEC

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" T'es pas là pour rêver". Une voix sévère le ramène dans la classe.
C'est de sa faute aussi, à l'institutrice, elle a laissé la fenêtre ouverte, laissé ouverte la trappe à rêves ( juste derrière la misère, une plante qui pousse aussi pendant les vacances ).
LIS !  « Le chien de Valéry a cassé la cruche de cognac et sa mère a ramassé les morceaux ».
« PETIT BASILE, A TOI » Ça ronronne, ça chante dans sa tête, c'est bon le cognac, le cognac de la misère, les taloches qu'elle a dû prendre Valérie, si on avait répandu le cognac de son père à lui petit Basile, ça aurait fait du bruit.
« A TOI PETIT BASILE! »
" oui m'dame, on peut fermer la fenêtre J'M'ÉVADE".

LA CABOULE

- M'sieur, l'autre là, y m'a volé ma caboule
- Ta caboule ?
- Oui ma caboule, sur ma tête, y'm'la volée et il. ne veut pas m'la rendre.
- Eh, toi, Fabien, rend lui sa cagoule, tu veux!
- Mercimsieur
- Mais pourquoi appelles-tu ça une caboule ?
 - Je sais pas, c'est pas comme ça? J'croyais.

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Annie THOMAS

La fillette a préparé le biberon avec des gestes alanguis par la tendresse.
Comme si un fragile oiseau eut fait son nid dans sa poitrine, il s'échappa des menues lèvres le limpide fredonnement de la dernière comptine apprise à l'école:
la la la la la la, elle a fait tiédir le lait
la la la la la la, après s'être assurée de la bonne température du liquide
la la la la la la, elle lui mit une serviette autour du cou, et donna à boire ...

AU TOUT PETIT RENARD.

Si l'imagination battait la campagne? ...

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Michelle BLOCH

Ces Cours où je perdais mon latin en voulant l'apprendre, qu'il me fallut des années pour recomposer sa rhétorique distordue, ma rhétorique méprisée, réprimée, salie, ma pauvre petite rhétorique de quatre sous rognée, rongée par déclinaison d'une identité qui n'était pas mienne, obligée dans l'engrenage de la logique supprimant la part des rêves jusqu'à l'extinction du souffle. Je la voyais partir en débris et lançais dans toutes les directions des bras de statue indienne pour rattraper les images mutilées et les rassembler contre ma poitrine. Je ne voulais pas finir ainsi diminuée, réduite au seul squelette enfermé dans une case avec en haut à droite un câblé supérieur chiffrant un nombre en bref ma vie.

j'allais au plus pressé en commençant par mon nom. Je ne levais pas le nez à l'appel et invariablement, une croix marquait l'absence. C'est à peine si je ne donnais pas un coup de coude à la voisine, tiens, on t'appelle. Je voulus le rendre juste au corps et m'éloignai lentement de l'asile où les ailes sont coupées dès l'entrée et portées sur des planches exposées chaque année dans la salle des fêtes honorant les efforts pour faire disparaitre une race en voie d'étouffement.

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Alain JÉGOU

Il n'est pas de pédagogie innocente.

quand jour titube et castre des humeurs
suceurs de fiente
et regards ourlés d'envers
criards l'angoisse aux tripes agrippée
présence
chaque aube esquissant l'illusion du vivre
surnage en plaies
terrassé de nébuleuses mensongères
la parole-glaviots de pub et d'équateurs moroses
assommée sous le stérilet d'une aube factice
et fardée d'averses corrosives
seul et teint d'urine
ciel misérable ciel de crève
en rue le poids de gestes las corps étriqués miroir
                des autres

fièvre d'absolu que traverse l'image nauséeuse du réel
visages pisseux calqués et mobilier houleux
artères gonflées ventres financés par les possesseurs
du gourdin pouvoir
d'entuber un sacré tas de cons routiers-routines
visages-virages éclairs carburant au super-dominant
et concepts baveux
liquéfiés les mecs-misère et suceurs d'asphalte
reptation dans l'espace des glaires
et chaque aube fraîchement bandante de conquètes
               stratégiques
dans les règles d'un social énergique et cadencé
solitaire
voici en chaque être la misère présente
seul face au carcan des lois
véhiculées par quels marchands de soupe-gadgets
               totalitaires
misérable
bétail à survie assaisonné par les tenants
d'une morale fricarde
les yeux poreux le cœur moite et résigné
en lui seul subsiste l'espoir fade manœuvré du consommateur
par quel constat d'échec au sortir d'une existence aplatie
rouée de contingences rongeuses

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Pierre AUTIN-GRENIER

C'est pour mieux te manger mon enfant.

Nous rentrions en bande de la Communale nous foutant de braves coups de cartables par la gueule braillant et rigolant comme un vol de gerfauts hors du charnier natal aurait dit le salonnard d'en face. Déjà je n'aimais pas me battre si ma mémoire était pleine sans doute me souviendrais-je d'avoir été lâche Aujourd'hui de retour de promener le chien je rentre par ces mêmes sentiers le silence seul me tenant lieu de rires je comptabilise mes échecs échafaudant de nouveaux plans pour de nouvel1es défaites Enfermé emmuré dans les mots qu'ils m'ont appris impuissant à en inventer d'autres et manquant de plus en plus d'imagination pour faire surgir le rêve de l'obsédante réalité !I1 ne me reste qu'un souffe d' aile et voilà

LA VIE EST AU FOND DU COULOIR
                                                                  à droite ...

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Luce GUILBAUD

Détonation atrophiée du cri
squelette rigide
derrière les chairs violettes
souvenir traduit de rien
d'une pelletée de rêves
gisant sur les ordures
                serait-ce assez de dire ouvrir assez
les puits les souterrains
où gît l'or pur de nos enfances
scrupules des masques remis détachés
                le monde gronde et souffle ses cafards
à quelle déchéance conduire le sang violent
                                                                     des amnisties
J'ai déserté les terres inabordées de l'accord
pour les digues mouvantes entre les foules muettes.

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Jean L'ANSELME

 EXPROPRIATION

Un nouveau propriétaire
occupait maintenant mes terres
et d'un crépi nouveau
au fur et à mesure
chassait mes rêves de marmot.

Pendant qu'il ravalait les murs
je ravalais mes sanglots.

§§§§§§§§§§§§§

MAIS OU EST DONC ORNICAR ?

Il attend une conjonction favorable


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Jean-Pierre LESIEUR

Tous les enfants sont des poètes?

Le petit poète qui n'avait pas 12 ans. Qui était un enfant. Qui était dans la pureté de ses 12 ans, dans l' anonyme innocence de ses jurons et de ses mots gros comme des sourires dont il ne savait pas le sens. Qui était un enfant aux 200 mots de vocabulaire ruisseau, de vocabulaire maison close, ses 200 mots de survie emporte-pièce pour enlever d'assaut le quotidien au pas de charge des sans vocabulaire.

Le petit poète qui n'avait pas 12 ans et ne savait pas qu'il était poète, parce que " l'âne si doux qni marche le long des houx » ne rôdait pas sur son trottoir et que les « sanglots longs des violons» ne pleuraient que quand il avait pris une tarte dans la gueule par un père plus imbibé que Verlaine.

C'ÉTAIT MOI

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Les grandes questions

Quels procédés avez-vous remarqués? Quelle conception du monde a été exprimée dans les trois premières strophes? Comment l'auteur souligne-t-il la vivacité et 1'âpreté de la lutte entre les manants? Comment vous expliquez-vous que la fillette ne soit pas étonnée? Quelqu'un a-t-il oublié de fermer le gaz quelque part? Peut-on réunir les phrases 4 et 5 par une conjonction? La révolution quotidienne de la terre est-elle aussi violente? Comment se justifie l'interprétation du père? D'où vient le comique de l' épisode? Le fond de l'air a-t-il toujours été aussi frais? Peut-on distinguer les 6 phases de l'affrontement? Qu' est ce qu'une rumeur infernale? Pouvez-vous évoquer une aventure où il se révèle qu'un petit sujet peut avoir de grandes conséquences? Est-ce la vie? Quelles raisons l'héroïne fait-elle valoir pour retenir son ami? Lesquelles vous paraissent les plus émouvantes? Que pensez-vous de cette idée de transformer les êtres en autruches? Comment le monstre montre-t-il son innocence? La sœur a-t-elle un équivalent? Quels incidents préparent l'élément? Le poète a-t-il battu? Combien de marins et combien de capitaines avez-vous comptés? Quel espace est-il? La fin de la scène ne dépasse-t-elle pas le comique habituel pour atteindre l'absurde?

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Robert BOUDET

Toto
est content
il  a attrapé
un quatrième 0
Toto est content
il peut construire
son auto
pour partir
LOIN
derrière le tableau
Par-dessus le marché
il a même volé
la craie de contact.
Mais un doute le saisit
et si ... et si...
alors, avant de partir
il retourne à l'école
une dernière fois.
Il lui manque
un 0
La roue de secours
évidemment

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Pierre ZIEGELMEYER

SUJETS DE COMPOSITION FRANÇAISE

Réflexion préliminaire :
                RÉDIGER: est-ce,
                                             en un certain sens;
                DIGERER ?

RÉDACTION:         Faites rouler le D ... Quelle
RÉACTION             Constatez-vous?
                                 comment allez-vous vous y prendre
                                 pour obtenir une
CRÉATION             digne de ce nom ?

Sujets à trous. ( l'élève remplira les trous à sa convenance )

1) Vous étiez en train d'observer un..... exposant ses ......... lorsqu'un événement imprévu surgit.
Dites comment le........ termine sa.........et commentez la scène.

2) Vous avez surpris votre mère ou votre sœur en train de faire un ......... au ......... dans la buanderie. Décrivez la scène et dites vos sentiments.

Sainte Catherine rencontre saint Valentin une nuit de saint Jean. Racontez.

L'école doit s'ouvrir sur le monde, affirment les slogans officiels. Précisez comment cette ouverture pourrait se faire :
A la pioche ? A gauche ? Au bulldozer ? A la dynamite? Le dimanche ? Avec un coup de pied à suivre ?

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Jean-Luc GODARD

Volé
nous n'avons pas volé le feu

l'étincelle a jailli par hasard
d'une griffe sur le roc

et nos griffes à ce moment-là
étaient encore des griffes

innocentes et pures

mais valait-elle cette étincelle
celle de nos prunelles.

Page 24/25

LES INDIENS

Il y avait des indiens an creux des pissotières
des bateaux crème fraiche qui attaquaient Paris
des berbères soleil plus moricauds qu'Ali
( de la classe d'étrangers )
venus apprendre à lire les poèmes de Prévert
( étranges étrangers comme il aimait à rire )
et la prise d'Alger par Abd el kader Bugeand
aux deux coins de la cour cannelée.
Quelle chaleur dans les veines carton
armes factices lèvres tempes humides
et que d'horions vantards sur les jeans
éclatés comme des feux de Bengale.

Il Y avait des indiens au creux des pissotières
asphyxiés de ramper à chaque récréation
tandis que les cow-boys paradaient au grand air
de l'apache étendu un sifflet en plein cœur.


 §§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§

Si l'école avait déjà fait quelque chose pour la poésie
ça se saurait.

On en aurait bien aperçu, ici ou là, quelques traces.

Si l'école avait donné le goût de lire la poésie à tous les mioches qu'elle a broyés diplômés.

Ça se saurait.

Ils auraient tous dans leur bibliothèque des œuvres de poètes.

Ils seraient tous abonnés au Pilon de père en fils ( pour le prix de deux kilos d'endives ).

Si l'école avait laissé dans leur tête tout ce qui ils avaient en y entrant de fraîcheur et de liberté ...
Ca se saurait.
 

Il y aurait comme des taches de mots dans le paysage el les nuages qui éclatent au-dessus des crèches cracheraient de la métaphore à pleins cartables.

Ça se saurait


Page 26

Andrée HOLTZ

LA CIGOGNE LAIDEROGNE ( comptine )

Son bec est la coquille
Quille de l'escargot!
Son cou est la cédille,
Fille d'un asticot!

Son œil, percé en vrille,
Brille par ses défauts!
Ses échasses vacillent,
Client sous leur fardeau!

Sa queue en banderille,
Rillebande faux...Oh...
Ses ailes, en faucille,
Sillent comme un radeau

Voilà que la CIGOGNE
Cogne sur le carreau!
Elle est toujours en rogne,
« ROGNE », grogne l'écho...

cigogne désigne en argot 1e PALAIS DE JUSTICE

Page 27

CONSEILS DE LA MÈRE PILON

pour dégoûter à vie de la poésie, un enfant, c'est facile. Prenez un gosse bien frais et un poème que vous lui faites copier, sur le sempiternel cahier, à grand renfort d'engueulades. Toujours en lui gueulant dessus faites-lui corriger les fautes d'orthographe et exigez un beau dessin que vous noterez sec. Greffez au passage une leçon de grammaire chomskyenne sur le troisième vers et une traque explicative fouillée des mots difficiles. Contraignez-le à "apprendre par cœur et à le réciter devant toute l'école au garde-à-vous. Appréciez sur le cahier la récitation d'un: " non su " ou " mal appris" de manière à ce qu'à la maison on le taloche d'importance pour lui désengorger les neurones. Résultats garantis sur 99,5% des sujets, les 0,5% restants sont sourds, infirmes ou débiles mentaux.
 

§§§§§§§§§§§§


pour qu'un enfant aime la poésie à l'école c'est facile. Ne faites rien d'autre que de le laisser écrire ce qu'il veut, quand il veut, où il veut.

Ne faites rien d'autre que de lui laisser lire ce qu'il veut, où il veut, quand il veut.

Alors la poésie viendra lentement, toute seule ... et en ...

PRIME.

Page 28

Dernière page, pas de leçon, les
vacances, celles que tout le mon-
de veut trouver trop longues.
Il met le maître dans sa poche et
sort discrètement par le corridor
noir.

Au passage, le dernier croche-pied
de l'année et le nez en contact a-
vec le parquet lui rappelle que la
vie ... recommencera à la rentrée.

VACANCES

Les tentatives bleu-pâle invalideront ses yeux. il aimera revenir au pays du poète,
les mains pleines de mots, le bestiaire repu, la mémoire tachée,
et des pailles de vers dans les cheveux.

SI LE POÈME EN VAUT LA CHANDELLE
IlIIlllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll

Toute ressemblance avec des enfants fortuits
serait pure coïncidence.
Les costumes sont offerts gracieusement par l'Éducation Nationale.
La mise en scène est de Jean et Pierre Lesieur.








 









 


































 







 






 

 

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