LE PILON 16

Jean Pierre Lesieur / pages : 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28

revue trimestrielle de poésie


 

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MA VILLE

Ma ville, c'est à la fois mes fantasmes et mon quotidien mon hérédité et mes prurits internes mal grattés

Ma ville c'est Paris, et je la bouffe de l'intérieur dans un siècle où elle est passée d'une agonie à une autre en forme de renaissance bétonnée et sans génie.

Ma ville, je l'aime pour sa dérive continuelle vers l'anonymat des formes, pour sa cruauté, pour son chaos, pour sa connerie froide, ses amours morbides, sa façade surfaite.

Ma ville concentrationnaire. envahie par la bagnole se devait de faire écrire les poètes et le Pilon d'y consacrer au moins un numéro. C'est fait.

- - ~ - - - -

En complément à ce numéro vous pouvez lire avec profit et plaisir: BALADE BITUME de Jean Pierre LESIEUR ( le dé bleu éditeur) une promenade poétique dans le quartier du Marais de Paris et pour seulement 4,50F au compte du Pilon.

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Christian ARTHAUD

 

Et c'est ainsi qu'une nouvelle fièvre apparut : pas de formules communes de vengeance, remarquez, tout vient de ce que nous nous soumettons. Description de la ville: à chaque carrefour une peine capitale est prononcée. Les enfants sortent des égouts. Les lumières s'éteignent. La foule se lève. Le sol de nos orgueils tremble. On réclame la possibilité de ne pas exister: « dormir et ne rien faire» était le slogan le plus répandu. Cassure à partir de à la : plus rien ne peut être dit. La pensée se débloque, les dernières batteries du langage faiblissent. Tout le monde se tait. Désormais pour se faire comprendre, il faudra, et c'est simple, faire signe, et pour tout dire,
                   IL FAUDRA AIMER.


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Vartore NÉOUVIMAKINE

parfois le brouhaha de la rue dissimule

tel visage silencieux comme la bonté : soixante printemps environ ont dû se relayer
pour parfaire ces yeux qui n'ont peut-être plus guère l'occasion de sourire

mais dont la gravité est douce

Je suis l'ami d'enfance des troupeaux de saules parqués dans vos réserves dites naturelles le frère des érables qu'angoissent vos parcs de loisirs pour cadres moyens
jusqu'à mon dernier souffle je donnerai asile aux chardons traqués par les herbicides et aux fleurs d'ortie qui ont hérité de tous les vices de la splendeur
au nom des dernières minutes de l'enfance du monde je vous adjure de ne plus traiter nos petites sœurs les fraises des bois

en minorité ethnique

 

désespérée de vous aimer encore
la forêt meurtrie vous pardonne mais si un fabricant de bulldozers demandait aux oiseaux sinistrés un air de la belle époque il serait pour le moins loisible
que l'avant-garde des rossignols lui dise merde

goinfres de vie en poudre
qui attendez de mes injures qu'elles baissent le ton pardonnez leur d'êtres nécessaires à mon chant admis que vos fadeurs savantes ni vos pets électroniques ne valent musicalement

le juron d'une âme frôlée par la mort

c'est un café comme les autres

mais le roquet boiteux est fermé dehors et on n'entend pleurer aucune chope de bière
côté cour un moignon de platane el le chandail rouge oublié par madame Lili ce faux soleil Jésus qui se fit homme
ne le connait que trop: à intervalles réguliers les drames vous tombent dessus comme Ia pluie

qui laisse le terrain de boules sans joueurs

le soir plutôt qu'un moment de la journée

est une douceur incontrôlable  qui à tout instant peut envahir la place Antonin-Poncet parfois bien avant que l'après-midi rende l'âme le feuillage mauve du ciel pleure sur le goudron pour se dégriser les acacias réverbèrent les tous premiers ruisseaux de flamme de la nuit
ah si leur grande paix osait être aussi vive à chatoyer sur nos douleurs saillantes

que sur les murs du Commissariat Central

dissimulé dans  le cœur de la foule

j'écoute la nuit  se jucher sur les toits où elle manque encore un tantinet d'audace pour inonder de calme les passants
qui à vrai dire négligent les merveilles que Dieu laissent fleurir à leur portée
les glaïeuls municipaux dépêché par le Roi en ambassade évitent de p1oyer sous nos crachats et blasphèmes en souvenir du nombre qu'IL
supporta
mais les acacias sur leur trente et un acceptent mal que le fond de l'air soit blasé
même les blonds lampadaires en tenue de soirée titubent sous le privilège

de n'avoir de succès qu'auprès des chiens

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Alain MALHERBE

BAGUENAUDE

Fini la vaisselle. Je sors humer le trottoir.
Plus d'écharpe, plus de nuages;
l'ait est lardé de fraîcheur.

Avenues brisées d'arbres, les placards des cinémas.
Une frottée de mœurs sexuelles. Un chien en laisse.
Les paroles, la musique, sont froidement inutiles.

La lettre est postée. Fiasque de kirsch vide,
sur un muret de parking.

Dans les couloirs du métro
les rebonds de fesses anonymes.
Mosaïques, tickets malaxés; la rame est à quai.
Une pichenette, la porte s'ouvre.
Un embrouillamini de visages.
M'assois contre la molesquine,
débouche un roman de Henri Calet.

Rues étroites annotées de serviettes mouillées.
Un rempailleur, piaille, bigle les jupes
de la fillette au balcon
( elle tapine près de 1'église ).
Boucherie cascher, viandes délavées;
Trébuche, des bobards, l'essentiel un jour.

§§§§§§§§§§

Librairie poétique. Mignonne tète embroussaillée.
Des mains effeuillent  un bouquin non rogné.
un copyright d'avant sa naissance.
Le vendeur me calme par sa voix
de verveine, de coquelicot.
Pavés disjoints grolles en fin de saison.
Je cause avec un clodo. Pue le vin,
botte un peu, parfois les bleus
le soignent vertement.

Sur les murs,
longues laisses de graffitis.

Un bistrot. une halte.
Ca sent l'ail, le ragoût mal digéré.
Socquettes blanches près des chiottes.
bribes de papotages lait-fraise

Les violons toxiques du juke-box;
la serveuse se dégage du comptoir.
un café s'il vous plait.
j'allume une cigarette.

 

BAR-TABAC ETC.

peuvent bien crever les percolateurs,
le barman. les clients. Mal aux yeux.
Paquet de Camel sur le comptoir.
Une gosse rend la monnaie( 60 c: )

Je sors. La nuit tombe.
Ce quartier est plombé de décombres;
on ensache les corps dans l'ambulance.
Des bourrins biens rapides.

Bouche de métro un tampax, on a joué avec.
Au loin quelques chantiers presque acteurs
pour une démocratie libérale avancée,
Rien de très intéressant.

L'escalator, couloirs estampillés,
Une bouille rieuse à cette heure dans la foule.

Assis; quai de métro. Travailleur Immigré
balaye, mégota, glaïeuls, tickets, mêmement.
L'odeur de vieillesse soucieuse;
des rats courent long les rails.

Vrombissure, trépidations. La rame s'accote.
Hommes, femmes, enfants, moignons,
contre les portières automatiques.
Ils se racontent sur leurs manteaux.

                   Un France-Soir chiffonné.


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Lucien WASSELIN

ça commence à 6 heures quand sonne le réveil et c'est la course jusqu'au lavabo un peu de flotte sur la gueule ça aide toujours à ouvrir les yeux et l'on se fait une tasse de jus qui vous brûle les tripes ça aide toujours à se tenir éveillé et c'est la course vers la bagnole le feu rouge et ce con de gros cul qui n'en finit pas de se trainer sur la route .

et c'est la bouffe à midi au snack les lumières sont parfumées les filles sont douces comme des savonnettes j'ai envie de dégueuler les verres ne sont pas rincés ils puent le désinfectant la bière en est dégueulasse et l'on fait les courses avant de repartir au boulot

ça se termine à 6 heures le soir quand on escalade ses quatre étages pour se retrouver avec la bouffe à faire la vaisselle à faire et la gosse qui veut jouer papa fais-moi une guitare papa mon papa fais-moi une marionnette papa mon papa chéri t'es malade fais dodo on joue cours après moi je me cache allez cherche

           et les comptes à faire
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Michel MONNEREAU

ville ( hommes) d'après 68 dérives Wim Wmders
cités d'angoisse (plan américain
                   sur Liv Ulmann s'interrogeant)
des milliers de cigarettes inquiètes
échouées dans non poumons-bétons
aller-retour sleepings de luxe lumières froides
labyrinthes de questions-réponses
les lithos de nos désirs ( le  Marais
un dimanche  sur les 17 heures :
la nuit s'incruste - regarder)
beauté triste des trottoirs sous les pas
de l'hiver - déambulations
cafés-fenêtres intimes les vieilles gloires ( un Derain à Beaubourg
me fixe étrangement )
rencontres manquées des parkings  de nuit
dans nos doigts croisés - noués
demain à peine éclos

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Lionel BOURG

Les vitrines regorgent d'ossements, de gadgets atrophiés, de femmes et d'hommes maquillés, d'enfants putréfiés devant le va-et-vient de la rue. L'espace constitué balise le flux, les échangeurs font le tri des possibilités juridiques du hasard planifié.
L'aventure est au bout de la rue, au rond-point où l'habitude tourne le dos aux déhanchements des animaux nyctalopes, ces bêtes fourragées dans le dédale de la nuit, là où soudain elles voient comme on respire après avoir nagé sous l'eau, là où, s'ordonnent les cauchemars, l'épouvante technicolor des sexes publicitaires. Entre les immeubles, prendre le chemin le plus long, qui par un large détour provoque les embuscades sous l'alignement du béton. A ce moment, s'apercevoir que cette courbe se ramasse en un point de la topographie. le seul où l'impact ne pose plus de questions. Le chemin est alors le plus court qui de ton ventre fait exploser les buildings, les centres commerciaux et les canalisations. Ou bien, prendre à travers pelouses et espaces verts, suivre une liane théorique a b et, matérialisant ce vecteur, faire de sa flèche le trait qui se plante dans la cage thoracique d'une mère ou d'un père de famille urinant sous le panneau indiquant: Paris, 28 km - Chicago, 34 km - Milan, 16 km -. Moscou, 12 km -  Pékin, 8 km - La Paz, 91 km.
Se méfier cependant des chiens qui semblent errer, ces indicateurs clandestins que votre main, imprudemment, caresse sans y prendre garde. Leur donner, comme un os, un bâton de dynamite dont la mèche provoquera, sous quelques secondes, une explosion d'aortes et de viscères qui maculeront les murs.
CES SLOGANS SONT LES SEULS A POUVOIR ÊTRE ENCORE ÉCRITS SUR LES FAÇADES DE BÉTON
                                                                                                                                                          ou de verre...
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Pierre FERRAN

CONSIGNE

Il arriva très chargé
                    à la gare
Il portait une malle en rotang,
    une cantine métallique,
    deux valises de cuir bouilli,
    un sac de buffle à soufflets,
    une musette à fermeture-éclair...
- Six colis ! six colis ! six colis!
fredonnaient les mésanges
sur les arbres de la Place de la Gare. Il pénétra dans le hall
au fond il vit :
CONSIGNE AUTOMATIQUE
I1 s'approcha
laissa s'effondrer la malle,
chuter la cantine,
tomber les valises,
glisser le sac et la musette...
Il lut les consignes de la CONSIGNE...
Cela lui prit un grand moment.
Puis il chercha en vain
dans ses poches de la monnaie.
Un homme â casquette étoilée s'arrêta
et, devant son embarras, lui dit :
- Allez demander de la monnaie au guichet!
Il rassembla ses six colis
( tout ce qu'il possédait) et répondlt :
- AHI MERCI BIEN !
du ton de celui qui n'en fera jamais rien...
Ses bagages étaient remplis .
de faux billets
qu'il avait réalisés
un par un
à la main...

Odile CARADEC

REPRISE DES VIDES

Avec toi, j'al fait cette promenade poivrée.
                      beurrée, ouatinée, .
cette promenade dans les légumineuses.
J'ai vu les vendeuses qui ne souriaient pas
rappelle-toi, nous avons d'abord franchi
la reprise des vides
maintenant nous revenons avec des pleins
                      et des déliés.
Laisse-moi invisible dans le caddie
tout à l'heure je referai un tour de mammouth
enlevée par une Victoire affamée
Emporte-mol dans ton caddie, ménagère
et que ça grince à me faire mal aux nerfs.

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Hervé MERLOT


la nuit s'est évadée
sur les touches d'un saxo
dans une boite de Soho
               un clandé de Storyville
               la nuit s'est mise au vert
               pour enfanter un nouveau
                        Livre d'Heures

               elle a jeté l'ancre
                        pour se grimer
                        en concert
                                               fastueux
...accostée par un musicien

HOBO·

                                chante

d'autres rivages
des mots qui riment
                               avec l'ampleur
                               d'une vie
                                         ici maintenant
tout de suite
                                        ( le déclic d'un regard
                                          la vénusté d'un corps )

                               ...la vie vite

sec
          au dos
          je reprends la route
       ...autres périples parfums nouveaux
          le pouls des continents
          qui s'allie il me danse
          &
          les musiques poivrées
               où s'émeuvra
                           mon
                                 sang
                           sac au dos
                           je vise
                                    des chants
                                            neufs
§§§§§§§§§§§


un violon d'acier
          même·
               juterait de
fulgurances
            d'effervescence
            sous l'archet
 inspiré de ce baiseur ..
                       d'étoiles

§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§

Paris-métro à l'ubac
                d'un débrideur
                       des sens
entré vif dans la
                         légende
la saga fruitée
                     des dieux
                                du rythme...
           la percussion ailée
           du cœur
           l'aisance du doigté
           la limpidité du
                           tempo ...

Entré ROUGE dans la
         NEGRE quintessence
                               du jazz

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Pierre Claude ARTUS

 cinq heures du matin.
les arroseuses circulent
et les toits se découpent
sur un ciel impossible.
La marée envahit 1es parkings
charrie des bidons vides
et un lever de soleil
joue avec les piliers

§§§§§§§§§§§§§§

Tu sens le vent,
les ajoncs
et l'odeur de la mer à l'orée d'une vague
1a bruyère de là - bas
tu ressembles à un genêt émigré
tu marches dans les rues
                  TRISTE
            tu es anachronique
                         ICI

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Jean-Jacques REBOUX

LI EMME (extraits)

 

Le liemme est une matière ébouriffée et tiède qui coule dans le corps des chiens; le chien peut se vanter d' être le seul animal au monde maintenu en vie par le liemme

Les chiens de liemme ont des trèfles à cinq feuilles dans la bouche, ils les distribuent en léchant les enfants plein de cambouis, et tout le monde est content.../...

Leur peau n'existe qu'en apparence car le flemme leur donne suffisamment de chaleur pour qu'ils aient chaud, même en hiver. Leur sang est bleu, leur bave invisible comme !'air.

Le liemme a d'autres vertus et senteurs, parfois magiques. Les lavandières s'en servaient autrefois pour étendre le linge. Il le séchait aussitôt et si fort qu'il l'enflammait.

Cela faisait de jolis feux d'artifice dans le ciel. Elles n'avaient donc pas à le laver une deuxième fois, et cela leur évitait du travail inutile. En plus, ça amusait les enfants qui s'ennuyaient beaucoup.../...

Quand ils n'avaient plus rien à se mettre sur le dos, les gens ( qui étaient très intelligents, grâce aux pilules de liemme concentré, en vente dans toutes tes boutiques d'apothicaire, douze sous la boite de dix ), les gens se baladaient tout nus, et l'hiver, ils s'enduisaient le corps d'huile de flemme ( vendue en mercerie ).

Les magiciens se servaient aussi pas mal du liemme pour leurs démonstrations et leurs truquages... /...

Les chiens de liemme se promènent le soit au clair de lune avec des fleurs séchées sur le dos. Ils embaument les paysages et donnent du vent aux feuilles pour qu'elles respirent et des branches aux arbres secs afin qu'ils repoussent sans douleur... / ...

lis sont tous apatrides et n'ont jamais de corde au cou. Ils reniflent le derrière des passants, et quand ils trouvent une compagne à leur goût, ils font des attentats à la pudeur,

Le liemme est aussi une matière ébouriffée et tiède qui coule dans le corps de certains hommes, mais je ne devrais pas vous dire ça de but en blanc car la loi Tabou du Grand Code viscéral interdit d'en parler, Enfin!

Ces hommes-là circulent en dehors des clous et du droit chemin, Ils ne demandent qu'à y rester,

La grande différence entre le maître d'un homme et le maître d'un chien, c'est que le maître du chien est plus intelligent que son chien ( pure hypothèse ), tandis que le maître de l'homme mesure son intelligence avec un bâton.

Les chiens et les hommes de liemme auraient intérêt à s'unir pour crever le nuage de coups qui leur troue les épaules et pour le retourner sur leurs maîtres forts en gueule... Ce râtelier de la révolte est un atelier permanent. Il est ouvert aux aliénés qui ont soif et qui en ont marre d'avoir soif. qu'ils soient hommes ou chiens, femmes ou chiennes de liemme.

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H. M. POLVAN (1976)

L'EXTRA VACANTE ESPAGNOLETTE


Espagnolette qui, comme son nom l'indique, est une toute petite Espagnole, avait ce jour-là décidé de goûter au fruit défendu négligemment suspendu à la branche unique d'un Arbre de Vie qui passait par là,

Elle attendit naturellement que le soir tombât, et, le soir tombé, se présenta, munie d'une guitare hawaïenne sous le tiède balcon, objet de ces délices jusque là frustrés.

Ham! ham! déclama-t-elle. De mes dents câlines je te croquerai, mon verger concentré, mon fruit de murmures nocturnes, ma nuit blanche animée de sève puisée aux ruisseaux souterrains. Mordra bien qui mordra le dernier ou la dernière, ô! roi d'ambre, maitre des douceurs, fils des sources aux eaux pétillantes qui embrassent toutes les feuilles de la nuit, grâce aux ailes subtiles de la rosée envolée... Ham! ham! Tu craqueras sous mes canines comme la chair de la pastèque sous le soleil. Et quand ton suc inondera les arches saumonées de mes lèvres, je serai. te reine et tu seras ma nourriture ardente, ma chaleur...

- Holà! holà! Calmons-nous, ma jolie, s'écria l'arbre qu' effrayait cet emportement, et dont toute la ramure émondée frémissait sous le souffle d'Espagnolette. Sur quoi, retirant subrepticement son fruit dé ta partie, il ajouta, dans les accents pathétiques propres à sa toute puissante sagesse d'Arbre de.Vie qui sait de quoi il retourne : ne soyons pas plus rabbiniste que le roi!  Un méfait n'est jamais perdu! Tant va le veau à l'eau qu'à vau-l'eau va le veau

Cependant, ne voulant rien savoir ni entendre de ce qui était pourtant concevable et audible, Espagnolette hors d'elle ( c'est à dire laissant choir sa coquille de bonnes manières ) se jeta sur le Fruit comme Gengis Khân sur la Chine. Cree! lie écl:l Spluiclk! etc...

MORALITÉ ( triste ) : Un casse-croûte se prend à toute heure à condition que ce soit la bonne à tout faire.
MORALITÉ ( gaie ) : Une bonne à tout faire se prend à toute heure et sans condition.
MORALITÉ ( neutre ) : La bonne condition est, à tout prendre, celle de l'heure du casse-croûte à tout faire.

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Manuéla MORENO

ÉLECTRE OISEAU LITTÉRAIRE

D'un mot à l'autre
Électre a pris son vol
la voici, la voilà

Moi je suis toute nue
D'un mot à l'autre

Il m'est poussé des plumes
Des plumes d'indiens émigrés

Des plumes de vagabond
Des ailes de clochard...

Pour pourrir sous les
fils électriques

 

Zone de Texte:  

 Page 25

LES CONSEILS DE LA MÈRE PILON

 

Respirer

Pour bien respirer en ville et avaler le moins possible de déchets suivez les conseils suivants :

 

--- Marchez sur les trottoirs, ça vous mettra les narines au-dessus de la nappe du ras sol bitume de la rue.

 

-- Entrez dans le métro en aspirant un grand coup. N'expirez qu'en parvenant à l'air dit libre de votre station d'arrivée. Entre-temps respirez par le ventre.

- De nuit, ne rasez pas les murs, vous encombreriez vos poumons avec les poils.

-- Renforcez vos protections nasales avec des systèmes brevetés
S.G.D.G. (sans gros déchets gênants).

Dormir

 

Si vous ne savez pas où coucher, laissez-vous enfermer dans le métro et cherchez la niche à droite de la pancarte "descente interdite". S'il n'y a déjà quelqu'un... ABOYEZ! il croira que le proprio revient.

 

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bilan

Le deuxième platane de la rue de Reuïlly n'a plus de feuilles depuis 2 ans. Sa maladie semble incurable

Zone de Texte: ERRATA : Le prénom omis
de Vartore NEOUVIMAKINE est Gabriel. . . comme 1'archange
g
Zone de Texte: En 1979 j'ai vu 14 jours de ciel vraiment bleu.
Quand ils ont en mis en ronte le bull, les mo­mes se sont évanouis comme des briques de bé­ton dans la façade d'un beau dimanche.
Zone de Texte: La persistance rétinienne des enfants diminue au fil des générations.
Un nuage étrange venu d'ailleurs - croit-on -­flotte sur les quartiers hauts.
Depuis 7 ans ils creusent, bouchent, creusent, rebouchent, dans le vacarme feutré des rénovations.
Zone de Texte: Tous les 2 mois et demi une toux suspecte secoue tout l'immeuble.
Zone de Texte: Cette année j'ai vu 7 mouches. Elles reviennent espoir!






















 






 

 

nir&