LE PILON 17

Jean Pierre Lesieur / pages : 1 2/11 12/13 14 15/18 19/20 21/23 24 25 26

revue trimestrielle de poésie


 

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Page 1

SOMMAIRE

5eme année du PILON. Pilon an V. Déjà. Il faut s'y faire. Il faudra vous y habituer. Je mets la barre au milieu. J'avance.

Cette fois pas de thème : l'anthologie, et 12 pages d' un long poème de Béatrice KAD, ( Un canif dans la poche ) dont je me sens terriblement proche. Au milieu il y a ALBARÉDE, puis Cécile et André MIGUEL qui ne sont plus à présenter. Un tout jeune Érick DUCROS dont c'est les premiers poèmes, bien bons, Christian POSLANIEC qui écrit des poèmes aussi, Pierre CHABERT dont j'attendais les textes avec impatience et DARTOUX le fidèle compagnon du PILON.

Pensez aussi à vous( ré ) abonner, si ce n'est fait. Je ne dirai jamais assez que c'est mon SEUL moyen de faire survivre la revue.

page suivante commence...

UN CANIF DANS LA POCHE

Par Béatrice KAD

Page 2/11

 

Zone de Texte:  
on s'endormait en rond comme les cailloux
on n'avait pas encore rencontré la mémoire
ni l'espoir
ceux-ci n'apparurent que bien plus tard et tout naturellement

il y avait un mur
la fenêtre s'ouvrait sur son ombre
qui coulait tout le jour dans l'alvéole de la
chambre :
on ne pouvait pas vérifier le soleil

à genoux dans une rosace jaunie
on déchirait les paumes du soleil
on élargissait les caniveaux à la dimension
de nos yeux
( pour faire semblant de croire aux rivières et aux fleuves )
sur les voiles de papier : nos noms...

il n'y avait pas encore de saisons
tout au plus des souvenirs aux goûts de châtaignes et de mûres. l
e   temps  était  aux  autres
       
nous
on était pauvres...

la ville était notre cerveau notre ventre et nos poumons
on dénouait
sa tignasse de rues
dans les squares râpés où poussaient quelques oiseaux
on
s'arrêtait           on retrouvait
forme humaine

 

les poubelles qu'on avance       les savates des concierges
les klaxons : c'était les raclements de
l'aube :
même les rêves
se
figeaient...

le cimetière comme un bateau
ses mâts de granit rose et blancs             il nageait
au milieu
des acacias des autobus et des
piétons...

on se penchait sur la nuit
une langue étrangère naissait sur le silence
qu'on ne finissait
pas de creuser
l'expression cherchait la fuite
au bout du crayon :
mais l'aube
entrait...

douceur sauvage des chats errants
on déchiffrait leurs
contes hermétiques : on accostait sur l'infini,..

la mort était timide
elle posait sa patte sur les épaules du matin
et le poussait doucement dans la rue               le métro
dans l'automne                       dans l'hiver
au printemps parfois
elle le laissait partir
seul !

mais on avait l'amitié
nos sangs échangés nous faisaient miroirs
nos retours s'effectuaient le long de nos poèmes
(
nos silences étaient les plus beaux )

on donnait à nos rêves le pain de l'inespérable ( on les nourrissait sans compter..

 

on tuait le quotidien à coups de plumes sergent-major

on tuait l'ombre                on tuait le froid

et même le mur qui s'agenouillait dans nos yeux :

dans les paumes de la ville                         on dressait l'œuf

d'improbables futurs !

 

nous étions des aubes assoiffées de lumière
qui s'allumaient à
la
moindre friselure du rire
à la moindre mouche d'inquiétude

nous respirions la pluie fine de la vie en chantant

( l'angoisse était surprise ! )

 

nos sources ne pouvaient pas tarir
ton rire m'était une gorgée d'eau
ma gravité ta soif
innommable
on renversait nos encriers sur nos pupitres :
un langage d'abysses et
d'algues nous
défonçait les yeux
nous traversait
           tout le reste du jour on l'écoutait
descendre en nous

les autres vaquaient dans la fourmilière des mathématiques ou de toute autre chose...

 on entrait dans l'église sur la pointe de l'âme
on avait
plein de nœuds dans le ventre...
quand
on sortait
une veilleuse rousse marchait derrière nous

on ponctuait des corbillards de mots
la poésie ? une sorte de calcul mental
la rimetaillait et retaillait ses
haies mâles et femelles!
 

(il fallait que brûlent les accordéons du langage
que calcinent les rites sans présence
et les présences fichées dans des coques de rouille
pour voir
voir seulement
l'ombre portée du verbe...

 

être
poète ou n'importe quel fou mais autre chose
qu'aligneur de cartes postales
les poches pleines de signes:
les mains trouées
la poitrine-abîme ouverte
lançant ses pieuvres enflammées
dans les champs de casseroles du bon goût

avancer avancer                     même si
la première ligne est à la fin )

on marchait derrière les mots                         on rôdait nos plumes
pour faire sauter la strophe
il
n'était pas
question de baver avec le siècle

o
n le traversait sans sourire
le cartable bourré de nuits blanches
couteaux froissés cadavres en désordre
détritus de nos splendeurs nocturnes

épinglées sur nos bancs
on serrait les vagues
de nos sangs
sous nos ailes aux treize plis noirs,..

oh les livres de géographie !
on suivait du doigt les
fleuves qui
s'engouffraient dans nos banlieues
les vents rugueux du large se
penchaient sur nos ravis
sements )
oh tous ces noms
qui venaient de la mer !
et qu'il fallait briser
sur le dallage des cahiers...

'amitié                                  l'inachevée
l
'amitié

porte à l'infini ouverte dans un miroir
l'nachevable                          le
reste du temps
ON
N'ÉTAIT QUE
SOI...

en descendait l'existence par la rampe
on apprenait le langage des pendules

pour que dès l'arrivée'                    on puisse remonter
le temps...

on se cognait aux clartés de l'hiver
les genoux dans les rasoirs du gel et du vent
on habitait une
cage de glace grande comme le monde

on était aussi vieilles que l'indifférence

qui s'échappait des hommes et remplissait la rue
c'est à dire aussi neuves

que le premier coquillage sur les berges de l'aube
de là                  on entendait
les palmes de l'éternité...

un oiseau aurait suffi                la gorge armée d'étoiles
pour nous qui ne connaissions que l'école et la rue
une seule salve

nous aurait cloué les tympans et les yeux
dans la face ( aveugle et sourde ) de ce monde...

on apprit à écarter les insectes du bavardage
à enfermer la pluie
sauvage de nos rêves

dans
nos silences de ronces

les jours aux mamelles froides nous étreignaient parfois
contre leurs tessons... 
à nous faire crever d'espoir

on paressait dans les anses de nos corps
et la grosse fraise de nos cœurs
mûrissait sous nos buissons...
( ça ne nous empêchait pas d'entendre les heures
grignoter doucement la cour de récréation )

Perles de temps pur qu'on cueillait au détour d'une chanson
grains de soleil qu'on croquait avec le
pain du goûter
toutes ces rosées d'être qu'on ne savait pas nommer!

de tous nos lieux intérieurs imprécis
on accourait vers l'autre                  les mains ouvertes
comme des jardins de lianes et de signes
le lyrisme possédait les jambes du compas
dansait sur nos cahiers cornés
des poches ternes du jour on tirait
les prismes de la lumière : mirages qu'on rangeait pêlemêle dans les trousses
et qu'on lâchait le soir
DERRIÈRE nos yeux...

les cigales de l'innocence s'affaiblissaient
revendiquaient elles ne savaient plus quel matin...
oh l'effort des êtres et des choses               pour scalper
les floraisons antérieures!
des brumes se traînaient encore
vers celte lande hors du temps                    obscurément première

une mémoire d'acier    f oulait des souvenirs d'herbes et de
cerises
sur l'enclume du rationnel

nos rumeurs s'exorcisaient
ô martelage martelage
                      martelage
de la vie


notre humus notre espace c'était
cet insaisissable d'encre et de poussière
l'odeur obscure des
cages d'escaliers
l'aile familière de l'ombre
l'école sourde et bancale qui perdait
ses dentiers de tuiles
les murs étoilés de rébus : nos réponses
transfiguraient l'espace tuméfié

 toute une lèpre parlante nous apprenait l'alchimie du temps

 « ils » ont fini par nous ranger
dans un parallélépipède hérissé de couleurs
avec de grandes fenêtres fixes (comme des yeux )
( des yeux prisonniers du gel ou de l'effroi )
dans un désespoir tout neuf qui sentait la peinture fraîche
quand le soleil entrait                      c'était pour se noyer...

le temps se pétrissait comme de la glaise
on approchait de nos formes futures aux contours insondables
la femme que nous portions
collait son oreille aux
parois de l'attente

le monde se frottait à nous

le laser des heures à voix basse nous forait l'âme

 ( ô grande nuit verte du sommeil d'enfance
ô tous nos
canifs rongés sous la mousse
et NOUS en nous... )

la gerbe de tes quatorze ans dans ta robe de vichy rose
tes mains étaient propres : je les
voyais      dans l'ombre
du vestibule
v
oleter autour de tes lèvres d'où s'échappaient
les colibris et des dentelles...
Ça sentait le dop le Monsavon et l'eau de Cologne

je ne pouvais plus te prononcer avec mes doigts bleu Waterman
et mes socquettes ! .
TES YEUX AVAIENT CHANGÉ DE COULEURS...

un stylo d'herbe un cahier de blé une encre coquelicot
des mots serpents qui muent chaque soleil
en broutant un sang délicieux !

puis les jours ont fermé leurs jambes et les nuits
ouvert leurs gueules            petit à petit le cheval à écrire
a cessé de cogner               ( muré
dans le souvenir inguérissable de l'espace échappé...)

 

MAIS POSE DONC TA PIERRE SUR LE MUR DE L'HOMME !
(
et je vis que l'homme était une prison )

après je ne sais plus            peut-être un grand geste d'oiseau en train d'écrire quelque chose d'immortel
et de bien bête dans là crasse de mes poumons     et qui
n'en finira jamais le temps qui existe à peine
pareil à Pierre Paul et Jacques avale tout...


prendre le vent en marche tout emporter pas grand chose
mensonges promesses croix de soie de fer si
je pleure
j'irai en enfer serments à la craie au rasoir

trente deux dents deux pieds deux mains pas de tête
un
rêvequi ne s'arrête pas de s'échapper par la portière/
la
vie m'épousa de force comme le métro à 18h30 du soir
 j'aurais aimer y creuser rien qu'un doigt de silence
pour
y recevoir l'oiseau magique
qui viendrait bien un jour             ou un soir après le bureau
l'autobus la soupe la vaisselle...
en attendant
dans les yeux de la nuit
j'allumais une petite heure                 petite crique musicale
un 33 tours lunaire qui me violonait
l'insomnie
du sang

 

 

Page 12/13

 

 ALBARÈDE

Zone de Texte:  
Zone de Texte: Zone de Texte: 1

EN MARGE ( extraits ) V

Les bûcherons ont les yeux rejoints
Par les échardes des chevreuils
L'arbre aux cheveux gonflés
Demeurera
debout

L'explication de ce comportement
Tracasse les sociétés

VI

 

Pour rester clou
Il faut penser aux conséquences
De ses actes
Et pourtant demeurer
A la pointe
de la durée
 

De ces contradictions
 Naît la rigidité
Si cruelle du clou

NOTES

Pour regarder pleuvoir

 la rivière inventa la porte

horizontale

 

Il faudrait apprendre
à raturer le jet d'homme I

 

Près du soleil

                              l'éclat de rire est gauche

 

 

Page 14

 

Cécile et André MIGUEL

Zone de Texte:  
Zone de Texte:  
Où les commencements ont un parfum d'orange.remuent extrémités brillantes, antennes aromatiques. Soie, tranquillité. Venez aux lèvres. Cordes dansantes. Gousses de silence. Le tabouret tremble, des mains tâtent la paille. Les forains ont habité l'alambic au sable noir, ont habité l'horloge, une nuit. «Nous en vendons beaucoup, beaucoup, beaucoup» dit la fileuse de rivière. Au plus pressé, ragaillardir les os de mouton. Se parer d'avoine, image aiguée. Un temps vide résonne. Grotte de sept lieues. Isabelle engendre la mélancolie. Son parapluie violet s'ouvre, langue de fils, le mouvement se multiplie. Quoi ? jeu de l'oie ? duel jeu de lièvre ?

L'inconnu muet descend mille marches du côté du palais des cafards. L'inconnu aveugle s'est pendu. Le vasque d'or monte. Agamemnon, cavalier sur la tour. "je bois à la santé des rainettes», dit le fabricant de capsules. Petites filles, jaune d'œuf sexué sur assiette blanche.


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Érik DUCROS


 

C'était un soir
Et j'avais tout perdu
J'avais retourné mes poches
Pour en faire tomber
des morceaux de coquille bleue
Un tout petit œuf bleu
Si fragile
Il n'y avait pas de quoi alerter le boulevard
Ni les gens qui passaient en riant
Dans les lumières
Les couples

Alors j'ai remballé mes poches
Et puis j'ai pris une allumette
Une loupe ou un lampadaire
Et là-haut
Dans le noir
J'ai allumé Ma lune
 
Mais comme j'avais la chance
D'être nul en géographie
Je ne savais rien
Des marées
 

Et je n'ai pas compris tout de suite
Quand l'eau noire du caniveau
Pleine d'éclats d'œuf
Bleus
s'est mise à monter
Le long de mes mollets

Les marronniers ont des plaies vertes
Les cabines téléphoniques sont étrangement désertes
La lumière passe à travers
Astronefs
Pour explorer l'inconnu présent
Les marronniers sont noirs
Noirs comme le plastique tiède du combiné
Combiné de quoi
Robinet peut-être
Avec de l'eau musique qui coulait
Qui coulait fraîche
incolore inodore
Fraîche amère
Quarante centimes auraient suffi
Je mettais le
double
le triple On ne sait jamais
Imaginez qu'ils se disent là-bas
Que quarante centimes
Pour tant de fraîcheur et tant d'amertume
Pour un quart d'heure de sa voix De son rire
Ce n'était pas cher payé
Et qu'ils nous coupent
Qu'ils nous coupent dans le vif
Guillotiné
Il y aurait eu du
sang plein la cabine
Avec le soleil
Ca aurait fait vitrail
joli
Mais elles ont tellement l'air de débarquer
De la dernière comète
Les cabines téléphoniques
Quand il n'y a plus d'eau
Au numéro que vous demandez

Érick DUCROS

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Christian POSLANIEC

 
 

LES MOTS DU CATALOGUE TRIBAL

SONT  LES AIGUILLAGES  AVEUGLANTS

DES DÉSIRS

Vêtue de plumetis,
d'un zeste de citron,
            Elle dit :      
« Tu m'obnibules.,.
                          de savon... »
à voix si légère
qu'il s'envola par la lumière.

 

Tu mas tissé
le cœur en bleu
en trame de femme câline
Depuis s'ébattent en moi,
Moites, deux gros émois
et des mouettes dodues
qui s'entrebattent
déchaînées
dedans la trame écrue
que tu m'as tissé
nue

Elle avait dans ses yeux deux frelons endormis
Mes doux baisers marchaient sur la pointe des rêves

Peur de les éveiller
Crainte d'être piqué

Un peu plus que folie

Ne mangeait que du miel et des monceaux de fruits
Moi je me gavais d'elle
me gourmandait,
très tendre, en m'offrant son regard :
deux frelons endormis câlinant mes envies.
Dérives du regard en quête de promesses.
Il neige
Je me glisse sans bruits sur tes chemins d
'été :
ça chante à chaque pas
mais des frissons aussi.
Ne pas oublier l'avocat
qui de ses
feuilles me surveille...


Page 21/23

Pierre CHABERT

AMUSETTES D'UN RETOMBÉ

EN ENFANCE

Jules
après le déluge
quand séchera le linge
Jules
redevenus des singes
devant notre masure
nous ferons de la luge
Jules
et nous jouerons du bugle
Oh nous serons des princes
Jules

Situ étais noir tu ferais
un magnifique nègre
quel dommage que tu sois
de celle couleur-là
gi tu étais ce que je dis
avec la couleur que je dis
ce que tu serais réussi, mon ami

Julien l'apostat
oh le poids des croix
le curé confesse
oh le poil des messes
E
n ce temps-là fut Lutèce e
ntre ses deux ponts de bois
ombragés de chasselas
Lucette montrait ses fesses
sous les figuiers qu'on laçait.
de longues pailles tressées
De droit divin la gonzesse


Le poisson qui me parle
de photographier le monde
il voulait m'entraîner
mais je lui fais comprendre
ma condition d'homme
bien prouvée par
les dents
et la station debout
II reconnaît la chose
il admet ma différence
retourna à ses glaciers
et à ses chevaux blancs


Il
pleut machinal
il pleut méthodique
on est fataliste
et l'on tend la main
vers la peau de l'être
Ainsi rafraîchi
j'écrirai des poèmes
naifs et
bienfaisants
comme Racine en faisait
pour les filles bien élevées
par la dame de maintenant

 


Page 24

Dans l'héritage des heures
L'oblique regard du gel

Il est temps de déjouer l'ombre

Un feu ouvre le pays des hauts rêves

Jacques Louis DARTOUX

Page 26

A PARTÉ

Les ( quelques ) coquilles ne sont pas revendiquées par le pilonneur. Elles sont marginales...

Le prochain numéro parlera d'un séminariste et de sa poésie. ART BRUT.

Celui d'après reviendra sur l'école.

Le dernier de l'année je ne sais pas encore, mais « poésie pratique » me tente, si vous voyez ce que je veux dire, moi c'est encore un peu flou,

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77, 78. 79 ) re‑

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par année    30F

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Connaître Jean Pierre LESIEUR

L'ART JEAN numéro 5 du PILON

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PILON LA JOIE numéro 12 du PILON

6F

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