LE PILON 20

Jean Pierre Lesieur / pages : 1 2/10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26/27 28

revue trimestrielle de poésie


 

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Zone de Texte:  

 

 

L'ANACHRONIQUE DU POÈME

 

 

 

État dans lequel se trouve engagé un poème de 198o lu par un francophone de 1980. ( 2oo millions de lecteurs potentiels : 2ooo réels ). La poésie n'a pas de vérité pratique. Fausse queue de la littérature elle ne réunit pas beaucoup de joueurs autour du billard. Situation qui risque de lui être totalement fatale.

et YOUPI !

Est-ce cet acteur un peu médiocre dans ce très vieux rock § roll shakespearien toujours à côté de ses baskets.

La vie s'extraordinarise si t'on veut bien-reflets nacrés du soleil sur les touches de ma Remington-rétro net les images coulent-allure croisière sur caps inconnus encore l'hiver, pourtant reflets nacrés du soleil sur les touches de ma Remington-boucles hypnoïdes juste un souvenir comme ça-nostalgia. Poussières d'instants putes-particules plus belles qu'un ciel de France gnan gnan chantant de médiocre certitude dans un monde ralenti. Courir de vie sur les ruées de sensations fugitives-DÉCRESCENDO- sur les grèves, de nombreuses troupes d'éléphants de mer étalent leurs masses luisantes-tract voyages îles Kerguelen-îles fantômes l'importante découverte d'une cité perdue pourrons-nous sauver les indiens ? rêves médias-clivages géologiques, zoologiques ou ethnologiques­de te retrouver et cuts up - follow up - en camaïeux hips littérature super marché ou actualité de l'exploration ? Ni l'un ni l'autre sans doute simplement flashes rapides sur instant d'éternité, saveur cinéma sur cartouches d'inconscient-communication instrument ou médium en forme de secondes mots, d'instantanés temps; Ne regardons pas en arrière : c'est le passé-déconnexion mandarine, clin d'œil aux beat poètes-les anges vagabonds refusent la muselière sur tous les supports de communication. Les routes sont et seront toujours vierges, le serpent se mord la queue sur les portes de perception. « Qui es-tu ? où vas-tu ? d' où viens-tu? ... L'ouroboros, l'éveil d'une conscience cos­mique... La maison du tonnerre dans l'H.L.M aseptisé de la technologie gouvernementale... ESSUYEZ VOUS LES PIEDS ET ENTREZ SANS FRAPPEZ ! ornée d'une bordée de jurons la conscience prend son envol comme le soleil nouveau mais déjà amoureux TANTRAS-BIO ÉNERG1E­1310 COMPUTER

Cet Eldorado des abysses

HORUS


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Il refusait de pratiquer la poésie comme on devait le faire : dans le rite. En RELIGION.

La messe ne le concernait pas, et tout un clergé de basse extraction ou de haut lignage ne parvenait pas à lui donner envie de suivre le cérémonial.

Il avait horreur des déguisements factices.

Quand on lui disait qu'il était marginal il haussait le ton et les épaules. Où était-ce les marges? en quel pays? en quel royaume? Et le pays des marges n'avait-il pas aussi ses marges? Et ainsi de suite.

Il refusait de pratiquer la poésie dans le rite, vachement feintés les grands prêtres !

 

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MACHINE A RESTITUER VIVANTE LA
POÉSIE MORTE

il suffit de la traire par le bon côté


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Le médecin du poète


 

La pratique de la médecine et de la poésie n'ont pas ceci de commun : la rémunération lucrative. Bon pratiquement, ça fait qu'un toubib mange bien et qu' un poète la saute.

Aussi le poète doit-il recourir à l'homéopathie et aux médications par les plantes. Il n'a qu'à parcourir les chemins et à se baisser. Il traite ses courbatures avec quelques mauvaises rimes en ure, il n'a pas d'ulcère.

La pratique de la poésie peut le guérir de certaines maladies nerveuses qu'il porte en germe. mais quand elles se déclarent, il ne lui reste que l'asile.

Quand un médecin et un poète se rencontrent ils ont 1' air tout con. Se dire quoi? Parler de vers, de pieds ils ne les traitent pas de la même manière.

Le médecin du poète doit être bien désintéressé, s'il veut garder longtemps en vie son poète patient. La sécurité sociale du vers libre reste à inventer.

 

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Achetez toujours

votre

P
S I E

Chez  le même

BOUCHER

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Zone de Texte:  

 

 

RECETTES

 

 

De paille et de peau on fait un chien. De peau et de paille un homme. On peut ajouter quelque viscères Les boutons de bottine pour l'œil du chien, pour l'homme des billes d'agate. L'éléphant, dont l'œil est petit pourtant, on ne trouve pas de billes à sa taille. L'homme est très bien empaillé. Cousu avec soin. On l'apprécie dans les bonnes maisons. H sert, en temps de pluie, de porte-parapluies et les jours de soleil, aux . chapeaux. H meuble. C'est commode. II se mite moins que le chien parce qu'il a peu de poils. mais il craint les crevasses. Dès que vous en voyez une se dessiner vite un peu de graisse de marmotte. On peut l'enduire aussi de beurre de cacao, sauf les parties poilues qui s'encrassent. Pour l'éléphant on n'a rien trouvé : il est crevassé de naissance. On empaille aussi les oies, les porcs, les limandes, les écrevisses, même les têtards. Mais jusqu'ici ce que l'on a fait de mieux c'est l'homme. Immédiatement après vient le manchot qu'il ne faut pas confondre avec l'homme qui porte ce nom : c'est un oiseau. Puis, pêle-mêle, beaucoup d'autres mammifères. Sauf la baleine : c'est incommode. Mais l'homme empaillé est vraiment le roi de la création et je ne doute pas que l'on obtienne bientôt le dotation d'un corps pour chaque famille adulte. C'est pourquoi nous donnons ces recettes. Il va devenir difficile - les jeunes femelles surtout sont demandées, mais les beaux mâles sont aussi hors de prix. il va devenir difficile de remplacer les empaillés mités, encrassés,gercés ou maladroitement brisés. Donc n' oubliez pas nos conseils : graisse de marmotte, beurre de cacao. On peut parfaire à la peau de chamois. Mais ne brossez jamais : ça use.


 

Jacques  LEPAGE


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Zone de Texte:  

 

 

De l'art ménager à la poésie pratique

 

Les arts ménagers ? Qu'est ce que c'est ?

Encore la musique d'ameublement on peut comprendre de suite les images : living-room meublé suédois; supermarchés bourrés d'articles polyformes; Brahms, Schumann; discussion cocktails.

Mais, les arts ménagers? Où commence, où finit? Peut-on concevoir le balai, la cocotte minute comme déjà de l'art ménager; ou doit•on le circonvenir à des actions ; vaisselle, époussetages divers...

Et le culinaire est-il inclus? grave question.

Y a-t-il une place pour la chimie des plats? Le Gouffé est-il un livre ménager, de chimie, culinaire ?

L'art ménager est-ce toutes actions ayant rapport aux soins du foyer?

Pourquoi dans les salons d'arts ménagers n'y a-t-il que des objets? l'art est-il une technique ou inversement? Quand je fais une vaisselle suis-je comme un poisson sur une bicyclette? Qui fait, qui défait?

J. P Louis avoue écrire dans sa cuisine; produit-il de l'art ménager ? de la poésie pratique ? Un article du Calcre est-il plus ménager qu'un texte de J. P. Louis?

L'art ménager, est-ce une composante du triangle travail famille patrie, laquelle?

AURAI-je trouvé toutes réponses dans le ROBERT le QUID, l'ENCYCLOPÉDIA UNIVERSALIS ?

En quel état j'erre...

P.S Pour les lecteurs du Sud Ouest, la tchache, qu' est-ce que c'est ?

Alain MALHERBE



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Devenez un poète - succès - réputé - en

cinq • nombreuses -garanti - jours - références.
Zigzag sur papier glacé, la cohorte de points suspendus, s'exclamant stupidement.
Sucre d'orge pour gogos et désœuvrés...
L'un dans l'autre j'suis « pro ».
Un cadre flétri me glisse un carton peut-être phosphorescent.
Un boyau au néon, une animation de cire, des bustes penchés, politesse de contrat.

 

OU EST LA POÉSIE PRATIQUE ?

Sous la pluie le portail gronde. Une voix off me susurre : Par ici chéri.

D'un pas résolu j'entre chez Manufrance.

Victoire FLASSIGNY



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A QUOI BON

Pour prier, il y a la bible, des poèmes de l'ancien temps. Pour chanter, il y a la marseillaise, des paroles de l' ancien temps.

Pour marcher, il y a les pieds (et la poésie ne servait à celui qui allait à Chartres, que pour mettre un vers devant l'autre. )

Pour travailler, il y a les outils, l'agence nationale de l'emploi et le chômage.

Pour pleurer il y a le mouchoir.

Pour gueuler, le gueuloir.

Pour glander, il y a les testicules.

Pour gloser, la faculté, qui ne s'en prive pas.

Pour vilipender, il y avait Montfaucon, qui a un peu disparu.

Pour brader, il y a le bras d'honneur, celui que fait le Pilon aux « pisse pas chaud ».

Pour hocher, il y a la tête, le bébé et la révolution. Pour planer, il y a les comètes et leur queue étroite. Pour poésiter, il y a la poésie.

SAUTEZ.


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1

Le garçon a mis longtemps à me dire son nom. J'étais torse nu. Chaîni prenait une douche, fenêtres ouvertes sur une cour aux murs hauts où Coppée, ancien combattant de Crimée, avait planté, quelques temps auparavant, des bégonias bulbeux non encore fleuris.

Le voyage avait été long.

et Chaïni prenait une douche.

 

2

Le garçon jouait dans la cour et, l'air de rien, parfois, son regard flottait sur la chambre de cet hôtel de Malakoff où je fis l'amour avec Chaini, la princesse rouge. Le garçon jouait avec sa sœur. Ils étalaient de l'eau sur la cour de cet hôtel de Malakoff où ma princesse rincée donnait déjà à son regard l'impact luisant qu'il lui faudrait avoir quelques heures plus tard.


3

 

Des draps pendaient. J'étais torse nu. Il était tard. Chaini s'habilla. Le garçon me dit son nom, Arnaud.

J'étais à Malakoff pour affaires; et les affaires trainaient, lessivées dans la poussière.

J'oubliais Chaini, pour seize cents mètres ses yeux de catastrophe. On s'ennuya. Des bruits défendus se coulèrent sous les draps secs.

Plus tôt que le jour, nous fûmes debout. On passa chez Jacques.

il n'était pas là.

Jean-Claude LEGROS

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f  

LA JOURNÉE GYMNOPOÉTIQUE..

Le matin, à Jeun, sans crayon, coucher sur le dos, écrire son poème avec les jambes jointes qui dessinent les lettres une à une.

Dans la matinée, un mot tous les 5o mètres, en petites foulées. soufflez profondément et INSPIREZ.

A midi, fauteuil relax, jambes croisées, lotus, faire le vide, attendre, écrire sur papyrus avec un roseau du Gange taillé à la faucille.

Dans l'après-midi, ventilez largement la pièce, marchez lentement, une syllabe tous les 3 pas. Gommez distraitement.

Le soir, à bout de doigts, palpez les vocables, caresser les phonèmes, debout, jambes écartées, neurones durs.

La nuit couché sur le ventre, cambrez les reins du poème - plusieurs fois - vérifiez sa souplesse les mains dans les poches du rêve, écrire sur les draps en les changeant chaque matin... d'un trait de génie.

 

 

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REPORTAGES                                                   


 

1

 

 

Il suffisait de tourner le robinet
pour que jaillissent quelques légendes
quelques bribes d'une autre réalité
propre à résorber nos soifs
tout en nous ouvrant des appétits
semblables à des portes béates
sur quelques mirifiques cités
due à des architectes fous
aux cerveaux emplis
l'escaliers sans avenirs
ni descendance
Et pourtant nous montions
et descendions sans cesse
gymnastes superbes sur des barres de brume
et quelques coups de reins seulement
nous suffisaient à enfanter des soleils
qu'il fallait voir naître de nos rythmes endiablés
puis s'accélérer et s'ébahir
jusqu'à ce moment fatal où la dame de séance
criait ;
ÉCLIPSE
alors nous sortions
un par un ordonnés et solitaires
par ces arcs royaux que l'on enflamme
uniquement pour les rois fous et les bâtards
exilant avec nous nos monarchies et nos révolutions


 


 

2

Une fois bandé

le biceps d'Archibald possédait ce don

de transcender lanternes et fanaux du côté du feu

et le feu vers ce qu'ici on nommait

LE LIEU DIT DES SILEX BATTUS

Car il nous fallait battre les silex

et souffler longtemps

pour que les bêtes de nos murs

rougeoyantes rugissent

Au premier feulement, satisfaits

vêtus de peaux de femmes

en pleine nuit nous sortions au grand jour

prêts et prompts à saisir l'éclair de nos mains tendues

et le ciel qui à ces instants

indubitablement nous fondait sur la tête

pour notre splendeur prêtait à ses nuages

les composantes aquatiques

des plus intimes bouleversements

 

 

3

En vertu de ses assises de grande baiseuse
son sexe présidait à la répartition
des lames sur le tapis vert sang de l'histoire
et il fallait nous y voir glisser
au
fil des réjouissances liquides qui s'échappaient
de son antre sempiternellement béat
duquel nous ne sortions
que ruisselants de demeures lugubres et hantées
Un seul de ses spasmes suffisait à offrir à
notre oisiveté maladive
quelques uns de ces jeux électriques
dont nous étions tant friands
et notre vie vacillait
entre partie gratuite et tilt sans appel
car rien ne comptait plus pour nous
hormis le palu et le
ouatawan
qui était notre manière à nous

de passer en maraude au nez de la mort
sans
jamais la prendre à notre bord
et de borgborythmer dans les tuyaux
car le rythme
ou plutôt le mouvement
nous était incessant
ce rythme qu'elle imprimait
à nos langues nos rêves et nos reins
tout en murmurant

LES JEUX SONT FAITS

RIEN NE VA PLUS

Jehan VAN LANGHENHOVEN

 

 

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TRACT

Vitrioler l'écriture qui n'est porteuse d'aucun mot d'ordre Dynamiter les replis de fluctuations mentales ne pas s'en tenir à l'image non plus / Converger vers les pôles d'excitation ultime / toute tentative d'interprétation est vice de forme / Toute représentation approche pulsative / Circuler entre les mots entre les corps / La musique-bastringue tonitruante dans les veines / L'accélération du rythme de perception vers la désintégration totale aux portes d'embrasement / En l'état d'apesanteur cervicale lorsque le dernier cran a sauté la flottaison est nouvelle destinée / La déclinaison jusqu'à 360°devient affaire de non-sens / La caractéristique est partie attenante au magnétisme / Jamais /extérieur n'a été ressenti si proche et perçu comme inévitable combustible dans l'alimentation de la supra-structure électrique débobinée / De l'encéphale rouge vif de nos débuts est engendrée une prothèse de perpétuelle jeunesse échappant aux mythes du temps et excroissances en tout genre / Parvenu à cet accessit l'étude fait encore sourire / Dialogue et ses effets marques d'esprit géométrique de négligence passée / Et non pas de vagabondage géophysique d'unique aspiration / des logogriphes par centaines avec lesquels il faudra se démerder de vivre désormais par le seul lien copulatoire /

Michel FRESSARD

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PRATIQUEMENT


 

Quand j'écris un poème, je me dis que je vais écrire un poème, et ça me fait chier comme il n'est pas possible. Ensuite je cherche les mots, puis les idées qui viennent se cogner aux mots, qui m'échappent se tirent, reviennent, disparaissent. Je ne trouve rien, m'énerve, lâche le crayon ( j'écris toujours avec un crayon comme j'ai lu un jour que faisait Hemingway et je ne veux pas être Hemingway ).

Et il y a toujours cette saloperie de poème qu'il faut écrire pour justifier ma réputation de poète.

J'ahane, je renâcle, à la chaîne et aux pièces, Taylor, et Stakhanov, une nouvelle manière, écrire un poème, quelle connerie.

Et plus je me dis que je vais l'écrire, plus ça m'emmerde, et plus ça m'emmerde plus ça déclenche l'envie d' écrire. Tout à rayer sauf les deux dernières lignes.

Putain de contradiction contradictoire de mes deux.


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Pratique. Mon grand souci. C'est qu'à force de pratiquer l'illusion et de m'enfoncer dans les veines à coups de bic ce Mensonge essentiel : « le rêve c'est la réalité », j'ai fini par me trouver dans une position yogique, la tête en bas et les pieds sur. une étoile si ardente qu'une grande frayeur m'a soudain saisie à l'idée que j'avais - toute à mon innocente perversion pohaitic - mis très incorrectement les pieds dans l'œil de Dieu ( dire que je le croyais à ma droite ).

Lui qui dort d'un œil, comme chacun sait, tandis que l'autre épie la foule de ses œuvres pleines de matins, de surprises et de péchés, ne risque-t-il pas - ô Grande Patience à bout - de me frotter olympieusement sous sa paupière jusqu'au déluge si pur d'une de Ses larmes, qui s'égouttant m'ira fracasser dans l'épouvantable sens des réalités ?

Mon sens pratiquement nul de la navigation en terre ferme, me conseille de me sortir de là - de l'Œil - avant que ma vision très enrichie par sympathie divine ( mais qui a comme toute pathie son anti) n'aille se troubler, se diffracter, s'enténébrer dans l'Envers des choses pour une banale et évitable Démangeaison oculaire.

Je note donc à toute fin utile les suggestions de mon sens dessus dessous pratique pour m'éloigner du ciel et de ses dangers :

1 - tricoter avec application un parachute au maniement facile, tout de descentes en douceur quotidiennes, tout d'habitudes tout de poncifs d'utilisation commode.

2 - ficeler de règles et de principes, comme un rôti bien net, l'esprit retors et vagabond.

3 -- s'exercer, munie d'un peu de science et d'art jusqu'à l'obtention du sec petit rire intérieur, à passer d'un monde à l'autre, d'une vérité à l'autre avec toute la souplesse, la bonhomie, l'aisance et la parfaite innocence d' un délégué syndical ou d'un ministre.

4 - pratiquer la Vertu ou un Culte, aux vertus curatives que l'on sait, telle l'ablation de l'âme, l'anesthésie du cœur avantageusement remplacés par des préceptes sains tout à votre honneur, et à la mise en application immédiate par cerveau-automatisme.

5 - mais le mieux serait encore - puisqu'en définitive et définitivement mon esprit pratique parait à l'analyse pratiquement impraticable - de demeurer dans l'œil triangulaire du verbe. Pour plus de commodités et faciliter la communication, m'inscrire sans tarder à un « cours pratique d'Ange-Lai » ( commercial bien entendu ). Et attendre la chute. Voilà.

• • Je ne vois pas plus que vous l'utilité de mon intervention. Mais j'ai passé un bon dimanche à croire que la réalité c'était le rêve (le pied ). C'était bien. C'est fini.

 

 

Béatrice KAD


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          Jamais un poème ne parvient à se trouver en situation orale quotidienne. Quand dit-on un poème dans la vie courante ? JAMAIS, Qui, spontanément, déclame des vers? Ne poussez pas pour répondre.

             Quand on se lave les dents on fredonne. Quand on se rase on chante. Quand on se douche on hurle à tue-tête. Quand on regarde la télé on se tait. Quand on nait on pousse un grand cri. Quand on jouit on râle. Quand on écrit on murmure. Quand on s'engueule on grommelle. Quand on rêve on dit un poème... mais personne ne l'entend. Un grand beau rêve de poème...

dans un lit de malentendus sourds-muets.

 

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NAIVEMENT NAIF

Naïvement on dit aider les poètes

Naïvement on dit inventer les poètes.

Naïvement ou dit remplacer les poètes, par le cinéma danse, la littérature, le théâtre...

Naïvement on dit la poésie doit être faite par tous, et t ne la démocratise pas.

Naïvement on dit dépendre les poètes suspendus. Naïvement on dit aimer la poésie.

Naïvement on dit : « on a besoin de poètes, on en aura de plus en plus besoin. »

Naïvement on dit il nous donnera la survie. Naïvement on dit propager le poète comme une boî­e d'asperges vierges.

Naïvernent on dit que la poésie c'est pas pratique... pas pratique du tout à lire. Vachement naïve la naïveté.


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Arrèté portant création d'un Certificat. d'Aptitudes Poétiques

 

Dorénavant ne pourront être rétribués par les revues françaises et de la francophonie que les poètes ayant satisfaits aux épreuves suivantes du CAP.

 

 -     Publication dans les 10 revues importantes suivantes : Le Pilon, La Corde raide, Thélème, Plein Chant, Tartala­crème, La Crécelle Noire. Verso, Solaire, Doc(k)s, Jungle. - Séance de reptation sur le sexe devant un jury composé des plus éminents éditeurs et leur petite amie.

Stage de 3 mois au Calcre rétribué par le compte d'auteur.

-     Séminaire financé par la C.A.P ( Caisse Autonome Poétique ) pour apprendre à placer les dividendes procurés par la vente d'un best-seller poétique.

-     Stage de trois jours de sourire forcé pour toutes circonstances des rapports poésie-édition ( avec ouverture de lettre d'éditeur devant miroir ).

-- Épreuves, écrites et orales d'histoire de la poésie féminine, masculine, maudite, pas maudite, des taulards, des pharmaciens, des photographes, bucolique, hostile, révolutionnaire, des couvents plus une épreuve par tirage au sort.

 

 

FACULTATIF : le candidat pourra prouver qu'il sait écrire un poème (ou qu'il en a déjà écrit dans les 10 années précédant l'examen. )

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ou

petite chronique des faiseurs de revues

Pour faire sa revue de poésie, il sacrifiait ses émoluments trimestriels. Le reste l'aidant à faire vivre sa vieille mère, un peu impotente et infirme. En même temps, il cultivait son œuvre avec un infini déploiement de moyens. De temps en temps, il réunissait tous ceux qui pouvaient s' intéresser autour d'un feu de bois. II y brûlait quelques meubles inutiles dans l'héritage que personne n'attendait. Il fera don de son corps, de ses œuvres et de ses biens à une fondation quelconque.

On lui creusera une tranchée d'honneur dans la tourbe rouge de l'allée Aragon.


 

 

il faisait sa revue avec des dettes plus grandes que les pages qu'il remplissait d'imprimeur en imprimeur, comme des chèques, sans signature, sans provision, à la lueur de ses déménagements à la cloche de poète.

Pouvait pas, l'pauv'vieux, pouvait pas vivre sans faire une revue, à coups de charrue, à coups de tracteur, avec des champs grands comme la Beauce - ou la Picardie - chilien min pov'gars. L'encre gelait dans l'étable, dans la tête.

C'était le paganono de la ronéi, le paganoni de la rinéo. Bouffait trois jours sur quatre, le quatrième il mettait son estomac dans la revue, à même le 120 grammes Voiron, pour le laisser sécher. Fallait bien vivre.

Ah la modeste petite souris papivore qui bouffait sa revue tout sourire dehors, qui étouffait raide les joies de la renommée d'un trait de presse à pédale. La modeste souris qui illuminait les déchets, comme une reine, et les faisait aimer, à ceux qui jetaient tout aux poubelles de la littérature.

Zone de Texte:  

 

Au début, il tirait sa revue dans les combles de la faculté - ses polycopies de poèmes - Un délateur zélé, un délateur, un jour, cadenas, plus de passeport pour la poésie. Tout prendre en charge. Réduire les feuilles. torche­cul de génie. Le ticket d'autobus. Le timbre. Le chanvre.

 

Tant qu'il garda ses chèvres, elle en vécut, sa revue, belle, pimpante, gratuite. Quand il perdit ses chèvres, elle en mourut aussi, dans les oubliettes des caves à poésie sans moyens où les revues de pauvres crèvent de faim.

II y laissa ses jours, ses nuits, ses vacances, et récolta un superbe lumbago qu'il cultivait avec amour, ardeur et dévotion. Couché trois mois par an. II révisait sa revue dans le sillage des incertitudes fugitives.

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Si vous avec, reconnu les faiseurs de revues, vous pouvez concourir, sur carte-poème uniquement. Pour départager les lauréats voici la sempiternelle question subsidiaire : indiquez celui ou celle que vous préféreriez embrasser sur la bouche en donnant vos raisons.

Nom

Prénom

 

 

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ASSURANCE - SANTÉ DES BEAUX BÉBÉS

Quantité par tétée .............................................................................................................................................................................................................................. _.........................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................

 

HEURES

SEIN

BIBERON

 

6 *hues

 

 

 

8 heures

 

 

 

II heures

 

 

 

t4 heures

 

 

 

17 heures

 

 

 

28 heures

 

 

 

23 heures

 

 

     

 

ASSURANCE - SANTÉ DES BEAUX BÉBÉS

et le PILON...

la santé des beaux poètes.

 

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Ce numéro pratique ne saurait clore le bec du sujet vous pouvez envoyer d'autres textes.

 De belles mouettes bleues sortaient de ses manches... il les vendait pour boire les jolis mots d'un livre qu'il n'arrivait pas à quitter du crayon.

Les textes en garamont gras ital. corps 12 sont pratiqués et écrits par Jean Pierre LESIEUR.

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Le présent numéro est entièrement fabriqué au beurre fin de Bretagne.

ATTENTION : Nouvelle: adresse du PILON, 10 rue Duranti 75011 Paris   367 98 65