LE PILON 28

Jean Pierre Lesieur / pages : Post-mortem 2lino Claudine Goux4/5Josée Yvon 6 janus 7Norbert Glady 8pourquoi j'arrête 9Albarède 10Scène finale 11Conseils à un vieux poète 12Jean Igé 13Jocelyne Le Béguec 14/15Jean-Pierre Lesieur 16/17 trop de revues 18/19Pierre Ziegelmeyer20 presse book21Jacques Morin22/23Jean-François Roger 24/25Guy Girand26testament27lino Claudine Goux28Patience mecs

revue trimestrielle de poésie

   

 

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n°28


page 1


POST-MORTEM

Il fallait bien que cela arrive. LE PILON, un peu plus long que LITTERATURE, aura duré 7 ans et 28 numéros.

L'âge de raison. L'âge ou on passe l'arme à droite ou à gauche.

                                                                   

Vous pourrez lire encore quelques poètes : Josée YVON du lointain Québec, Norbert GLADY déjà pilonné,
ALBARÈDE le plus souvent couché dans mes pages, Jean IGÉ peu lu en revues, Jocelyne LE BÉGUEC
qui publie pour la première fois, Pierre ZIEGELMEYER le complice joyeux, Jacques MORIN le bientôt boss,
Jean François ROGER privé de chèques, Guy GIRARD . encore un caennais et MOI qui suis aussi poète vous savez ...


                                                             ••••• ••••••••••• I! •••••••••••

                                                            LE PILON retourne au PILON

page 2

                                                                    

Lino de Claudine Goux

 

page 3

              

30 Avril 1982

Tu viendras - la foire du trône fermera
sa porte monstrueuse de freaks éperdus.
Tu sonneras - le gnome n'ouvrira pas
et les manèges menaceront ton amour.
Tu entendras - les demi-chuchotements
des péniches du grand Magic-circus.
Il fera - un épouvantable temps de petite
fille toute ronde à ne pas mettre dehors.
Tu couperas - les chevaux en quatre du
feu que l'albatros froisse de ses ailes.
Tu prendras - le dernier taxi de la marne
pour la guerre bleue de la tendresse.
Tu avaleras - des meutes de pilules blêmes
comme des ventouses posées hier soir.
Il y aura - un journal en relief à la limite
des mensonges de l'herbe qui veut être verte

Et tu seras comme toutes les autres petites sœurs
des piqûres d'insectes qui font mal.

Jean Pierre LESIEUR

                   

 

page 4/5

              

RETOURNER EN ENFER CHARGEX
             

              

Ce n'était rien
cette façon de voir double
pas le chat d'Osiris
mais je souhaite / qu'un neveu récent
dise l'uppercut

il s'agit en fait de gaspillage
des liqueurs, de crevettes bien sûr
et les aristocrates nus rêvent encore de muter
les faits nous massacrent d'incestes
pourquoi dépensent-ils leur salive
dans un autobus quelconque
les gosses pleines, les yeux percés
Rupture / mon amour j'avais à dire
que je l'aimais
la fissure fut si brève
fouets et camaro
bébé
les fœtus que tu gardes seront-ils un jour pour moi.
l'ennui vedette nous circonscrit
mais je réussirai quand même à tatouer
sous le sein gauche de la petite livreuse à patins
TRISTE de nous à si fleur de peau
les indiennes sont avec nous, alors pourquoi tu pleures ?

Josée YVON
 

                            

 

page 6

JANUS

Je t'ai traité comme une femme, douce et belle. Je t'ai donné ta ration de tendresse,
tes doses J'espoir. Maintes fois j'ai attendu ton cri de bête repue.
Maintes fois. Tu t'es tue. Hirsute. Et je tirais de ton silence l'envie de te refaire l'amour.
Tu n'étais pas comblée. Ai-je jamais su combler tes 8 pages de Gestetner 4 blanc
nourries à la farine poésie. Complètement. Tu renâclais dans les numéros à oblique bizarre.
J'en tremblais de désir.
Je t'ai passionnée comme une fillette à l'urgence de son premier baiser. Maltraitée les soirs
de pleine cuite de lune. Enfermée de couperose moite.
Je t'ai enclavée entre mes mains de faiseur de rire rêveur baroque du bout des trottoirs.
Tu m'as tout rendu au centuple ou au quart de poil de cul près, comme disait Baudelaire à
Verlaine un soir ou Rimbaud s' envoyait George Sand.

PILONEZ

                                                        

page 7


je n'écrirai plus à la mort
parce qu'elle ne m'a pas encore répondu
une copine elle?
et je n'écrirai plus sur la mort
la mort n'a jamais écrit sur moi
assez de publicité gratuite

tiens une hirondelle gazouille
va falloir retaper le programme!

Norbert GLADY

 

Page 8

 

POURQUOI J'ARRÊTE

Parce que j'en ai marre

Parce que je veux enfin trouver le temps de crever en douceur.

Parce que je ne veux plus embraser mes nuits de pilons qui appellent.

Parce que je veux encore écrire et que cette putain de revue me bouffait mon crayon.

Parce que je veux imprimer d'autres choses : recueils petits formats, poème-cartes, tracts,

manifestes, pamphlets, fiches de travail pour les enseignants, dépliants, et tout ce qui peut
tourner autour de la poésie, imaginez et envoyez-moi.

Parce que j'ai beaucoup changé.

Parce qu'on est éternellement regretté lorsqu'on disparaît en pleine gloire.

Parce que 7 ans de PILON c'est l'écrasement nécessaire et suffisant. pour en ressortir beau,

purifié et prêt pour tous les plaisirs.

L'ESPlLON

page 9

MORT

Le noir qui couche dehors
est tombé des replis
de la lumière
il squelettise la lampe
où le drapeau des muscles
apprend à brûler.

A travers tous ces morts
au tableau
le premier qui s'efface
dicte la craie
 

 

ALBARÈDE

 

page 10

                                  SCÈNE FINALE

                       

                        Avouez qu'il était beau Le PILON

 

page 11

CONSEILS A UN VIEUX POÈTE
                POUR FAIRE UNE JEUNE REVUE
                                                       DE POÉSIE...

Prendre du papier. Blanc. Et, chercher un mécène.

Ne pas en trouver. Changer de nom. Devenir mécène (mais oui!) Commencer à écrire des poèmes
Une annonce dans LIBÉ. Il en arrive d'autres. Trouver un titre. Imprimer. Ronéoter. Marquer au
fer à burin. Enfin le numéro 1. Envoyer. Terminer. Retourner le chapeau. Payer les timbres.
Attendre quelques lettres. Faire le numéro 2. Recommencer. Ne jamais compter vraiment sur
les abonnements. Payer. Faire le numéro 3;Se faire engueuler. Décoder. Déconner. Tenir le plus
longtemps possible. Plonger. Respirer. Ouvrir les bras. Prendre son pied dans les rideaux. Rideau. Merci.

Prendre du papier. Bleu. Et, chercher un mécène.

page 12
 


la fermière suce le pis de la vache
pour mettre dans un biberon
ce gros animal qui bave
et le donner à ses enfants
pour nourriture, l'écrevisse
dégaine et plie son bas luisant
et ses douze gants articulés
afin de se voir plus lisse et belle
en sa baignoire débordante de crème
parfumée au laurier sauce
capable de remuer séparément chacun de ses yeux
montés sur rotule, à ses pieds
montent la garde les lions de l'Atlas
sur le tapis carré d'épaules et de choux
éclaboussé de bulles lactescentes,
le poussin sort de l'œuf mais la coquille
est trop étroite pour que le coq n'y retourne

Jean IGÉ

Page 13

DÉPART

Marche sans fin
Au-delà du surfait
Conjugaisons passées
Au rencart
Ramasse ta carcasse
Au bord de la grand-route
Vie rage .
Côte cristalline
Là-bas bientôt

       

 

ÉVEIL

Raconte moi
Comment tu t'appelles
A l'heure où le bleu matinal
Décroche les ténèbres
A l'angle de tes volets

Jocelyne LE BÉGUEC

 

page 14/15

             

 


Je ne lutte pas pour d'imprécises pudeurs
d'obscures sinécures d'os. Les vents
toujours du nord s'obstinent à geler
la mante religieuse des gibecières.
Toujours le même charbon à brûler
aux hivers de contre-vérité.
Je n'impose pas mon rythme.
Vous marchez au pas des petites filles
partageant le mollet des pudeurs
avec la louve des trottoirs.
Toujours la même langue à tourner
vers les sept horizons du langage
sans savoir vraiment la parole.

Je me fige dans les appels du pied
qui explosent comme des ampoules
et j'ai au cœur les espoirs ouvriers
des alternatives.

            

 

AURORE

Et puis pleuvoir
                 pluie
curieuse odeur
Les mousses remontent aux lèvres
Des défroques d'orfraies bastonnent l'horizon.
L'envie se lève, babouche perverse,
et pose sur ma lèvre l'averse des réveils.
L'empoi des peaux de bêtes colle encore
aux mains où j'ai p1anté
mon amour définitif des ongles

Ces matins éreintés de départs
Je les compulse au doigt et au cœur.

Jean Pierre LESIEUR

 

page 16/17

 

IL Y A TROP DE REVUES DE POÉSIE

Il faut donc en supprimer ...

Le dernier PILON vous invite à suggérer aux pouvoirs publics
les plus élégantes manières pour y parvenir.

 Pendre quelques directeurs pour l'exemple 

Doubler le tarif postal pour les périodiques

Inventer un impôt sur la non-vente des revues proportionnel directement en raison des invendus.

Donner le PILON en exemple.

Leur faire rétribuer les poètes.

Augmenter le dépôt légal à 3OO exemplaires tous envoyés au tarif doublé plus haut à des œuvres
de charité pour poètes nécessiteux

Prolonger 2 ans la garde à vue de ceux qui font une demande au bureau 391 du parquet.

Leur tatouer le numéro de commission paritaire sur le ZIZI.

Leur attribuer un bureau de poste d'expédition officiel et légal à Santiago du Chili.

Supprimer toutes celles dont le directeur est seul à tout faire.

Supprimer toutes celles où le directeur est plusieurs.

El s'il en reste une...


                            
Page 18/19

 

PILONS

Eloge frappant aux dames pilonneuses
de Matayémé. Niger, 1969


Pomme
fait le pilon tombant dans le mortier
pour écraser racine feuille ou graine
et même
             pomme .
             pomme .
             pomme .
                           à intervalles réguliers
( sauf quand le moutard se met à gueuler )
et pomme à pomme, le bois mâle en passion
fera sortir le jus de tant d'obstination
somptueux délices
onctueux et lisses
entre les cuisses du mortier
virginité tant remuée
halètement d'allers et retours:
il en sort la jouissance ...

matraquage intensif :
il en sort de la fleur...
 

Graines ou racines
ce qui sort du mortier
c'est une racine
douce et fine en fleur;

mais quelquefois, feuilles ou tiges,
c'est une bouillie verte, un vertige,
qui donne froid au cœur.

Trois pilons à la fois dans le même mortier
Les trois pileuses se mettent à chanter
elles rient. font sau-
ter leur pilon haut,
se frappent dans les mains,
et leurs seins se balancent.

Autour de leurs gestes, l'univers danse.

Pierre ZIEGELMEYER.

page 20


PRESSE BOOK ( p,."fJ'U "rai)

La meilleure revue de poésie des 25 dernières années! Jack LANG.

La meilleure revue après VAGABONDAGE! Jacques CHIRAC.

La meilleure revue après la-nôtre ! Une danseuse du LIDO.

La meilleure revue avant le 14 Juillet! Un soldat du 2
ème dragon.

La meilleure revue en même temps que les-miennes! HERSANT.

La meilleure revue c'est la-mienne!  Mathias LAIR.

La meilleure revue de toute la francophonie ! Un BELGE.

La meilleure revue du Monde! MOI.

La meilleure revue de l'univers! DIEU ( le père ).

page 21

 

TOMBEAU SOUS VERRE

Dans quelques pages cette revue
                 s'autodétruira
( ceci est bon pour toutes les revues)
LE PILON, quel titre!
portait sa propre fin suspendue  
longtemps mortier bientôt bouillie

Lesieur marchera ce soir à même le genou

Assez de cendres
Célébrons les revues jusque dans leur disparition
                 qui est aussi un temps fort
                                                        si je puis dire

Le cimetière du silence est ventru
mais les mots sont plus retors que la MORT

Jacques MORIN

page 22

 

ÇA M'A COUTÉ

Des nuits d'insomnies
Quantité de dimanches.
Du fric.
Ma poésie.
Ma femme légitime.
Ma belle et tendre jeunesse.
Mon chien vert.
Christiane.
Un ticket aller et retour en première classe.
Un futal bleu.
Mes larmes de crocodile.
Ma place au zoo de la poésie.
Les pieds froids.
Ma maitresse d'école préférée qui ne peut pas quitter la classe d'à côté.
D'immenses moments de plaisir.

page 23

Soleil de chevet
au jardin des caresses
Lit défait
Bracelets d'écume

Déboutonnée la robe d'eau
Chevelure brodée
Déroulant ses anneaux

Se cambre
repoussant le drap
Soulève le ventre
Jambes légèrement repliées
Cuisses noyées
dans la chaleur des grappes

Tremblante    Haletante     Belle.

Jean François· ROGER

page 24/25

LICITUM EST DONARE AVES AETHERIS

.Aux moineaux, cables et recettes.

L'exorcisme baleinier,
à savoir: une invasion, deux cheveux, deux cages chassant le ciel
dans le Chauffe-brousse, le poignet des parcs
tranché dans l'arbalète humaine.
Où l'ogre pose-t'il son bulletin de naissance
que je l'avale?

Ah ! terreur du cheveu, les flammes puis les taupes
des chirurgies qu'Istanbul métallise.
Les beaux draps et des coussins pour tes Pingouins - troncs des riches;
ce sont mes hôtes à l'auberge sans glandes :
bientôt nous connaîtrons le caractère des naufragés,
l'importance des taches solaires,
la sagesse des mérous,
le récipient où le cri répand le sel.
- C'est peut-être la carcasse de la bagnole d'un gnome -
Je pose donc du sel sur la queue d'un moineau milliardaire
Son Louis XV devient mon Louis XV ;
j'y rajoute seulement du sucre
et quant au plumage il vieillit vite. Le moineau parle une langue incompréhensible
mais il s'endort facilement, tel un porte-avion enculant un porte-plume ...

trop, même. L'oiseau parfume la mort.
Son spectre sec
plante des arbres au Fond de Tout, des forêts croupies
qui trompent les poissons ( mérous
incendiaires ) avec des mauvais vins.

L'oiseau-hugh ! prépare sa guerre.

Guy GIRARD

                          

 

page 26

TESTAMENT

 

 

Je lègue mes dettes à la caisse nationale des lettres et au ministre de la culture réunis.
Mon ire coutumière au prince des poètes. Mes cors aux pieds à la société de chasse
du sénat. Mes machines à partager entre tous les descendants (in) directs que
j'aurais pu avoir, sans la contraception. Mes bénéfices aux intouchables, mon titre
à qui le veut, il y a une commission paritaire à prendre. Mes nuits sans sommeil à
ceux qui prennent des somnifères enforme de poèmes. Mon beau corps à la
science poétique ou à celles qui viendront le chercher en signant une décharge.

Jean Pilon LESIEUR
page 27
 


 

page 28

PATIENCE MECS...

Je veux dire tous les poètes qui ont fait vivre le PILON pendant 7 ans,
et parfois en tirant difficilement l'abonnement de leurs revenus.

Je veux aussi remercier les amis qui achetaient LE PILON, sans vraiment
le lire, afin de me faire plaisir un peu.

Je veux dire aussi ma gratitude à tous ceux qui m'ont envoyé leurs textes
contribuant à donner à la revue sa qualité.

Aucun numéro ne sera détruit. Vous pouvez compléter votre collection
si vous le désirez.

Et longue vie en poésie.

 

                                      


 

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