LE PILON 4

SOMMAIRE : pages : 1édito 2/3Norge 4Bouhier 5Dartoux 6Trolliet 7Gladiator 8/9/10Bérimont 11Merlot 12Galland 13Lavaur 14laroche 15Lelubre 16Serreau 17Seyve 18/19/20Lepage 21Pilofusion 22Fantaisies 23dictionnaire 24la légipilonite 25Conseils de la mère Pilon 26Albarède 27Wanted

revue trimestrielle de poésie


 

n°1

n°2

n°3

n°4

n°5

n°6

n°7

n°8

n°9

n°10

n°11

n°12

n°13

n°14

n°15

n°16

n°17

n°18

n°19

n°20

n°21

n°22

n°23

n°24

n°25

n°26

n°27

n°28

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Le PILON est une revue d'ARTISAN, entièrement composée à la main el tirée à la presse à épreuve par un poète.

C'est aussi, le moyen d'affirmer, sans souffrir de la comparaison, que le poète

peut parfaitement se passer des intermédiaires, sangsues qui le granulent, pour transmettre sa création à moindres frais.

THÉORIQUEMENT ... LE PILON se définit(ra) par ce qu'il fait, et non par les vues de son animateur préféré.

FABRIQUER, ETRE PRÉSENT, TÉMOIGNER semblent des mots suffisants.

Ses engagements pourront être multiples et diversifiés (poétiques ou non), un reflet de l' homme-poète embarqué dans une société où il marche drôlement à côté de ses pompes.


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NORGE.

COMME UN POT,

Excusez-moi, messieurs, j'étais venu pour vivre,
Mais c'est trop demander. Je tire mon chapeau
Et  je n'insiste pas; j'ai mal compris les livres
Où l'on enseigne l'art d'être bien dans sa peau.

Evidemment mon cœur n'entendant qu'à demi
Les ombrageux conseils de la philosophie,
J'avais trop d'amitié pour avoir des amis
Et j'avais trop d'amour pour être aimé des filles.

Chut! je pars poliment sans déranger personne.
On trouvera 1'argent du gaz et des impôts
Sur ma table de nuit. Et surtout qu'on ne donne
A l'affaire aucun bruit, Je suis sourd comme un pot.


MORT ET ENTERRÉ.

Je n'ai pas compris tout de suite
Que j'étais mort et enterré.
Tudieu, si la chose s'ébruite,
Me dis-je, tout va se gâter.

D'un bon coup de rein je soulève
La dalle qui ne pèse point
Et je m'envole comme un rêve.
En dix coups d'ailes je suis loin.

Depuis je voyage beaucoup.
A mes amis je fais sottise,
Leur apportant comme surprise
Ma cendre qui leur saute au cou.

Si vous aimez me voir encore
Chantez, ouvrez flacon doré,
Chantez, sinon je me crois mort,
Je me crois mort et enterré.

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Jean Bouhier 

LA PAUSE-SONGERIE.

Au souvenir s'ajoute le dégoût.
Par excès de connivences
la violence de l'été
brasse des ombres comploteuses
dans un bain de mouvements désordonnés.

Un jet de pierres chaudes
sous un soleil caniculaire
fait émerger des arbres
des flammèches d'oiseaux

A hurler! ... Ces tableaux de musées
dont les couleurs confondent
la saveur des chairs
et l'odeur de l'effort.

On progresse à pas de loup
sur un sentier miné
couverts de hausse-pied
de racines et de mirages
parce que ce n'est pas un voyage
mais une abdication.

L'innocence au réveil
admet toutes les transpositions.
Entre l'homme et le nuage
l'air ne garde
que peu de chansons.

 

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Jacques Louis Dartoux.

L'étoile devint plus vive. Plus vive l'attente derrière le mur froid. Quelqu'un chantait dans l'ardeur de l'automne et tu montais avec aux lèvres le sourire blond de celui qui revient de l'austère province.

Ce sont ces grandes fleurs de silence qui m'ont attiré. Le froid à l'archet ferme glisse sur le cœur ses crins impitoyables. Le personnage noir disparaît au coin de la ruelle. Le jour éparpille ses dernières abeilles.

Il s'avéra que l'écorce en savait long sur la majesté des nuages. Pour la nuit, il était préférable de s'en remettre aux feuilles que parcouraient de plaisir les vents d'octobre.

 

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Gilbert Trolliet.

VISITE NULLE PART

Nulle part il faudrait se rendre
Par le train de l'heure zéro.
Bon, j'y suis. Fantômes à vendre,
Le nez tout  contre le carreau.

C'est fou ce qu'un voyage exhume
De portes, mais de souvenirs!
Voyager est un lieu posthume
Dans un dédale de menhirs.

Je voulais m'en aller. Que faire
Si le train, lui, ne bronche pas?
Sommes-nous en funiculaire,
Les nuages la tête en bas?

Allons! je reste, c'est-à-dire
Je me retrouve sur le quai...
Je n'irai plus pour un empire
Faire le voyageur traqué...

Je déambulerai tout juste,
D'un bout à l'autre du moment,
Entre la mémoire d'Auguste
Et le cirque et son boniment.


Ainsi vont les choses, ma mie,
Les trains partent, ne partent plus.
Songez à l'absence ravie -
Et tous les demains revenus.

 


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Jimmy Gladiator

BLASPHÈME AUTOBIOGRAPHIQUE. 5-9
pour duo s'ébauche la déserte
noctambule épeler
l'adullère
Hamlet stance les pôles
vermine et les jaunes
à l'évangile
au creux des joues
émaillé j'étais mue pyramide



5-10

l'autre au talon
qui fraye rousse des papilles
des morsures ailes se passeport
Guenièvre qui capuche
de cils ses silences
musique polaroïd
émousse là je bolide
gaze el salin nos salives

5-11

coryphée flambeau de la tour
héraldique elle récolte
pour mastiquer les anathèmes


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Bérimont.

1

On ne devrait écrire que l'été
Après boire
Les lampes éteintes
---: Plexus et volets grands ouverts ---
Aux murs buteraient les phalènes
On verrait voltiger les phalènes
tels des planeurs
des balles traceuses
ou des anges
Les mots
glissant au ras des toits
Rien qu'à leur façon de voler
on reconnaîtrait les gros mots
les mots clés
d'ordre
ou ceux de passe
A ceux-là, on ferait un signe particulier
on paierait avant de monter
au comptoir
à la sous-maîtresse
(Les mots d'ordre ne peuvent jouir qu'ainsi
. que surveillés par elle
- sa face rogue dans le judas)

 

II

Ça m'ennuie de mourir aujourd'hui
D'abord, je ne suis pas en forme
Et je me sens un peu malade
On aurait pu attendre un peu :
Demain, par exemple
Ou la semaine à suivre
Mais voilà, on fai1toul trop vite
Personne ne sait plus fignoler
Un grand saut
Une solide épidémie
Un tremblement d'Assises
A croire qu'il n'y a pas d'artistes
parmi nous
Est c'est  vrai qu'il n'yen a plus
Il n'y avait déjà plus d'hommes
Voilà que l'on est sans Bon Dieu
On ne voit vraiment pas
COMMENT ÇA PEUT FINIR?



III

A présent que les derniers hommes sont morts
                   des nains technocrates s'informent sur un feu
                   sans braises
Le vent d'automne essouffle ses effeuillaisons
                   coupant la course d'un dix cors vers les taillis
Les doigts sont gourds
                   à croire qu'il fera grand froid jusqu'à la fin des filles
Adieu
Nous avions vécu des fanfares
                  des fêtes
                  des danseries basses
mais des armoires aux flancs gris ont maintenant pris le relais de la tête où l'on a vécu
                  ( et le cheval piaffait en bas,
                  dans l'écurie de la mémoire )
JI faut se résigner à n'être que le souvenir d'un temps
                  pétrifié sous la lave

Nous émargeons encore un peu
                  puis : coucou
                            - Cherché sans trouver!

                                                    septembre 1976


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Hervé MerIot.

Au baseball Jo était vraiment un crack
Alors on n a pas tellement pigé pourquoi il a déserté au Vietnam
&  renvoyé sa casquette de pledge à M'ma
A Saigon il a dragué une Eurasienne et l'a fichue en cloque
puis l'a salement plaquée pour aller fourrer son shlong dans 32 (trente deux) autres fringantes autochtones ...
La M.P. l'a pincé huit mois après sa désertion
& on l'a mis au trou - M'ma éplorée
lui a écrit longuement en l'appelant BUBALA
comme lorsqu'il était gosse et ça l'a fait pleurer ~
AH NON VRAIMENT
VRAIMENT RIEN NE VAUT L'AMOUR D'UNE MÉRE
Il a dit Jo avant de se pendre aux barreaux de sa
CELLULE.

 

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Michel Galland.

ON : Michel GALLAND?
Je: Oui bien sûr!
ON : Floc-Floc-Floc.
(vacarme silencieux au canon
sans carte de visite)
Trois cerises à mon plexus
Solaire
les yeux vides aujourd'hui révulsés
Certes
Ma vie est      faite
               a été
de bonds successifs
Mais
il est toujours un cas
pour m'interrompre
en pleine extension
par
            amour
            vice
            ou
            Larousse page unetelle

peu importe
                Cette fois
                C'était mon père
                d'un autre âge
                venu m'exécuter
                neuf mois
                trop tard.

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LAVAUR

 

Jean LAROCHE

DE PIERRES D'ATTENTE EN LIEUX-DITS


13 juillet 1912, naissance à Nantes de Norbert Lelubre. Depuis 1919, Il n'a guère quitté ce « quartier des quais »où, sous la lumière noire du nombre 13 et le triple signe cancérien de la FEMME de la LUNE et de l'EAU, le poète déchiffre cette main du temps qui repose, ouverte, entre Graslin et Miséri. 1919-1926 : « développement de la sensibilité enfantine auprès de la Mère ». Le Couvent des Oiseaux abrite au pied de N.-D.de-Bon-Port (architecture néo-classique coinçant la bulle des mysticités latentes) les études rêveuses et les lectures anarchiques de l'enfant, puis de l'adolescent qui découvre seul, parallèlement aux joies de la Musique, Musset, Baudelaire, Rimbaud, etc. Nombreuses promenades sur la Chézine dans les célèbres « gondoles de Monsieur de Lamartine ". Mademoiselle Clergeau, la bien nommée, révèle à son élève la grandeur d'un catholicisme traditionnel dont l'adulte ne saisira que bien plus tard les étroitesses et les misères.
Vers 1935, au côté de ses amis peintres : Philippe, Pescher, Leray ... notre jeune auteur, qui écrit alors des textes très rimbaldiens, prend conscience de tout ce qu'implique de nostalgies, de drames secrets, de froides cruautés et d'Humour "Hénorme", la notion de « port d'estuaire ». Engagement politique (éphémère) : les Amis de  "Commune ". Ce familier des peintres adapte à son œil, absolu pour la peinture. l'objectif plus limité du photographe. De 24 à 26 ans, Belle-lle. L'enfant des roselières et de la Basse-Loire s'exalte sous les feux tournants du grand large et des houles.
1938 : Paris. Rencontre de Breton, d'Eluard. Amitié de Desnos. Le jeune provincial côtoie, ébloui, le surréalisme. sans toutefois adhérer au mouvement. Il donne quelques poèmes à " Soutes", la revue de Luc Decaunes.
1939 : Installation à Plouescat (Finistère) : " Armorique, on a pris tes bruyères à la gorge •.. »
13 septembre: la mobilisation, puis la guerre, la défaite. Libéré, Norbert Lelubre revient en France avec un convoi de grands blessés. Il quitte Plouescat et rentre définitivement à Nantes, en 1948.
Entre 1960 et 1965, de nouvelles amitiés s'y nouent, des tentatives marginales se développent autour de Jules Grandjouan et de son théâtre en rond, place de la Bourse. Lelubre participe à des manifestations diverses dont le couplet suivant· pourrait suggérer la philosophie :

" Ah ce n'est pas une vie 1
Les passants cherchent des pierres
et des Bêtes à bon Dieu
Rue de leur Calvaire
(Sur le plan existentiel et sans préjuger des développements ultérieurs de la conjoncture!)

Mais surtout, au cours de ces mêmes années. en dépit d'activités professionnelles aussi méritoires qu'incompatibles avec l'écriture, Lelubre met au jour « Histoire sans limites » suivie des « Ballades Il et des "Cantates", œuvres ruisselantes d'images, mais d'un lyrisme parfaitement maitrisé, dont la dimension cosmique et la ferveur dyonisiaque évoquent les authentiques Voyants - en particulier Nietzche, Blake ou Eliot.


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 NORBERT LELUBRE


Ce sera dans le bruit d'un grand marché nocturne
ce sera dans le hall d'une gare déserte
et tes pas sonneront sous la voûte éclairée
quand tu nous reviendras du voyage des autres

car tu nous reviendras mon amour de minuit
remontant jusqu'aux nuages les marches du passé
les mains couvertes de bijoux heureux et riche
Seuls tes yeux n'auront pas changé - Tes yeux comme les nôtres
auront gardé leur peur et leur incertitude
mais aussi leur appel leur accent sur la mer
l'horizon la promesse d'un peuple illuminé

Tu nous reviendras mon amour de minuit
marchant droit devant toi mais la chanson aux lèvres
la même qui flottait à l'avant de nos jours
le chant des passagers de tes cinq cents hôtels
soulevés par le vent emportés dispersés
disparus corps et biens avec tout ce qui sombre
et les enfants portés dans le cœur de l'amour

Ainsi tu reviendras mon amour de minuit
nous chercher dans ces rues dont nous rêvons les murs
pareil à l'autre femme qui attend au détour
de sa vie sans lumière et des voies sans issue
un chagrin dont on n'a ni le nom ni le nombre
mais la figure offerte ou le front incliné
et les cheveux collés sur la même blessure

Quand tout sera fini mon amour de minuit
malgré ta voix traînante malgré l'heure malgré
l'épouvante je dirai que tu es le plus pur


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Claude Serreau

 

page 16
 

Claude Seyve
 

ET PAR CONSÉQUENT C'EST CON ...

Si les lions jouaient de l' hélicon
les lionnes s'en réjouiraient
les licornes s'accouderaient à la lucarne
car soufflant dans leurs belles joues
jamais jaloux
les lions délicieusement
joueraient sans fin de l'hélicon.



page 17

AUTRAND Charles, parti voir si son ENVERS était comme un ENDROIT
Laissant sa cohorte formidable d'amis et envoyant - du moins l'ai-je reçu ainsi
sa revue de l'au-delà.
Merdre ... il faut le faire. Déjà en train de confectionner une gerbe de textes.
Déjà installé après quelques jours.
A revoir Charles, prépare une place pour le Pilon.

 

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Jacques Lepage.

LA VIE DES SAINTS

          Je n'ai pas une tête à inviter une putain ou deux à diner. Pourtant je ne voulais pas davantage. Une putain ou deux. Il y avait quinze jours que je n'avais vu ma fille. Il me fallait distraire mon envie d'incendier l'Opéra ou de boire la Seine. J'avais acheté un jeu de dés avec des animaux avançant reculant en mesure.
         Selon l'ordre du hasard. Enfin les filles putains n'avaient pas trouvé mon style d' attaque conforme à celui des marins américains. Mais débonnaire je buvais ferme et j'écrivais les mémoires de Saint-John-Perse à l'usage d'enfants esquimaux. L'hagiographie avec l'aspirine est l'un de mes travaux préférés.
         Mais les putains. Elles étaient entre-temps tombées sur l'épaule d'un planteur. new-yorkais.
         Je me suis levé et j'ai emporté le couteau de cuisine à lame triangulaire dont depuis Moravagine on connaît l'usage. Je n'avais bu que de l'eau de Lourdes rapport à l'hagiographie. Et j'allais me coucher ivre de souvenirs jouant aux dés avec Johnny Hallyday, quand à l'angle des deux avenues remontant vers la Seine je rencontre la putain seule avec sa solitude. J'ai du feu me dit-elle. Au mois d'août dis-je c'est original. Je suivis : elle avait du chien. Ma fille ne m'a pas écrit lui disais-je elle n'eut pas l'air de comprendre et la voici prenant ses distances. Ne crains rien que j'ajoute, je suis hagiographe. C'est moi qui dore l'auréole des saints. Elle parut rassurée, mais ce n'est qu'avec un billet 100 francs De Gaulle et à coups de genoux dans les fesses qu'elle ouvre la porte et l'on tombe sur le lit pas fait et sentant la femelle qui se livre depuis qu'elle a dérivé de la maison paternelle. J'en suis tout saisi.
          Un autre que moi hagiographe de Saint-John-Perse eût foutu le camp sur le champ, ventre à terre ( parquets, marches et corridors). Vache .que je suis à 0 heure 22. Je veux sortir le portefeuille et tire la lame à Moravagine. La fille pisse de peur. Je m'affole, tire la sonnette d'alarme. Les doubles rideaux tombent, le bidet fuit, et le téléphone corne à l'étage et la fille chiale. Saint Perse hurlai-je et la lame des Pâques à New-York nue me glisse des mains et Moravagine la femme qui n' est ni vierge, ni fille, mais putain. Je bois le sang. Reconsidère l'homme, la sortie, l'univers, le Cosmos, et descends l'escalier salué par le portier, le concierge et liftier. Ventre Saint gris dit Henri IV, devant mon buffet Henri Il  je dégueule, le sang de la putain, car mal acquis ne profite jamais.

Puceau je suis, puceau je reste, hagiographe du Bienheureux Saint John Perse. ORA PRO NOBIS.

 

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La Pilofusion.

Pour en finir (peut-être) avec le compte d'auteur, ou ce que certains considèrent comme un combat dans lequel je n'ai pas personnellement envie d'user ma sève ad vitam. J'invite tous les poètes à faire comme moi: ne plus jamais rien publier en donnant de l'argent à un éditeur, Même si plus aucun recueil ne parait sous ma signature (ou la leur.)
Vous verrez, la situation se décantera d'elle-même. Je tire le rideau d'ivoire. Merci de votre attention.

Recevoir un an le Service Presse d'une revue, sans accuser réception, sans la retourner si elle n'intéresse pas, sans jamais en parler ... et s'attendre à la recevoir encore ... PAISIBLES ... les mecs .

Les diffuseurs ne veulent pas de poésie. «Pas rentable» qu'ils disent.

Mais comment pouvoir leur imposer quoi que ce soit avec des tirages à 500 exemplaires (et moins), des prix impossibles, des couvertures sans attraits, des contenus illisibles et une pléthore de titres à faire pâlir le Bottin des abonnés alphabétiques.
On pourrait bien mettre un peu plus de chance du côté de la poésie!
Bien que par fausse pudeur ON ne veuille pas avouer qu'il serait bien agréable, matériellement et moralement, 'que les livres de poésie se vendent... BIEN.

page 22
Fantaisies du PILONNEUR

C'est vrai que souvent je m'amuse avec les mots, pour éprouver leur surprise. Le jeu, est la seule chose gratuite que ma petite enfance m'ait laissée.

Certains poètes à qui je demandais des textes pour le Pilon m'ont répondu: " en ce moment j'écris peu, je n' ai rien ... "  Et je retrouve leur nom dans les revues que je reçois.

Dans la vie, la mienne, les gens ne me parlent jamais POÉSIE. Autour de moi vaste désert. Un caillou se lève parfois pour accuser le vent. Y'a des trucs comme ça que je suis seul à voir.

Et l'autre qui gueulait que je suis l'antipoète ... Comme on dit antimite ou antinucléaire ... Et ce n'est pas péjoratif ajoutait-il.

Que le petit prince Marc dit Chodolenko ait eu une bourse pour écrire un roman de poète, je m'en réjouis fort en mon beaucoup intérieur. Mais ta liberté, fils de roi, n' est plus la-nôtre, les manants de la littérature. Sans bourses et impuissants.

4 jours de revue de poésie à la F.N.A.C, et puis un an sans. Bonne fête m'ma PO, et l'année prochaine qu' est ce qu'on t'offre pour t'aider à survivre?


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DictionnairePilonesque.

Pilonel.

Poète dont l'importance se mesure au nombre de milliers de vers qu'il a écrits. Hante en général les salons des maisons bourgeoises des sous-préfectures où ses poses font l'admiration de la bonne société. Porte, de préférence au revers du veston, 5 barrettes de couleur violette ou rouge.

Pilonelle.

Femelle du précédent; n'écrit pas, mais, le petit doigt tendu, éructe entre petit four et coupe de champagne, un poème du dit précédent.

Lucien WASSELIN.

pilonnardise.

Poussière « malicencieuse-» qui vous met l'alarme aux orifices naturels et autres bouches. Des goûts Bizarres pour qui n'est pas pilonnard.

Jean DERRAY.

Il était né à 33 ans de l'accouplement perpendiculaire de deux poutres.

Nathalie MILLECAMPS.

 

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La Légipilonite.

SPÉCIAL BARRE POÉSIE

ARTICLE 1

Les grandes fortunes poétiques seront soumises à l'impôt direct, indirect, foncier, local, vicinal et poélitiquemental.

ARTICLE 2

L'adjectif POÉLlTIQUE fera dorénavant partie du langage usuel du militant de base.

ARTICLE 3

La revue BARBARE deviendra le porte-mots exclusif de la génération poéliticonomique montante.

ARTICLE 4

La majorité de l'opposition n'étant pas plus avancée que l' opposition à la majorité, et vice versa, la prochaine constitution sera rédigée en vers, et à l'endroit, par Pierre EMMANUEL assisté de Raymond ... DEVOS.

Ça ne devrait pas être triste.

ARTICLE 5

Une vignette sera obligatoire pour publier à compte d'auteur. Son bénéfice en sera intégralement versé aux revues de poésie.

 

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Conseils de la mère Pilon.
 

LA TERRINE DE POÈME EN GELÉE

Par les temps qui courent essayez d'attraper un récipient en terre pour y enfermer un poème. Mais pas n' importe lequel: un poème bien joufflu, dodu, gras, ventru épanoui comme une tripe. Bouchez herméneufiquement au Sopalin et laissez dans le noir absolu une semaine. Passé ce délai percez des trous dans la terrine avec une mèche à céramique afin d'établir un courant littéraire favorable.
Mettez le tout dans le CONGÉLATEUR 4 étoiles. Dépotez avec soin et merci la mère Pilon pour cette merveilleuse gelée de poème en terrine.

POUR DÉTACHER LES MOTS

« Zut un mot taché! » ne vous affolez pas. Prenez délicatement d'une main les 3 premières lettres et de l' autre un sécateur à rosiers. Ajustez, à l'œil nu, l'endroit de l'attache et coupez. Pour les mots de moins de 3 lettres téléphonez à l'académie qui vous enverra un spécialiste. Pour les mots composés évitez d'ébrécher votre outil sur le trait d'union. Attention les mots d'une même famille sont indétachables. Ils ne s'en consolent pas. Zut un mot taché, la mère Pilon est là!

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 ALBARÈDE

POÈTERIE.

Même chez les poètes chacun ne pense qu'à soi. Car qu'est-ce que la poésie sinon la mise en âme de la pensée? Pourtant ils font des boulettes de terre pour émouvoir un boulodrome de planètes, et sur chaque boulette ils incrustent les mers et les continents de la satisfaction .

Maintenant il est classique d'ouvrir un steeple-chase en agitant à toutes volées les cloches de la mansuétude, et l'on voit accourir au feu les petits pompiers de la génération. Le poète ayant épousé son époque il est aussi classique de le voir enfourché par sa dactylo qui lui demande de bien vouloir l'entretenir et pour la circonstance exige des frais de secrétariat.

Alors l'écriture s'envole avec des ailes cardinales et les mouches qui .se prennent au vinaigre aromatisé de gloriole, outre qu'elles ont l'abdomen très soigneusement versifié, règlent le montant de la charte et se régalent de chimères.
 

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L'AFFAIRE LESIEUR (suite et fin)

Plus de nouvelles des oléagineux en gros et en détail C'est dit je change de marque.

WANTED

Homme ou femme ayant quelques revenus de reste à perdre corps et âme pour les investir dans la poésie. Aucuns dividendes versés. Pas d'ennui avec les actions. Pas de bénéfices à déclarer.

En remerciement un grand sourire et une corde l'une pour pendre l'autre. Et la joie d'être le dernier des mécènes.

OFFREZ-VOUS AU PILON

Nota Béné(fice) - J'accepte même Françoise GIROUD

Je ne sais pas si le PILON est une entreprise originale? 4 numéros en un an ne prouvent pas tout, mais ils témoignent d'une vitalité que j'espère bien poursuivre et développer.

Si vous jugez que cet acte dérisoire mérite d'être prolongé (rè)abonnez-vous.

En plus de votre quotidien lisez un trimestriel de poésie et de préférence: Le PILON.