LE PILON 5 (L'art jean ou abrégé d'économie poétique)

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revue trimestrielle de poésie


 

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n°28

page 1

Las. d'envoyer mon manuscrit à la vaille que vaille des soldes mal allumés des bureaux d'éditeurs, je prends la liberté d'en publier une partie en ce numéro et. d'en profiter pour lancer un appel d'offres international. .
C'est à mon sens connu la première fois qu'un poète procède de la sorte.
J'espère que l'habitude osera se prendre -ou se pendre- vaine insulte aux magnats du pétrole d'employer leur méthode sauf que moi je ne peux rien donner.
Certes les derricks rapportent plus que les poèmes et les mots n'ont pas la valeur de l'or noir.
J'entends, tout de même, poser ainsi le bruit d'une méthode qui s'intègre vraiment au milieu de ce siècle de «marketing» en gros et en détail.

page 2

Appel d'offres international.

Aux soumissionnaires éventuels il est demandé de déposer leurs propositions dans un délai de 6 ans à compter du présent numéro.
Les éditeurs autorisés à soumissionner devront obligatoirement s'engager à publier l'OEUVRE à leur compte selon les lois régissant la profession.
Une vue partielle du manuscrit à publier est donnée dans les pages qui suivent.
Les textes complémentaires sont à disposition en les réclamant au siège de la revue.
En plus des éditeurs nous autorisons : les mécènes, individuels ou collectifs, les pouvoirs publics (et privés) les associations et les héritiers de Victor HUGO.
Les textes devront être composés en un beau corps de belle graisse et tiré sur vélin pas trop satiné.
Un tirage de luxe illustré par Jean GUBELLINI peut être envisagé sous certaines conditions.

page 3/4/5

De troc en fric

Une carotte pour une pomme, un lapin pour 2 choux, une carpe de petite taille contre un tapis, ta fille pour mon fils ma femme contre les tiennes ...
Jusque là le troc, sauf dans quelques cas épineux et de conscience, avait suffi à rendre les menus services usuels.
On troqua-trinqua assez bien aussi : de groupe à groupe, d'état à tribu, de partenaire à concurrent, de gardien à gardé. On en prit même l'habitude. D'immenses beuveries s'organisèrent avec les surplus. Dès lors ON s'avisa

                                   QU'IL  FALLAIT INVENTER LE  FRIC
 Les opérations furent longues et délicates.
ON assista à des luttes lyriques entre livres tournois en des lices couvertes de lys d'OR et de seigneurs chamarrés.
ON surprit des bateleurs d'occasion affairés à estampil1er monnaie pour leur propre comte dans des culs-de·basse fosse.
ON chercha à uniformiser ( comme toujours ), à signer des papiers sur la bosse d'un bossu dans une rue de Paris qui a découvert depuis les promoteurs immobiliers en même temps que le plus vieux métier du monde.
On créa un système au fonctionnement doux pour ne pas effrayer le bon peuple et lui permettre de passer d'un état à l'autre sans agiter le spectre carillonné de la

RÉVOLUTION. ²²

ON tenta, tâtonna, suça, essaya, soupesa, trouva. Ainsi naquit le FRIC.

Les ravaudeuses râlèrent bien un peu parce que les pièces trouaient les hauts de chausses. On les assigna, puis leur donna des billets de plus en plus inimitables et le scotch invisible pour en faire 3 avec 2, puis les élimina. Dès lors.
Il fallut coffrer quelques faux-monnayeurs. Construire des prisons pour dettes, délinquants mineurs, moyens et majeurs, dévaluer l'expression: (qui vole un œuf vole un bœuf) .
Prévoir des convoyeurs de fonds, des systèmes d'alarme de plus en plus perfectionnés, un ministre des finances des percepteurs collecteurs, des inspecteurs vérificateurs, une monnaie stable, un système référence, des dévaluations un serpent monétaire avec des pattes de francs flottants, des économistes, des chalumeaux oxyacétyléniques pour coffres inviolables dont on a égaré la clef, des experts en balistique, une brigade antigang, des prises d'otages, de la cupidité, l'intéressement aux bénéfices, la participation bidon au ramassage du lait dans les baux de Provence, un salaire d'appoint.
Créer: des feuilles de paie, la sécurité sociale, la retraite des vieux qui ne laisse jamais vieillir, les dossiers en souffrance et le chômage partiel, les travailleurs immigrés les patrons de combat, les centimes additionnels, les impôts locaux, les contributions directes, indirectes, qui biaisent, en détour, en zigzags. Inventer: l'ANPE, les supermarchés les hyper machines, Las Vegas, la roulette, les machines à sous, la Mafia, l'Amérique, le Surintendant des Finances, le Chancelier de l'Échiquier.
Tricoter: les bas de laine, les cotes en bourse, le chandail des croupiers en rupture, l'assurance des notaires, leur cache-nez pour la prison, les chaussettes des promoteurs, las gants pour prendre les pincettes.
Renier: la parole donnée, la traite à trente jours, le tope-là en confiance, l'amitié, son père et sa grand-mère, ses origines modestes.
Puis bien vite d'astucieux petits génies découvrirent qu'on pouvait même acheter les consciences - c'était affaire de prix - TOUT était devenu possible ...
Avec le fric.

page 6/7
L'or noir.

C'est tEnNtAcUle - tentaculaire au passé simple- 
et se conjugue à tous les temps de la nausée
car il sera nauséabond le tentacule oublié sur une plage magiquement mazoutée
                                 (Se conjugue aussi)
Par le plus grand pétrolier du MONDE
venu faire on ne sait quoi à une crique

             peut-être dégazé
             ou éjaculé
             ou éjacugazé

ses millions de petits vibrillons marée noire en quête d'étoile de mer sur rocher désœuvré
au pied d'un calvaire pas encore volé
pas encore déporté par le remembrement
entouré de H.L.M. marinas sur 3 côtés
et vue du cimetière
interdite du syndicat d'initiative.
Désolé
          DÉSOLATION
                                  un paysage désolationnaire
de grand désert visqueux sur galets gluants
où nul n'ose plus poser des orteils sans bottes
avec peine à croire
qu'un seul bateau ait pu faire ça
alors qu'au loin
une plate forme gigantesque
qui fait bruire ses boulons sous le poids du trépan
vient de blesser à mort sans pouvoir la capter
une nappe de trente millions de litres
qui montre déjà ses ovaires en surface.

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Prostitution.



Vous pouvez me faire croire accroire et croître au gré de votre fantaisie.
Vous pouvez me vendre corbeau croassant lascif volatile
chassé du plus loin par vos fusils à lunette et vos épouvantails
vissés sur les bosquets ultimes des plaines dont la mornité est morte
de trop accoucher

étiqueter mes enfants

produits de consommation courante dont les gâtées
remercient chaque soir le D.D.T. et le colza à genoux:.
Vous pouvez me faire filon taré à même mes gènes
en basculant les lois du grand nombre dans la conscience gaufrée des fourrés.
Envoyer ma femme métrer les trottoirs
aux endroits les plus propices aux vertiges des DUCATS
                                          et aux autres.
Vous pouvez m'enchaîner à un parcmètre
au milieu des bois rares de Paris
où les bagnoles n'ont pas le droit d'uriner vous pouvez ...
sous peine de dénigrement systématique.
vous pouvez ...
TOUT ... TOUT ... tout ...
A condition de ne jamais oublier le

                                               
POURBOIRE ..



Je sais bien, je sais, qu'ils s'en foutent pas mal
qu'ils s'en badigeonnent l'anus à l'or des lunes de soir en berne.
C'est comme ça depuis des lustres
depuis le dépucelage d'un papyrus au stylet ocre rouge
et à saute-temps le jeu jamais n'éteignit la CHANDELLE
Je sais bien
                  Je SAIS
La nuit de l'offset aussi dense que celle des plumes d'oie
pour les bouilleurs de RIMES.

page 10

 

Convoi ou qu' on voit ou: Le titre que vous voulez.

'était une heure de pas grand chose. Un chant de meule au milieu du moulin et la rumeur - l'enflure de bruit -  raclée à même les cailloux des vallées

parla haut couvrant les amours des cigales.

                J'EXAGÈRE

Sur la butte vinrent des hordes de loups La cantinière qu'ils violaient aux halles n'avait pas plus de formes qu'un olivier passé en tapinois au soleil du langage et n'était plus la louve unique en sa fourrure fureur aux poils torrentueux.

                J'EXAGÈRE

La violence du viol commençait son concert el de grands cris déserts hurlaient à l'ouragan dès que le tocsin s'incrustait dans les ventres.
Personne n'osait plus parler aux puritains
ni apprendre l'orthographe au mormon seul près de son lac salé pas tout entier gelé.

               J'EXAGÈRE
                                                 à peine

Les convois remontaient vers les mines de l'ouest par la sente verticale des putains du retour
dans la lèpre euphorique de la dernière RUÉE ..

page 11/12

30 deniers.

Au chant du coq trente DENIERS.
           Même pour nourrir les gosses
           Même pour offrir un collier d'olives vierges. à une prostituée nazaréenne
                                                     ou pharisienne
            Même au S.M.I.C. des laborieux de Galilée avec sécurité sociale
tu n'aurais pas dû JUDAS
                                      C'ètait trop mal PAYÉ!
Tes descendants
qu'on a montré du doigt entre les tamaris souillés t'en ont voulu longtemps
au point de tuer les coqs au petit jour d'envahir la mairie de moult pétitions
( C'est marqué dans un journal français du 3 août 1975 pas plus raciste que PONCE PILATE )
Ils en sont là tes descendants.
Pour trente DENIERS
tous les oliviers de Judée marqués
les gallinacés boutés hors
et IL s'est mis à faire très chaud
afin que TRIGANO puissent implanter 
les gentils membres du club méditerranée
entre les missiles israélo-égyptien~
israélo-syriens, israélo-les-autres,
sur les rives du sol dont la radio dit ne plus savoir:
à quoi était qui
à qui était quoi
ni sur quel rocher poser les palmes des lieux saints
piégés JUDAS piégés &:
TRIGANO en faillite obligé de
réinventer les coqs se prendre pour Jésus
et te contraindre à tout recommencer
TOI
      JUDAS
imiter le coq, en colère,
encore,
pour 15 dollars et 15 roubles.

page 13

 L'oiseau fric d'octave ornithovore

L'Oiseau fric, le bel oiseau
en paillotes musicales des forêts repues
à l'ordre de son bec un compte bancaire sec
gargouille de chèque postal en mal d'épouvantail.
Il ne sait pas écrire même avec sa plume
car il n'est d'oie ni sauvage ni blanche
ni même de landes vierges ou de jardin floral

Le bel oiseau, l'oiseau paumé
dans la ville piège des cages de carrefours:
qui fut payé si cher au vendeur d'un quai.

L'oiseau rare à gorge perdition
aux panes de sterling et queue de roupie
dardant ses yeux de yen sur un dollar en baisse
couvant dévotement ses marks à peine éclos.,

Le bel oiseau à menton de guichet
avec aigrette tilt sur les filles en chaleur
et fente de tirelire pour introduire le franc
qui fera renaître ses pupilles de proie vive
germer le pot pourri des roucoulements
depuis longtemps bouffé aux dents de son passé
quand il faisait entrer tout le ciel dans ses trilles
avant que l'empailleur ne s'intéresse à son sort.

 

page 14/15

 

Les tripes à l'air

Sortir mes tripes                 aller au bout
Ne pas perdre la clé du pylore - le fil
qui mène droit à la crique des cliniques
où se recousent les boyaux bavards.

Il faut opérer en douceur, SCALPER
les amants de passage aux haches du catgut.

Laisser inaugurer les thromboses coronaires
par les bouilleurs de cru, les chevaux de retour,
le conservateur E 230, les colorants citron,
certifiés conformes aux cancers des souris.

Sauver les chevreuils de la gangrène des cèpes
                 des Cuissots de Mérimée
                 et des dictées sauvages à chirurgier
                 l'orthographe des produits de synthèse.

POUR RIRE

Sortir les mythes de la naphtaline ovarienne
FREUD                beaux comme des chérubins
volés               voilés                violés
par des actions multinationalement américaines.
 

Sortir mon charabia de poète à l'air libre
pour repeindre l'acné des grands espaces.
Ne plus jamais avoir peur du large où les poissons
craquent plus vite dans le bec des guillemots.

Sortir mes tripes,               nul n'y croyait
HARA-KIRI bidon         du ciné d'à côté
césarienne  indolore,   abrupte  déchirure
à gorge  déployée taillaient les chirurgien
Un poète au soleil plus claqué que nature
foulant à crime veux-tu le trottoir  décalé
desdallesdusiécle20 en béton   sans génie
qui rote et  vote et commande   son tabac
aux portes  des  hôpitaux   où le fric revit.

Sortir mes tripes pour les ballades dominicales
Quand je visite ma conscience en sursis.

page 16/17

Témoigner, la main basse sur l'or des
dents de Treblinka. Témoigner pour les moignons
de conscience qui fakir ouvrent les malles
et font peur aux enfants caramels.

A chaque ménopause
Un baryton sans cadavre
les gencives gonflées de départs remis
est retrouvé aux poings des enlèvements
comme un gant retourné par les trombes,

Témoigner, l'égarement des gares de triage
le bouclier levé des champs urgents
la brise dégauchie par l'ozone trop haut
et descendre au ras des hommes, pour

                                       ENCORE ...

Témoigner. Toujours dire. Le sevrage difficile
des mômes en transition
à l'affût des gardiens décorés de matraques.

Que le régisseur louche sur la femelle
( qui a déjà mis en coupe réglée l'escalier 3 )
                      pour la violer.,
 

Témoigner. Que jamais il n'y eut une
seule mouche au cinquième étage de
la place Maurice de Fontenay, à Paris
1976, et ce depuis 5 ans. Sans qu'on
sache au juste pourquoi.

Témoigner. Les 4 porteurs de mort entérinant leur
S.M.I.G. avec les fleurs de la couronne et les pour
boires donnés par la fleuriste - INTERFLORA _
qu'ils voudraient bien déflorer.

Témoigner. Le manque à rimes parce que le droit
au poète a été biffé d'un coup de fraiseuse recti-
fieuse Comme le square Montholon où les pigeons
crevaient si bien à l'abri des massifs.

Témoigner. Mec dans les poches du vide et ijon~
gleur de femmes. Dit-il. Que la ville couperosée des
bateleurs du Flore et des nonnettes de Daumesnil a
encore des poètes MARCHEURS qui lui perforent
                                                               les TRIPES.
page 18

 

Aux amitiés de sable.

La bredouille en bourriche. le beau départ
La tête pleine de poissons aux écailles de muses.
L'échalote pigment dans les heures de salades .
La défonce pour les potes. Pour rien. Des hommes.
Ces cons.                Le fric à la main pour payer
et l'injure en bouche.
à excommunier celui-là,         à expurger l'autre,
à rapporter au chef les diarrhées discordantes.
Avec eux travailler. Perdre leur temps
à toujours chercher la lime à trop polir les mots
à sucer les ruts d'impuissance.

Notre amitié de mensualités
Piège majuscule en dentelles des brouilles
déjà posé comme un tendon de sucre
sur l'échiquier raide des relations foutues.

Avec eux. Des hommes. Ces cons. TRAVAILLER.
foutre la fièvre création au culte du boulot
jeter le manche après la cognée folle de vadrouille.
Et se faire virer sur la touche des marges

IMMATRICULÉ PRÉALABLE.

 

page 19

 


TOUT SE SAIT.

La chaleur sourde des incendies véreux
Le café noir laissé dans les filtres mal troués
Le bruit crépu des réverbères spoliés
La parole reprise aux copains de toujours
La honte mesurée aux balances de la peur
Le coup de poing trop mou sur la gueule du mensonge
Le soleil immature dans les champs d'épandage
Les grenades piégées des huches de givre en toc

          La grève refusée
          Pour ne pas perdre une HEURE
          une HEURE de fric griffu.

page 20

LAISSEZ VOTRE ADRESSE

C'est la vingtième fois, bien moulée dans son pull
de laine rose qui laisse voir les seins,
C'est la vingtième fille à répondre ça - un DISQUE
                                 - Pas de la poésie ...

Depuis Homère, elle bouffe la poésie, avec ses michets pommadés,
ses colloques, rencontres, salons, réceptions et cocktails,
elle bouffe, elle dure, perdure,
évitant de ci de là une épave éponge alcool
qui lui donne ses lettres de noblesse ... maudites

LAISSEZ VOTRE ADRESSE

C'est qu'ils n'ont pas besoin de casser la croûte les poètes
pas besoin
sans doute ils bouffent: de l'image,
d'immenses sandwichs métaphores,
des petits fours de rhubarbe taillés dans la linguistique rare.

LAISSEZ VOTRE ADRESSE

Le courage d'écrire - encore - à quoi ça sert - ?????
écrire sur le dernier ticket du métro de l'aube
- C' est de l'image à poème ça - imbouffable -
écrire pour changer à la prochaine
avant de se faire emballer par les flics -
Opération coup de poing sur la
                   GUEULE DES DÉLIRES.

page 21

Les bailleurs.

Les bailleurs de fond et ceux de surface
toujours à puiser l'obole de l'appel au peuple
dans la poche d'un voisin de manif.

Les bons bailleurs qui en valent sept
à tous ouvrir la bouche au même moment d'étonnement
ou à si peu d'écart temps que leur particularisme
se piège surtout aux plombages chicots
et à l'haleine diversifiée dans les fétides.

Les bailleurs de nuit crochus de l'ombre
pour passer aux travailleurs immigrés
le pyjama des marchands de sommeil

Pour la bonne bouche : les bailleuses
âpres au gain et moins nombreuses
à batifoler dans le rapport, la cuisse
plus légère sous la main de l'enchère.

Et les descendants des bailleurs
à tenter d'hériter des sommes éparpillées
dans la mazurka bissée des bas de laine
tandis que la grand-mère passe l'éponge
à même la dalle nickelée de la chambre forte
en un formidable bâillement DE PROFUNDIS.

 

page 22/23

Le droit poème.

Un poème bien droit
(pour rien, pour toi)
pas ventru,
pas Ventripotent,
pas verjus,
sans accent de métal aux articulations
à troquer tout benoîtement contre
un sourire plein confort en 27 muscles.

Un poème sans prix
au dos du catalogue
et sans fusil sur la page
de garde
à consommer selon la recette ancestrale

Un poème qui gueule
et rompt le rythme déodorisé
du toujours la même chose à faire.

Enfant terrible qui fait peur
sa jeunesse EFFRAYANTE
avec tout ce souffle

qui vous mettrait sur cul
d'un dixième de pichenette
entre les dents
pour vous faire hurler
qu'il n'y a pas là de
POÉSIE
Comme si vous saviez plus que moi
dessiner la poésie
de quels vents elle se coiffe et sur quels
moulins de papier quadrillé elle souffle
PLUS FORT.

Un POÈME bien droit
(pour rien, pour moi)
que j'écris en calculant
ce que la ligne va me
COUTER
de sueur,
           d'heures et de fiches de paie
gagnées à éduquer nationalement
une génération qui se foutra pas mal
plus tard
devant les Godin sans rationnement
des veillées de l'atome
d'un POÈME bien droit
et pour RIEN.
 

page 24


LA DERNIÈRE GOUTTE


La dernière goutte d'or est tombée avant-hier
C'était à dégueuler les grêlons du sourire
Sur la place, la foule en démence,
la foule des miracles éclopée de délire,
la foule avide des ivresses d'horions, s'est battue
TOUTE LA NUIT.

Je t'aimais dans les combles -pendant ce temps-
pauvre d'amours affameurs, avec Montparnasse
dans le sperme du passé et un trappeur à bout de lèvres.
.

Ils revinrent sans bras et la voix dans les mains
du sang plein les poches, le réveil amer.
Des femmes aux yeux mitraille les guettaient
du seuil déçu des changements d'emploi.

Un alouette trois des banques en panique
entra dans le soleil par la petite porte
tandis que crépitaient les lance-pierres
maniés par un enfant en rupture d'oreiller.

La dernière goutte d'or est tombée avant-hier
sur la paille en faillite                   des granges
du MOULIN ROUGE.
 

page 25


APHORISMES

Nul plus que le FRIC n'a son langage international. Dites "DOLLAR" ••• tous les peuples du monde COMPRENNENT .

L'argent des poètes c'est quelque chose. Il est si transparent, si fin, si translucide, si éthéré, si diaphane, si évanescent... Qu'on croit toujours qu'ils en ont.

Un bon faux monnayeur ce n'est jamais qu'un graveur marginal de génie qui écoule sa production sans intermédiaire .

HOLD UP! un mot américain sans nul doute. ON tire : 3 MORTS (2 passants et 1 employé à 2 220 F par mois). Celui à qui appartiennent les millions INDEMNE même pas blessé. Ah si! Excuse! Il s'est tailladé la joue droite avec son rasoir électrique. L'IMBÉCILE MALADROIT .

Je veux bien hériter de votre fortune, mais de grâce ne me couchez pas sur votre testament ... Ça me fait froid dans le dos.

page 26

J'ai produit - sur instances pressantes- 
des envoyés de la première vertu réunis
                                           EN CONGRÉS
mes certificats indubitables
de conduite import-export
en tous genres et sur tous véhicles :
sentiments, occasions, besoins,
comme il sied à un homme de son siécle;
Sous peine d'être hors de mode modelée
Hors bon poids de papiers et d'amendes
A acquitter par les voies les plus directes
Au nom du fisc
                   Je veux bien payer En nature
                     DES DROITS EXORBITANTS

Sur les 50 000 exemplaires             vendus
d'un recueil tiré à 500
Et devenir d'un coup                      OUAIS!

Le NABUCHODONOSOR de la poésie.
Le HOWARD HUGUES du vers libre.
Le ROCKFELLER du quatrain.

Sans jamais palper un seul penny.

JE N'AI PAS LA BOSSE DU COMMERCE.
 

page 27
 Ce que Jean attend.

En fait je vous le dis cru comme le lustu, RIEN, je n' attends rien.
Je vois mal Gallimard se fendre, Flammarion me flamber, le Seuil me sortir, Plon sauter, Lattès ... ticuler, Seghers-Laffont copuler, Larousse manifester, Grasset m'aigrir, Denoël m'empaqueter, les Presses de la cité s'empresser, les P.Ù.F me piffer, Arthaud s'affoler, Albin Michel plonger, le Cerf me bénir, Chambelland m'assister, AthanOR me couvrir, Fédérop m'enchanter, Simoëns dubitater, Plasma transfuser, Fata morgana s'offrir, Maspéro trinquer.
Donc RIEN - dis-je - ma tentative procède d'un rêve idiot pour un monde d'utopie totale. Poète je reste. Les yeux toujours ouverts et les pieds biens plongés dans les métamorphoses de la réalité.

OUI M'SIEUR!

page 28

Ce numéro a été composé et "tiré à la main par Jean Pierre Lesieur aidé de Michelle Bloch les samedis après-midi."

Il sera envoyé aux éditeurs et gentes gens susceptibles d'y voir utilité.

Les lecteurs du PILON seront tenus au courant du service après-vente.