LE PILON 7

Jean Pierre Lesieur / pages : 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28

revue trimestrielle de poésie


 

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Page 1

Pré-textes

La poésie n'est pas seulement un art, c'est aussi un travail, une recherche, une connaissance. Et c'est par là que le présent numéro du PILON est original. Confié entièrement à un poète Jean CHATARD, il montre par l'utilisation de la comptine, du pastiche, du vers libre ou rimé, du texte proche de la prose, que le poète est un ARTISAN et qu' il ne peut posséder son ART qu'après avoir appris, fait ses gammes, user ses fonds de culottes sur les bancs des communales de poésie trainer ses guêtres dans le logis des anciens. Ceci parait une EVIDENCE ... qu'on oublie bien souvent pour faire croire que la poésie peut être faite par tous et par n'importe qui, à n'importe quel moment et n'importe où ... Jean CHATARD a pris le risque (c'en est un véritable) de réaliser seul ce numéro 7 ... pour lequel m' a~t-il dit...après ... je ne suis pas près de récidiver. Alors que le poète commence pour votre plaisir de lecteur.

Revue publiée sans l'aide de la caisse  nationale des LETTRES.

page 2

ETES- VOUS LE  LECTEUR IDÉAL ?

Notre test.

Ce test vous permettra de savoir avec certitude si, selon nous, vous êtes le lecteur idéal.

Il  vous suffit d'inscrire, en regard de chacun des 4 ouvrages ci-dessous (que d'éminents spécialistes s'accordent à considérer comme autant d'œuvres immortelles) une note de 0 à 1 et de faire ensuite le total des points que vous aurez obtenus. (résultat en dernière page)

BRUITS D'ESCALE

MONDE ROUILLE

L'HOMME DEBOUT

CHERCHER LE JOUR

page 3



LA VOCATION DE TOUTE POÉSIE ÉTANT DE POÉTER CELLE DU PILON EST DE PILONNER. (proverbe Zimbabwe)

                                 TROP TARD!

Nous aurions aimé donner comme sous-titre au présent numéro

LE PETIT PILON QUI N'A PAS PEUR DES GRANDS

Ce titre est déjà pris. Tant pis pour vous!

                                AIR CONNU

Les poètes sont totalement dépourvus d'humour. Soit. Mais dans le cas contraire, ils seraient humoristes et non pas poètes

UN COUP DE «PILON» JAMAIS N'ABOLIRA LE HASARD

LES VERS CÉLÈBRES

My tailor is rich (Lord Byron)

UN CONSEIL

Poète prend ton luth
et ton billet d'avion pour Athènes

QUESTION

Qui parla un jour du «déshonneur des poètes»?

IL FAUDRA BIEN FINIR UN JOUR
PAR ME JETER A LA FERRAILLE.

Malgré les soleils, malgré les millénaires,
il y a toujours une marche pour se casser la gueule. (Anonyme)

 

page 4

 

COURRIER

Nos lecteurs ont la parole.

Nous avons reçu de Mr.J.P.S.A, de Paris, une lettre fort constructive, dont nous extrayons le passage essentiel:

(Lecteur du Pilon depuis 1920, amoureux des belles choses et, d'autre part, ayant beaucoup vécu, permettez-moi de donner aux revues de poésie, les deux conseils suivants;

1°) D'un intérêt tout à fait limité, les poèmes que vous publiez n'ont aucune valeur marchande. Abstenez-vous donc.

2°) Vous auriez beaucoup plus d'abonnés si vous montriez dans vos pages les fesses de vos femmes, au lieu de publier des poèmes que personne ne lit...»

                                                                                         RÉPONSE

 

Certes, cher ami du Pilon, vous avez mille fois raison.
Vos conseils utilitaires ne sont rien moins qu'exemplaires.
Cependant, il nous faut l'avouer, notre but n'est pas de jouer au voyeur autant qu'au voyant
(même si l'enjeu est charmant ) Et de nos femmes nous montrerons non point leurs fesses,
mais leurs étrons.

 

page 5

Poème automatique.

(Rédigé le 30 novembre 1976 - entre 16 H 45 et 16 H 52)

Le sillon endormi chevauche l'incarnat. Depuis trois jours déjà l'oubli fait ses valises. Maintenant c'est la nuit qui grimpe jusqu'à nous, jusqu'aux chastes manguiers que je ne comprends guère, puisque depuis toujours je suis le plus naïf. Oui, sans doute, c'est la paix aujourd'hui, devant nous. Oui toujours avec la peau du ciel. Que voulez-vous que je vous dise, que voulez-vous? J'ai tout donné. Jusqu'à mon âme, jusqu'à mes pieds que l'on enterre quelque part, jusqu'a ma voix qui n'a plus cours voici pourquoi. Je n'ai plus rien à vous donner que ce point de non-retour qui se limite désormais aux paravents. Je crois que ma mémoire est infidèle brusquement. Oui infidèle. Je suis parqué dans l'enfer giboyeux du suicide. Je parle, je dis des mots, je couds des phrases, je ravaude. ( Ah! merde! ça ne vient pas! J'abandonne! ) J'abandonne à chaque poème. Ah! n'écrivez jamais! je rature toujours. J'ai peur de l'imprévu. Mou chemin est tracé sur une corde raide, je le sais. J'ai sur le front un regard félin et des ailes dans l'œil. Je n'ai jamais su écrire. J'ai honte de mes phrases. Vous perdez votre temps. Vous perdez votre vent. Tiens, il pleut!

JE FRISSONNE JE NE SUIS PLUS QUELQU'UN

S'OUVRIR                                   SE DISSOUDRE


page 6

 

Sondage « P.I.L.O.N .. »

2°) Quel est l'auteur du vers suivant; «Ô temps suspend ton vol!».

Ont cité: Saint-Exupéry           35
              Arsène Lupin             15
              Albert Simon             18
              Marguerite Grépon     8

Total:                                      100

3°) Quels livres ou périodiques consacrés à la poésie lisez-vous?

Ont cité: La Bible               73
              Union                    16
              Bonnes soirées      24
              Podium                   8

Total:                                  100

1°) Quel est votre poète favori?

Ont cité : Saint John Perse                     21
               Eustorg de Beaulieu                23
               Clément Marot                        43
               Michel Delpech                       12

Total:                                                     100

 
page 7

EXCLUSIF

••••••

ENFIN RÉVÉLÉ PRIS SUR LE VIF

COMME SI VOUS Y ÉTIEZ LE «PILON» VOUS OFFRE LE FAMEUX :
MONOLOGUE DE LA MUSE TAQUINÉE PAR UN POÈTE

Non! ... Oh! non ... Non! non! non! et non! Ah! non!

Non! non!. .. Non ... Oooooooh! Hi Hi Hi! Non!

Oh la la la ... Oooooh! Non ... Cochon!

Non!... non, non, non! plus haut.

Oh! non!... Non! plus haut! non, plus bas. Là! Non!. .. Nnnnnnnoui. Oui, Oh! oui.

Oui, oui, oui, oui ...... oh ... oui ...

Sapré vingt guieu la belle église ...

Oui, oui, oui, ... Oh! oui ... Grand fou, va,,, Aaaaaaah ... Bof...

page 8

 


Le sablier de la poésie.

mot mot mot mot mot mot mot mot mot mot mot mot mot mot mot mot
mot mot mot mot mot mot
mot mot mot mot mot
mot mot mot mot
mot mot mot
mot mot
mot
mot mot
mot
mot
mot
mot
mot mot mot
verbe verbe verbe
mot mot
mot
mot
mot mot mot
verbe verbe verbe
POÉSIE

UN OISEAU BEL OISEAU TOUJOURS LE MÊME.






 

Page 9

A la manière de Jacques Roubaud.

T'assignèrent mes nombres   les piliers de mes nombres    pour le sévices de chacun    mirage    un nombre    coït    dépassant     de l'obole     de la quête    du tronc    un nombre    de consistance surfaite un nombre

Comme les branches s'agenouillèrent à coups de servages disposer ou la place prompte dans l'oral de ce lierre mes nombres de toute quart de portion mes nombres te maudirent piliers de mes nombres

Se firent dans ton orbe se régalèrent    de ton pal   burent   tes douleurs     piliers     firent ta virée    firent ton cerveau    miré dans la moue

Un nombre te divertit     un nombre    t'entoura un nombre rosi fuit ton sommeil      un nombre te susurrait ne pas m'entendre mit     quelques tas à tes ratés rongea     dans le noir supérieur

s'      obliqua contre la pluie     nombre de mes piliers de nombres     non risibles

nombre de la subsistance rêche du nombre     nombre montre le nerf et le louche de la mitre

page 10

A la manière de Arthur Rimbaud

Album merdique

COCHONNERIES

TAXI SAOUL                                  PETIT MORPHALOU
Pouacre                                            Gapette
Choit                                                De toile
Sacre                                                Craquette
Croit                                                 Dévoile

Acre                                                  Tinette
Foi                                                     Sans voile
Diacre                                               Jean quête
Coit                                                   L'étoile

Homme                                             Rejette
Tremble                                            Bichette
Amble                                               Et moelle

Daigne                                              S'arrête
Teigne                                              Braguette
Pomme!                                            Et poils.

 

Page 11

 

Le poème mystérieux.

Derrière ce poème de facture moderne se dissimule l'un des joyaux de notre poésie.

Tempête sonore encor,
Voici doux, de si beaux instants
Qui la délasseront.
Que je dorme un peu,
Vent.
Mon jeune coeur avec ma fatigue, la bonne
Voici que vous déchirez le présent
Qui ne bat pas et que sur votre sein
Tout couvert des fruits, des branches,
Du matin, vient glacer ma tête reposée.
Qu'à l'humble rêve des feuilles,
Blanches encore, vos deux mains
Et des fleurs à mon front.
Puisque vous ne le reposez:
Laissez rouler toute rosée
Et puis, souffrez que pour vos yeux,
J'arrive à laisser là mon front.
A vos pieds s'apaiser de vos derniers,
des chers baisers.



NOUS NOUS ALIMENTONS DE CRIS.

 

Page 12

Comptines

Sur la bistouquette
D'un petit poète
y avait! une bête
Une grosse bête
Tiens! Tiens !
La bébête ne dit plus rien.

Dans une prison
du port de London
Un grand percheron
Perdit son lorgnon
Tonton
Vivent les scieurs de longs.

Un beau millepatte
A mal à la palle
Mais ne sait laquelle
Car vois-tu la belle
Ce petit! futé
Ne sait 'pas compter.

Le roi de cocagne
Sur une montagne
Joue à qui-perd-gagne
Avec Charlemagne
Clic-clac
Le roi n'ira pas au bal.

~

ÉCHOUÉ PAR TROIS FOIS ÉCORCHÉ D.ANS L'ORAGE

JE CRAQUE DE PARTOUT ET JE CRÈVE D'ENNUI

 

Page 13


A la manière d'EUX.

fiche n° 25376
modifiée le 12-2-34
revue et corrigée le 8-9-77

                                                                         secte du sex
XXXXXe (rà râ râ) BAVE BAvé bavEUX •.•• • ))))LU et 
aPProuvé( ( (( (. ) » ) prouvé
RA RA ras R.A.S.::::
RA ...................................... METRONOME tic tac tique .

...............................................................................................................................

Râle RITE RIXE rit , sodomiser ma muse
                                                    m'amuse                     ci
maise (RUT.(chant floué Là là LAS)

..............................................................................................................................

                                                L A C  H  E

               RICHE MICHE Lèche TRICHE
MITRON GAI POIL AU MI poil au mi net poil au (Oh!) mi
TON COL mis à nu VRRRRrrroooum! !!!!                          !
habité toujours (où?)                                                       juste
MENT FOL (quel?»» ouVerte la porte
                       .........•.... L.I. T. sybillin

 

Page 14

 

LE VOICI
NOUS VOUS L'OFFRONS

Enfin! le Pilon réalise votre rêve. le plus fou.

Depuis longtemps vous en rêviez du formica, du ciné, de la grande vie des vedettes qui roulent carrosse. Vous n'osiez croire qu'il vous serait un jour possible de partager cette joie suprême dont sont auréolés les nantis . .Aujourd'hui, le "PILON réalise ce miracle. Il exhausse votre rêve le plus fou, votre rêve le plus cher :

VIVRE DANS L'INTIMITE D'UN GRAND "POÈTE

Oui, grâce au "PILO'N" vous pourrez enfin partager les instants précieux de l'un de nos plus célèbres créateurs. En effet, le grand poète Jean CHATARD a bien voulu nous laisser pénétrer dans son hôtel particulier de la rue de LILLE, alors qu'il posait lui-même son papier peint (on reconnait bien là, la la la lère, la façon de vivre quasi monacale de nos grands artistes ). Pour vous, lecteurs du PILON le grand homme a accepté de nous confier un échantillon.
Vous pourrez en tapisser votre living, votre salon, vos toilettes, etc. Ainsi, vous vivrez dans le MÊME DECOR QUE LUI. Par le truchement de ce merveilleux papier peint, vous vivrez à tu et à toi avec les muses. Vous fe.rez enfin partie de l'élite. Vous vivrez pour la première fois au dessus de vos moyens. Heureux! HEUREUX lecteurs du "PILON"

 

Page 15

Échantillon de papier peint

 

Page 16

 

 

Notre grand concours.

Les poètes et l'amour.

Des milliers de concurrents participèrent à notre grand concours. Parmi des centaines d'œuvres d'une originalité incontestable, notre jury, présidé par le Baron Petdechêvre, s'accorda enfin pour couronner le poème .de mademoiselle Madeleine Cristel: "ENFIN, TU VINS". On remarquera avec quel art mesuré, notre poétesse nous fait partager sa passion, puis son apprentissage de la vie. Son vocabulaire même évolue au fil des vers. On notera la progression des sentiments et surtout le ton du dernier vers qui suppose une vie nouvelle pleine d'imprévus.

ENFIN, TU VINS.

Le ciel m'en est témoin, tu étais bel et bon,
Quand la première fois, tu me baisas la main.
Ô mon doux soupirant, ô charmant compagnon.
Combien je t'admirais, derrière mon face-à-main.

Nous connûmes tous deux ce que dire je n'ose;
Une passion brûlante en de frêles hôtels.
Tu fleurais le jasmin et je sentais la rose,
Et tu me fis monter au dix-septième ciel.

Nous étions fous, tu sais, mon Adonis ardent,
Au point de mettre au clou mon tout dernier diamant.
Et puis tu me fis voir ce qu'est un gigolo.

Tu cognais comme un grand, et pour me mettre au pas,
Tu me fis turbiner avec d'autres nanas.
puis, câlin, tu m'offris un billet pour Rio.

                       Madeleine CRIS TEL. «Bijou-bar»
                       Rio de janeiro. tel  : 83 12 69 ( demander Mado)

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Nouvelle invitation au voyage.


Eh! la môme! Eh! frangine! Gamberge un peu! Si qu'on s'taillait; nous deux? Si c'est O.K. pour toi, on prend les bif'tons vit'faitt pis, vroum-vroum, on s'tir' aux ussa. Ouais ma grosse! Un pat'Iain pas dégueulass', t'vois? un chouett' trou pour les paumés, ouais! Parole! Dans l'zing, faut s'farcir un vestern à la con. Pis après t'vois, on t'fil' à bouffer: des loukoums et tout et tout, t'vois! L'merdier, quoi! Pis y a ie barouff' des réacteurs du zing. La chierie, t'vois?
Beh! chiale pas eh conne!
Mais là-haut, on est peinard. ('est comm' si qu'on fumait t'vois? Y a pu rien autour. C'est l'pied, ma grosse! Macach' pour s'envoyer en l'air y veul' nt pas ces cons. T'vois? Pis ça ch'lingu' dur le patchouli : à dégueuler! Alors on glandoull', t'vois? Pis le jumbo y fait du touch-touch' avec le brouillard merdouilleux des ussa. Pis y s'pos', t'vois ... Eh! t'écoute! merde! Pis on pass' devant les boys des customs, t'vois? chiants qu'y sont ces mecs, c'est pas croyab'e!
Là, vis' un peu les buldinges! C'est sélect' pas vrai! C'est dingue ce trou! S'tu veux, j'te paye un hot-dog. Ah c'est rien beau tous ces zinzins! Pis t'sais, à nouveau york, y'a Qu'à ... Mais,  mais, all' m'écout' pas! C'est pas vrai un' conn' pareill'!


Et pis merde, ras l'bol! Salut zézette, j'rentre j'mfen fous, y a un vestern à la télé, alors ...

 

QUELLES AMARRES DOIS-JE COUPER

QUEL OISEAU ANONYME ME FAUT-IL CAPTURER ?

 

Page 18


Le fer du cri

Si le pas se tait quand vient la nuit, si
le plus vif des ors noie le rai des
Longs vols, quel bruit sourd quel doux
chant vêt le feu qui se noue
quand tu dors?

Le temps dont les mais scient le plus
neuf des cris, cours de la peur
au poids des biens.

Il nie le flanc des haies en des
bruits longs et beaux.

Le dit du vieux loup, le prix du nord,
les neuf bras morts dans les bris
de la roue, le nid si lourd, la
plaie que la mer coud, le cerf
qui perd son sang.

Sur le van du train fou, le pouls se
prend au jeu de la pluie. le
gris du nom moud le plus chaud
du ciel, le fer du cri, le
bord des nerfs
.


JE NE COMPRENDS  PLUS LA MARCHE CHAUVE DES ANNÉES

Page 19

Piladage.

Quand au pied des Balkans
un pélikan toscan
assis sur un vieux tank
se prend pour un mustang
attaqué par les taons
On sait qu'il neigera
sur les orangs-outans
du Pays catalan
et ran.

Notre jeu de l'erreur.

Une erreur s'est glissée dans la célèbre phrase de Guillaume Apollinaire :

« LES TRANQUILLES CÉNOBITES »

Nos lecteurs, fins lettrés, auront tôt fait ( un bonbon au gagnant ) de reconstituer la phrase initiale. La solution est en dernière page.

DEM.AIN SERA L'AUMONE "DEMAIN N'EXISTE PAS

Page 20

'Trois haïkaïs

Le jour tourne en rond
Jusqu'au silence ébloui
Puis retourne au gel.

Habillé d'argent
Le chamelier de la nuit
Maquille l'instant.

Merveilleux outil
Du royaume fou des vents
Oubli silencieux.

Petit jeu surréaliste.

Un hameçon / frivole /convoque / le sein droit.
Un étranger / lumineux / marche / sur le feu.
Un iguanodon / ingénieux / fusille / l'enfant bleu.
Un navire / gouleyant / titille / un boudin.
L'enfançon / mou / cloue / l'aorte.
Un rôt / peureux / ébouillante / l'otarie.
L'urne / chaste / murmure / verticalement.
Un tapis / nébuleux / sillonne / le crématoire.
Le ciment / cuisiné / cliquette / mentalement.
Le bigoudi / amibien / lessive / l'indigo.
Un hibou / péremptoire  / rafistole  / la fin.
L'oubli / nivelé / nébulise / le cri.
L'hymen / pernicieux / rapporte / l'autre bistouri .


ET JE MEURS TU LE SAIS A CHAQUE BRUIT D'ESCALE

 

Page 21

A PHILIPPE SOUPAULT.

La rage bleue du nénuphar retombe en pluie sur le nid délaissé par le licou peureux, D'ans l'héure épaisse dans le lit fou, l'oiseau-mouche - que 1'on nomme parfois le cristal d'ibiscus - tisse un mensonge de plus, un cadastre excitant, une peau simplifiée aux lignes seules de la main. Ramassée, posée là, sur l'ongle des marées, au plus subtil des engrenages, l'oie des sables rit en mesure.
Nous engrangeons justement. Nous donnons aux tocsins de nouvelles syllabes, quelques accents aigus, quelques plages cadavériques. C est le prix de chaque heure au comptoir sombre des hublots. Légendaire sera la crête poussiéreuse du coq mica. Nous rassurons nos éperons.
Marié quelquefois au trou du souffleur, exigu, lentement borgne, le berceau s'incline et décline une crampe, comme ferait un koudou devant une arme à feu.
C'est une pièce rapiécée que joue l'ombre d'une ombre sur les doigts du silence.
Le cendrier n'a plus de dents. I1 se nomme désormais :  orphéon ou peut-être ramage ou bien panoplie, ou encore renard. Au choix.



LA TENDRESSE D'UN VENT QUE L'ON DIT  REDOUTABLE.

 

Page 22

 

NOTRE GRAND FEUILLETON POÉTIQUE ET LETTRISTE

MANOUSSI ROIDHA FILONE

- résumé des sonnets précédents -

Daggaloté ghétimé lounar bélou
Loubani adozatu rotani silou


Crénœisso balinu kadhifa onffala,
Adiléné vulafo barounarha tion:
Pimélous nngares maloum, sarum, tala,
Génugléna rannau, groumirou, groumirou,

Palouthil ankalla, balin, balinouré;
Ral, touloumajouré, quinautac rinatu.
Silou silounouré, haligamparé.
Kalouda balougué pélon, boulan, sattu.

Lou! Manoussi roidha, matonso roulani
Sémouta lavorant békharu lantiron,
Prémissoi di lanour majoura do piron.

Organné, bilouffé, rinou salonari,
Rougtang milong attou silovan boutuné,
Silanton affélou bélissan routuné.

                                          ( ki lise ••. )



DONNER A CHAQUE MOT SA VÉRITABLE EXTASE.

Page 23


L'ENNEMI

A la manière de Charles BAUDELAIRE

Mon enfance ne fut qu'un nébuleux sevrage
Transpercé ça et là par de riants conseils;
Les orages et le bruit ont fait un tel carnage,
Qu'il reste à mon destin bien peu de lents éveils.

Voilà que j'ai mouché l'atome déguisé
Et qu'il faut déployer la flamme et les drapeaux:
Pour ressembler un peu à l'homme dégrisé,
Où le temps se repose à l'ombre des fardeaux .. ,

Et qui sait si les pleurs fidèle que je lève
Verseront dans ce fol été comme une trêve
Le mythique au revoir qui ferait leur rigueur?

- Ô douceur! ô douceur! Le vent range la pluie
Et le noir repentir qui réveille le pleur
De l'or que nous perdons choit et se vivifie.

VOUS AVEZ ARRACHÉ LE CRI DE LA COMÈTE
LES CORNES DU KOUDOU

Page 24

Le plus vieux poème du monde.

Une équipe de chercheurs, sous la haute direction de J.P Lesieur, l'archéologue bien connu, vient de faire une découverte que l'on peut qualifier d'essentielle dans le domaine poétique.
Poussant leurs investigations jusqu'aux limites dangereuses (pour ne pas dire périlleuses) du raisonnable les savants laissant loin derrière eux LEROY-GOURAN et ses éminents collègues ont découvert une inscription que l'on est en droit de considérer comme le plus ancien poème connu puisque son auteur: Rhaha date de sa propre main le document en donnant cette précision incontestable: «rédigé en 3 020 avant J.C.» En prenant date de la sorte, le plus ancien poète connu authentifie nos dires.

Le PILON se devait d'être le premier à informer ses lecteurs d'une découverte aussi sensationnelle. Voici dans son émouvante simplicité le premier poème écrit de la main d'un être pensant :

"RHAHA EST FORT
Mais le 'DINAUSAURE est encore plus fort
LA FEMELLE DE "RHAHA
S'APPELLE EMMA
DU CLAN DES BOVARIS
RHAHA ET EMMA S'AIMENT
Mais EMMA s'adonne A L'ÉCOLOGIE
ET "RHAHA RIT
AH.' AH.'

"RHAHA (3 020 avant J. C)

Page 25

A la manière d'Ambrose BIERCE.

Le conseiller et le poète.

Le conseiller d'un Grand Monarque fit mander le Poète et l' invita à méditer sur les principes de Vanité qui régissent la république des Poètes.
« Tu as, dit le Conseiller, un souverain mépris pour le Bon Peuple que tu abreuves de vers.
- Que non point! Monsieur le Conseiller, dit le poète, je suis tout disposé à offrir à notre Bon Peuple ce qu'il voudra bien exiger de mes talents.
- Serais-tu capable du pire?
- Si vous le désirez et si le Bon Peuple me reconnaît comme son Poète Officiel, je suis prêt à faire n'importe quelle concession
- Alors, imite notre Bon Peuple.
- Bè, bè, bè, bè, fit le poète.
- Belle imitation, admit le Conseiller du Grand Monarque, mais j'eusse préféré «Bah» à «Bè». Notre Bon Peuple étant blasé et non plus moutonnier.
- Comme il vous plaira, Monsieur le Conseiller.
Prenant la pose du récitant, une main sur le cœur, l'autre levée vers le soleil couchant, le POETE déclama, avec une grande sincérité:
- Bas. Bas. Bas.
Il ne s'en releva jamais.

 

CE THÉATRE INQUIÉTANT OU DE BEAUX HOMMES NUS RÉVEILLENT UNE FÊTE.


Page 26/27

 

DOCUMENT

Baudelaire et la censure

Nous sommes enfin en mesure d'affirmer que l'on pratiqua sur la poésie de Charles BAUDELAIRE, de multiples et scandaleuses coupures
Sous le couvert de la décence, une censure éhontée sévissait à la fin du siècle dernier. comme elle sévit encore de nos jours.
«LE PILON» est fier d'être le premier à apporter la preuve de ces agissements condamnables.
Nous publions en effet (ci-dessous), un document irréfutable. rédigé de la machine à écrire même du grand poète. Il s'agit des premières lignes du fameux poème: «Enivrez-vous», extrait des «petits poèmes en prose».
Ce document brut, livré tel quel, montrera à nos lecteurs combien néfaste peut être la censure dans la création poétique.
Nous avons mis entre parenthèses les mots supprimés lors de la publication du poème.

Il faut être toujours (hic) ivre.
Tout est là (hic) : c'est l'unique
question (hic). pour ne pas sentir
l'horrible fardeau (hic) du temps
 

On est saisi d'effroi devant la monstruosité de tels procédés. En supprimant tous ces mots de l'œuvre poétique, la censure déséquilibre le texte, casse le rythme, dénature le propos.
Tel que nous le connaissions, ce poème était une pièce honnête, sans plus, mais imaginons quel chef d'œuvre il aurait pu devenir sans les ciseaux d'Anastasie ...
 

 

UN ÉVÉNEMENT BIEN PARISIEN
 

Le 18 mai dernier s'est déroulé, en présence de nombreuses personnalités du monde des arts et des lettres, une émouvante cérémonie autour de notre confrère J. CHATARD qui fêtait, verre en main, la vente du dixième exemplaire de son récent ouvrage «CHERCHER LE JOUR».

L'auteur et son éditeur étaient rayonnants car ce livre s' annonce d'ores et déjà comme le best-seller de l'année poétique.

                                                                                    ( De notre correspondant particulier )


page 28
 

Résultat de notre test.

Si vous totalisez 4 points: Vous êtes sans conteste le plus intelligent, le plus raffiné, le plus exigeant des fins lettrés que la terre ait jamais porté. BRAVO.' vous AVEZ NOTRE ESTIME.

Si vous totalisez 3 points: Vous devez lire, toute affaire cessante le quatrième ouvrage. C'est une lacune dans votre éducation votre standing peut en pâtir.

Si vous totalisez seulement 2 points : nous aimerions être à votre place afin de découvrir très bientôt 2 chefs d'œuvre de la poésie.

Si vous ne totalisez qu'un point: il est urgent d'apprendre à compter. IL Y A UNE ERREUR DANS VOTRE TOTAL.

Si vous totalisez 0 point: Vous n'avez rien compris au principe de notre test. Recommencez le.

Le poème mystérieux

Il s'agit du poème de Paul Verlaine: GREEN.

La phrase d'Apollinaire.

Aucune erreur ne s'est glissée dans cette phrase. Monsieur Guillaume Apollinaire, plus connu sous le nom de Guillaume-Apollinaris-Alhert Vladimir-Alexandre De KOSTROWITSKY, était trop bien élevé pour écrire des insanités.

Michelle BLOCH et Jean CHATARD ont joyeusement mis la main aux caractères, chacun à leur tour.







 






 

 

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