LE PILON 9

Jean Pierre Lesieur / pages : 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12/13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26/27 28 29 30 31 32

revue trimestrielle de poésie


 

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Page 1

ÉTERNELLE, coulée dans la pierre cing1ée de fer FÉMININE, jusqu'au bout des angles

Mais voilà que dessus son socle, elle se déboulonne, mais oui, elle bouge, des bras lui poussent aux épaules, des ailes peut-être. Et elle prend l'envol, elle se met en vie puisqu'il est bien entendu qu'elle doit seule assumer cet avènement.

Composé, conçu et tiré par Michelle Bloch, l'œil hagard et l' alambic désagrégé, avec l'aide de Jean-Pierre Lesieur.

Page 2

Anne ma soeur, ne vois-tu rien venir?

.Anne s'était postée sur la plus haute tour pour voir venir le guerrier fourbu et lui offrir ce qu'il méritait. Ça faisait partie de son topo.· .. De temps en temps, elle descendait dans l'appartement et essayait de tirer les lombrics du nez de ses fillettes tout en leur faisant avaler une potion pour limiter le pullulement de larves qui l'avaient mise dans un tel état que sa peau se détachait sans le secours de l'ongle et qu' elle était obligée d'en changer toutes les semaines. Elle était aux prises avec un pressentiment.

Quand le guerrier flapi se pointa à l'angle du boulevard du Parnasse et de la rue de l'arrivéee. elle s'élança vers lui à toute blinde par le plus court chemin et s'écrasa sur le bitume.

Page 3

manifestement

Nous, écrouées dans les cours des maisons closes, déportées dans les camps retranchés des cuisines, destinées aux missions douteuses, aux mastications laborieuses

Nous, muselées dans les carcans sertis de roses, ramassant la poussière des carrières, souffle coupé, cri étouffé, engluées dans la cire avec des masques butés sur la face et des corsets aux fesses

Nous, toujours accouplées à un " e " muet, par lui résorbées, avec l'interdiction de l'aiguiser ou l'aggraver, serait-ce pour le rendre audible, sous peine de n'être plus dans le droit fil du sexe

Nous, avec nos textes dans la terre, écrasé(e)s par les pilons tous azimuts, cherchons le filon pour faufiler dans la lumière les signes invisibles inscrits sur l'envers de nos peaux aux pores en quarantaine.

déchirons le tremblement de nos vies

                                                                                                avons maintenant en vue la parole


Page 4

scènes de l'ouïe quotidienne

SOIS BELLE ET TAIS-TOI

Pas belle du tout. Et en plus de ça, elle cause. Depuis quelques temps, elle n'arrête plus. Elle n'arrête pas. Elle ne se contient plus. C'est un chuchotement inaudible, un balbutiement incohérent, un flux qui commence à naître, une coulée des lèvres incontrôlable, un babil incoercible, un bavardage qui se propage. Et puis soudain, c'est la PAROLE.

ELLE EST COMPLETEMENT FOLLE

Elle déraille, raye, rage, va à contre-flot. Ils commencent à s' interroger. Il y aurait là où elle va quelque chose. Il y aurait en ce qu'elle dit autre chose. Ils pourraient y prendre de la graine, et la semer, et la faire pousser pour remplacer les orties des champs bétonnés où y'a plus rien qui sort, où y'a plus rien qui soit.

RETOURNE A TA COUTURE

Couper dans le biais, mettre hors d'usage les trames déchiquetées, briser les chaînes ... Naturellement, des toiles se tissant tapisseront l'espace pour accueillir l'aube.

Page 5

Anne, ma soeur, ne sens-tu rien venir?

Ils l'avaient mise au ban, avec sur les genoux Adélaïde à qui elle enseignait le B.A. BA du processus tout en cuisinant d'une main distraite des préparations dont elle dissimulait dans son lit les précipités ralliant le corps.

Un jour qu'elle poussait la poussette d'Adélaïde, elle les a croisés sur le boulevard. Ils l'ont zyeutée, tout baba, ahuris par l'odeur à la noix des poissons d' or qui sortaient, sens  inverse, de son vagin et rappliquaient à leurs pieds. Elle se dépêchait. Adélaïde, dans sa poussette, réclamait son sein.

Page 6

Muses à part et égéries, où sont-elles, les femmes, dans les cénacles, les cercles et les clubs ramassant les poètes maudits de la Capitale qui se louent et se poussent sur un pinacle à tour de rôle, se rongeant les sangs sur la poésie-paria pendant que les femmes mangent leur frein dans les oubliettes du
ghetto.

A l'heure où le roman, le cinéma, la politique abandonnent quelques bouts de ficelles aux femmes

LA POÉSIE RESTE UNE CHIASSE GARDÉE

Sourcières, soulevez les pierres tombales, arrachez les grilles, laissez filer les mots coincés sous les couvercles, laissez aller
selon le délire déluré. Délivré.

Page 7

Odile CARADEC

ÉPITAPHE'

Cercueils chauds, cercueils chauds

pour marmitons, empereurs de chine
Chauds les cercueils pour géniteurs enfin stériles
Les fermoirs sont posés sur l'estomac du mort
Celui-là ne mangera plus

Page 8


 Hélène SERPOLLIER
                                                                  Nous n'enfanterons plus
par le con primaire

La femme n'est plus cette grossiste en chair humaine à empâter en âmes à remplir La parturienne  scellera désormais un pacte d'amour avec les rouages silencieux de ses organes
                             Désormais
Nous revendiquons le sperme artistique la matrice euphorique

 

Page 9

Michèle OURMIÈRES

1er voyage

Je m'enfonce un peu plus. La peau est voyage depuis toujours - de la vie fœtale à la naissance, l'enveloppe du corps fait son chemin en eau profonde -.

Je pénêtre dans ma peau. Passé l'entrée poreuse, après la sensation très douce de la matière qui me laisse passage, je m'accroche au poil fiché comme un pieu dans la chair. Je commence à descendre. Métamorphose. Les bruits du dehors s'atténuent. A l'instant où mes oreilles s'enfoncent dans la masse: silence.

L'eau calme m'habite. Je reste plantée dans la surface: petite écharde. Mon crâne dépassant est gratté au matin par un doigt distrait. A cet instant je me retrouve grandeur nature. Mais quelle nature ?

Je recommencerai...


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Hélène SERPOLLIER


    Tu ne dis rien la vie te traverse sans y penser.
Tu as tout mis dans le geste et le regard mais qui saurait te dire à l'heure qu'il est. Tu sais les chairs moisies qui t'habitent les seins flétris qui respirent sous ton corsage. L'amour que tu ne sus donner aux hommes se répand maintenant dans les rêves les petits mouvements sans importance de ta vie les allées et venues de tes doigts sur le tricot en une odeur de lait caillé.

      L'on caresse les chiens les chats pas les vieilles femmes. Pourtant tu saurais frissonner encore une dernière fois sous la main d'un homme et comme tu se~ rais belle cri écorché l'instant de ce dernier frisson. Tu guettes honteuse l'odeur des chairs mûres l'éclat d'un sein impudique dans un corsage entr'ouvert. Rien ne t'obsède que l'épiderme des gens des aures - le tien se meurt d'oublier.

 

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Laure VERNIÈRE


Contre toi mon colon ma

bourgeoisie ma peur des pleins
phares ma porte verrouillée
contre toi mon éclipse je me défends

par le vomissement des formes
chancelantes et par la coïncidence
du scandale: un poème-révolver
te tua raide en moi (chargée
de mitrailles et mal vivante).
 

Ce gémissement dans 1 'heure circulante
et femme
Cette vitalité (crampe au cœur d'être

vrai si mal)
C'est moi prise et reprise et l'eau

serait en feu ?

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Thérèse PLANTIER

 

Hara-kiri

Du temps où ses parents tenaient un restaurant
à Marseille
sa mère a connu un monsieur & a trompé son père.

Elle,
elle était alors pensionnaire à la Pension St-Charles

désespéré son papa a vendu le restaurant
il est revenu dans son bourg natal

Vaison-la-Romaine
travailler à la Banque Chaix
et laissant sa femme à Marseille
parce que l'amant de sa femme était un maquereau

mais repenti, au point d'avoir ouvert une blanchisserie
qui faisait de mauvaises affaires,
Alors elle,
elle a attrapé une de ces maladies lentes
qui donnent beaucoup de fièvre aux adolescentes.
Sa mère n'ayant pas assez d'argent pour payer un médecin

mais assez pour acheter un billet d'autocar
Marseille-Vaison, Elle,
elle est allée à Vaison chez la mère de sa mère

où elle n'est pas restée longtemps
elle est montée
chez son père l'employé de Banque

qui habitait la Haute-Ville
où elle a connu un monsieur qui l'a vite mise enceinte

il a fallu épouser ce monsieur
dont un  jour son faux papa ( mais son beau papa)
lui a téléphoné qu'il la trompait.
Le monsieur a appris qu'on l'avait dénoncé

mais il a cru que c'était par sa mère à elle
qui aurait téléphoné de Marseille
ainsi a-t-il téléphoné à cette mère à elle qu'il était très fâché

- ils le sont restés -
ce qui a rendu le beau-père si furieux
qu'il a également téléphoné à sa grand-mère à Elle

- depuis ils sont brouillés _
puis à son frère à Elle
pour l'inciter à ouvrir une blanchisserie

qui ferait concurrence à la blanchisserie
du monsieur qu'Elle avait épousé
et puis toujours très furieux il a quitté sa mère à Elle

pour épouser mademoiselle Rose
à qui il a fait deux enfants.
Maintenant il la trompe, mademoiselle Rose,
mais s'est réconcilié avec le monsieur son mari à Elle

mais Elle
Elle est restée fâchée avec tout le monde

ce qui fait qu'au mariage de la fille
qu'Elle a eu du monsieur
il n'y aura personne
de Sa famille à Elle,
même pas le monsieur.

page 14

Catrine MAFARAUD

A W. DELZ

WESTERN

J'ai reconnu le signal

Qui tance ma vie

Je n'ai pas d'enfant

Après toutes ces nuits
A nous dormir
Vertèbre contre vertèbre

J'ai reconnu Julie

Notre naïf mirage
Nous le couple chercheurs d'or.

Page 15

Odile CARADEC

Elle avait un manuscrit écrit si serré qu'il lui fallait une taille de jonc.
Il devenait indispensable de mâchonner un poème, tubéreuse aux amygdales effrayées.

Il est bon qu'un tabouret
nous malmène un peu les fesses

brigade de poétesses
C'est un cyclone de bure
un festin dessus la dure
la dure la dure
poésie

Page 16/17

Victoria THÉRAME

CUISINE LIBRE


Extase en macramé! Ah oui! l'extase, C'est en macramé! Je vois bien ça. Minotte, toutes les extases, je les pensais bleu d'Orient! Bleu Nuit d'Arabie! Ça paye! Après j'ai découvert, les édentés des harems, les femmes-cul-cousus les mefas, pieds entravés de Chine! Alors l'extase, elle peut plus causer oriental! Européen aussi, c'est dur! Ici, ils entravent la tête. L'extase va-t-elle se faire la malle? Où vais-je chercher mes images pour extase? Safran, safranesque? teindre mon macramé dans le safran, riz au curry...  Dans l' eau du riz j'empèse mon macramé! ah! j'ai une tête d'empesée! le poivre, le poivre aux yeux. L'extase, la bagarre. Arracher sa liberté. La lutte gingembre, pistache, genièvre.

Des seaux de moutarde à la gueule! Le miel de sortir librement de sa maison. Le parfum framboise de marcher dans la rue. La fraise-chantilly de rire tout haut. Les dérèglements sucre-vinaigre! Lier la sauce, faire un roux, monter en neige! Être soi. La cannelle. La vanille. Prenez un kaki bien mûr, retirez la peau, sucrez au sucre fin, mangez à la petite cuillère et décidez que dorénavant, plus personne n'intervient dans votre vie. Les intervenants sont tous dés profiteurs d'assiettes, des goulus qui savent pas cuisiner, confondent Paprika et pimprenelle, péronnelle et cumin en poudre, quand c'est pas le caramel qu'ils font brûler. On n'a pas de temps à perdre. Le mieux, jeter par poignées, des raisins de· Corinthe derrière soi, sur son chemin de liberté.· Qui vous aime, vous suit.

Page 18

Michèle OURMIÈRES
 

2ème voyage

 Cette fois-ci, je ne sais pas comment je suis entrée ni dans QUOI.
Je nage, très lente, dans un caoutchouc rose et chaud semé de creux blanchâtres où se meuvent des poils également blancs. Pour l'instant, la sensation est agréable surtout par l'odeur de l'ensemble: celle des groseilles vertes ou du cassis froissé. La chute dans un des trous laiteux me révèle la rondeur. Les poils plient sous mon poids, avec un balancement régulier, courbe, un gonflement de plénitude. Mon corps leur procure, à l'évidence, une sensation de choix. Le bercement se fait de bas en haut, endormeur. Je suis une ligne courbe qui en vient à tourner de plus en plus vite, à prendre toutes les formes de bulles, de spirales ...

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 Catrine MAFARAUD

A W. DELZ

PRIÈRE

Je te marque de mes caresses
Tes tatouages te restent
Tête saprophage des souvenirs
D'une Berlin à peine sciée en son milieu
Tu fouilles dans le feu
De mes cheveux triangulaires
Et je me flocule dans un passé
Que nous tentons de nier
Et un avenir tout à nous semblable

Je cherche un homme électrique
Un homme sans mémoire
Un homme qui serait toi

L'HOMME COSMIQUE
D'UNE .HISTOIRE BLEUE
COMME UN CHROMOSOME
PORTEUR DE LA COULEUR VIE.

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Laure VERNIÈRE


Le Graal dévie (putain d'hostie je
la crache - Ventre où se cache le
cantique du maire ou du droguiste
de Provence loin de la mer 0
montagne fausse survie mort mot cloué
encrassé par sept siècles de passion)
retrouver l'agonie des Grecs sans les Grecs
et l'agape son doux furtif sans l'Histoire
o envie sacrée de
pendre son cul derrière l'étagère
o gaufrette molle l'herbe est rose
entre mes cuisses fatiguées
Je n'existe que par le regard
amusé du Maître de cérémonie et
je décide après toi contre toi de
faire l'amour
avec les mots - pierres -
et je la tue ma langue à grimaces
à fureurs

Page 21

Attention !

Lors d'un recensement, on a dénombré, malgré l'action des Femmes en Lutte, des hommes affublés d'un barda-bureau-stylo-auto-moto-sono-télé-dodo-Loto-domino-bistrot avec lequel ils font joujou avec les copains pendant que nénette astique et torche les moutards à la maison, l'épée de la raclée au~ dessus du fourneau variant d'orientation selon sa passion à l'ornement des mets. Elle en a plein le dos et s'écrase jour après jour sans oser mettre les pieds dans le plat. Pour celle ou celui qui voudrait entreprendre une action précise, nom, adresse, et téléphone sont à leur disposition.

MAIS QU'ALLAIT-ELLE Y FAIRE DANS LA GALÈRE?

Qu'allaient donc faire les ouvriers dans les usines, les noirs dans les plantations, les juifs dans les camps de concentration, ceux qui avaient les mains nues et les pieds en vadrouille dans la misère, les chants et la prière?

Un rien. Et les baleines ancrées dans la chair flanchent, déchaînent un corps tronçonné que le regard appuyé sur la glace restitue, rassemble au fur et à mesure de l'application de l'œil sur la surface réfléchissante.

Page 22

-

Anne (suite et fin)

Adélaïde avait poussé comme un charme. C'était un plaisir de la voir gambader dans la campagne sautant sur ses moutons pour se délasser quand elle avait fini de filer la laine, pendant qu'une douce odeur de ragoût s'échappait des fenêtres de la cuisine.

Anne, ma sœur, se félicitait. Adélaïde, au pied des montagnes, suivait les échos de la logique fondamentale qu'elle lui avait serinée régulièrement en secouant son berceau comme un prunier.

A présent, elle pouvait laisser à vau-l'eau l'œil aller dans l'orbite, qui le plus souvent se révulsait pour regarder dedans. Ça lui donnait une drôle de touche mais elle n'en avait que faire. Il ne lui restait plus beaucoup de temps. Il fallait aller vite en besogne pour se reconnaître dans les étangs, passerait-elle aux alentours en coup de vent.

Page 23

Dictionnaire pilonesque

A Le Sieur, tout honneur

PILON: Poêlon où l'on fait frire les idées rassies. Cet instrument a été mis au point par la Mère Pilon pour mettre au pilori les ingrédients inutiles qui encombraient sa cuisine. Elle en nota les utilisations dans un calepin connu sous le titre LES CONSEILS DE LA MÈRE PILON et dont nous reproduisons page suivante un passage. Décédée accidentellement au cours d'une préparation particulièrement corrosive, son œuvre diffusée sous le manteau fait fureur dans l'intelligentzia parisienne qui découvre.' des recettes détonantes pour transformer les gestes de la pratique quotidienne. Les parisiens quant à eux sont assez réticents. Ils craignent pour leur gouverne. Ils redoutent de passer dans la casserole.

PILOMANIE; Masochisme historique et dialectique de la femme vouée au pilon depuis des siècles et qui semble y prendre goût. Méfiez-vous des apparences.

PILONÉTRIE: Occupation séculaire et bidon des femmes qui consistait à confectionner des pilons en chiffon, ce qui était parfaitement inefficace. En désespoir, elles se les mettaient sur la tête, ce qui explique le ridicule de quelques gravures anciennes et pas si vieilles que ça.

Page 24



Notre grand concours

réservé aux lecteurs du "PILON"

( les lectrices reconnaîtront les leurs)

CHERCHEZ LA FEMME

Envoyez les réponses au PILON NEUF, avec une enveloppe timbrée pour la réponse (confidentielle). Le: "gagnant" aura une surprise.

 

Encore!

Pour ceux qui trouveraient qu'yen a trop (des femmes) dans ce numéro - ENCORE ! - qu'ils les cherchent: donc dans les PILONS antérieurs. Ils n'auront besoin que des doigts d'une seule main pour les compter, les femmes. Et encore! LE PILON ne fait, ici, que rétablir une erreur involontaire, viscérale, un déséquilibre grave qui menaçait; ses chances de survie. Il fait JUSTICE. Aucun tollé de ce genre ne s'est jamais élevé pour mépriser les sommaires des revues de poésie in extenso masculins. La mode change, (voir plus loin). Et puis, avouez, c'est y pas aussi gentil
comme ça ?

Page 25

Le conseil de la mère pilon

Prenez un homme. Découpez-le en rondelles que vous écraserez à l'aide d'un pilon dans une casserole. Accommodez la bouillie obtenue à la sauce de votre désir, évitant celle dont il abusait du temps où il touillait des salades, quand il suivait à la lettre les Conseils du Père Pilori (ouvrage épuisé). Laissez mijoter quelque temps et, si vous voyez se profiler dans la vapeur des forces nouvelles, ne touchez à rien. L'Opération a réussi. C'est un plaisir pour l'œil, un ravissement. Ensuite, consommez ce que bon vous semble.

SI VOUS ÊTES MAUVAISE CUISINIÈRE, METTEZ UNE ANNONCE

ON RECHERCHE:

Bonhomme dans le sens strict du terme, dépourvu de pilosité agressive et de voix vociférante  pour laisser une marge à la voix-voie-vie de sa partenaire éventuelle. Taille exigée. Tour de poitrine indifférent. Inutile de se présenter avec un bouquet d'oignons aux pelures dangereuses pour les paupières et les yeux fragiles.

¨Page 26/27

Détectionnaire des idées rassies

Régénérer les mots de la tribu

NANA : Déformation récente d'une vieille expression de la langue française «nenni ». Le «nana» est une onomatopée exprimant le refus net au féminin des propositions ahurissantes que font certains porteurs de pénis, comme dit mon amie Angèle qui ne prend jamais quatre chemins à la fois.
 

Historique : La première militante de base est elle-même tombée dans le panneau :« Vedi, vini, nenni », déclara-t-elle dès qu'elle put ouvrir la bouche ... C'est dire les difficultés rencontrées pour imposer une terminologie qui ne soit pas directement issue d'un langage méphitique - on dit aussi quelquefois «phallocratique» - qui empoisonna la langue des femmes.

PUTAIN: ( du lat. putare : penser, estimer. Antédiluvien. ) Femme qui panse ses blessures et dont l'activité se reflète sur le teint dont l'intensité de l'éclat varie selon la force de l'évolution de la réfection entamée.

VIERGE: A peu de chose près, VIRAGO (voir ce mot ), à la différence que le virage n'a pas encore été amorcé. Sa méconnaissance de la verge n'est pas un bien grand mal: il ne suffit en somme qu'à retirer du circuit un «i» avec son point dessus qui tout naturellement se reforme avec le mot ainsi formé.

VIRAGO : ( début du XXIème s. ) Femme se dirigeant vers l'agora où elle prend la parole. Elle a mis au clou les ragots et les falbalas, explique à ceux qui n'ont pas encore compris les métamorphoses de son apparence. Sa rage à cet effet ne souffre aucune comparaison. Son discours autorise le grand virage vers des rives nouvelles, organise de nouveaux rêves. Ne cache pas son appartenance politique.

HYSTÉRIQUE: Petit signe en forme d'étoile que l'on tatoué sur la cuisse intérieure de chaque nouvelle-née. Depuis peu les femmes négligeant ce point mort de la peau, se mettent à pousser systématiquement, et à heures régulières, des cris étranges qui ne sont que l'éclat des trente six chandelles qu'elles gardaient dans leur utérus. Les chercheurs à l'esprit hautement structuré n'y comprennent rien et préfèrent - tel quel! - « attribuer ces déflagrations aux caprices cosmiques ».

VIRIL: ( mot invariable) Qui a viré vers une île et ne voit plus que son nombril.

page 28

envoi

Et pourtant, pour toi  - ô mon amour - je laisserais bien au pilon quelquefois l'envie de pilonner les idées étrécies s'effaçant si tant est que tu fasses l'effort de ne plus t'accrocher aux jarretelles.



ENTONNONS, MA SŒUR, LE CHANT DE L'ESPOIR.

Nos voix-voies-vies récupérées au fond des poêles et des landaus où elles attachaient et se détérioraient, rassemblées, enliées à la vie alentour, avançant de front, entières, dans l'espace,

Baisant les visages pour les rendre humains, arrachant les badges sur les poitrines, les épines et les clous cachés dans les poils, insignes de leur puissance, marques de leur martyr... Messies enfin mis au monde pour notre grand plaisir.

Et toi -, ô mon  amour-', tu ne perds au change de ta dépouille qui rejoindra la mienne dans  la poubelle de l'histoire.

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VISE UN PEU COMME LA VIE VA CHANGER

Page 30

Enfuie, fut-elle. Fuyante à présent quelque part. AUTRE. Délaissant les vieilles habitudes, les lassitudes. Et ce poids sur un front rivé au sol. Allante, délivrée, elle court, la main nouvelle, RAVIE. Se défait de l'enfer, s'en esquive. Au titre d'une raison récente où la mémoire éblouie découvre un corps désopilé.

dans les paumes, il reste quelques
lignes racontant la triste page
de la vie enlisée dans la terreur
endormie

Page 31

dernière heure

Ma chère Adélaïde,

Avant que de pousser le dernier soupir au sein de cet étang qui envahit mon corps -trop, c'est trop-, je voudrais te dire comme je suis heureuse de voir que les lendemains, pour toi, chantent. Et si quelques réminiscences du temps passé apparaissaient, je sais que tu sauras t'en dépatouiller. Je meurs contente.

                                                Ta sœur,

                                                                                               ANNE

Lettre qui nous a été transmise par la destinataire juste avant de mettre sous presse. N.D.L.R.

Page 32

RÉCLAME DAME


Ne mettez plus les choses au pis
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PONIL

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PORTEZ PONIL

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                                                                               FIN




 



 





 













 































 






 

 

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