comme en poésie numéro 36

 
Jean Pierre Lesieur

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Au sommaire du numéro 36

 

LE POÈTE DU 21

Comme en édito avec un dessin de Bruno SOURDIN

 

Le poète du 21ème siècle ne sera pas celui qu’on connaît aujourd’hui il est en germe et  deviendra ce que la société voudra qu’il devienne c'est-à-dire RIEN. Mais s’affronter à un devenir nul, aisément prévisible, impose des devoirs, des attitudes aussi. Depuis les premiers écrits poétiques jusqu’au lettrisme au situationnisme en passant par  différents mouvements et tendances la poésie a changé mais pas tellement l’homme, donc le poète.

           En parlant du poète qui sera l’enfant du siècle on ne peut mettre sous silence la poésie qui en sera  aussi la fille. Survivra-t-elle, se développera-t-elle, deviendra-t-elle importante ou nécessaire ? C’est à toutes ces questions que j’ai demandé aux poètes de tenter de répondre. Et si par un incroyable coup du sort elle prenait une importance telle que le poète devienne  le personnage le plus important de la cité et la poésie essentielle ???

Je vous invite à rêver ou à déchanter, c’est selon.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Extraits du numéro 36

Jean L’ANSELME

 

 

              Il faut d'abord savoir que le poète n'est plus un produit divin, que tous les arts sont devenus, comme les réfrigérateurs, des objets de consommation courante avec une date de péremption, la mort servant de butoir. Que tout créateur travaille maintenant dans l'éphémère et non pour avoir son nom dans le dictionnaire. Les moyens de communication sont tels que, si un artiste n'arrive pas à se faire connaître de son vivant, c'est qu'il n'en vaut pas la peine.

Et pour un poète, qu'est-ce que la célébrité? C'est d'abord de vivre le plus longtemps possible pour asseoir sa notoriété, puisque les media se refusent de le considérer car il n'a pas une valeur marchande. Les Rimbaud ne sont plus possibles en notre temps. Dans notre monde avide de nouveautés, la gloire ne dure que quelques heures. Quand elle vous arrive, comme pour les poètes, à plus de 90 ans, on risque de Mourir avec.

J'ai à peu près épuisé tous les "petits bonheurs" que la fratrie reconnaissante peut réserver à mon âge. J'ai le sentiment d'un frémissement qui pourrait me laisser croire ... Mais, finalement, je ne puis m'empêcher de penser qu'un poète n'est que la petite merde d'une petite mouche à merde dans un océan de bouses de vaches.

Disons-le avec une certaine brutalité : je n’ai pas l’intention de répondre à la question posée : le XXIème siècle, n’y sommes-nous pas déjà ? Il faudrait-il donc dresser le panorama de  la poésie d’aujourd’hui. Ou s’agit-il de s’inquiéter de l’avenir de cet art, d’essayer de saisir l’état de son évolution en, disons : 2099, prospective des plus hasardeuses, même s’il n’y a pas grand risque à affirmer que la poésie (qu’est-ce que la poésie ?) de demain ne ressemblera pas à la poésie de maintenant. Quant à en dire davantage, autant demander à Verlaine ou à Moréas de prévoir Dada, le surréalisme, Tel quel et le Pont de l’Epée, Comme en poésie et Al Dente. Ca va changer, certes, - et même c’est déjà en train de changer, affirmons-le sans crainte : je suis un prophète médiocre.

 

ENQUËTE EXCLUSIVE.. Pour le poète du XXIème.

 

 

On dit qu’il y a à peu près un poète par siècle qui résiste à l’oubli après 5 siècles. Donc nous nous intéresserons au poète du 21ème siècle qui sera encore « présent » au 26ème siècle.

              Il ne sacrifie à aucune mode, ou tendance, et ne voue de culte au aucune université.

              Il a son franc parler, et par conséquent est systématiquement expulsé de tous colloque, salon, séminaire, anthologie, et autres chapelles poético-clanesques.

              Il ne va jouer ni dans la cour des jeunes, ni dans la cour des grands, et ne fait donc la cour à aucune égérie médiatopithèque.

Il ne chante pas son temps, mais plutôt ce que pourrait être son temps si le chant du poète était écouté et retenu.

Il ne fait partie d’aucun cercle, et pense que quand les poètes entrent dans des cercles, ils disparaissent.

Il n’est animé que d’une seule flamme, celle du bois mort des mots qu’il parvient à raviver avec le souffle d’un qui a froid, puis à étreindre, avec le corps qui a chaud.

Bref, il « meurt de soif auprès de la fontaine ». C’est l’éternel refrain, et il y a une éternité que ça dure.

A part ça, il essaiera de faire publier ses poèmes dans diverses revues, jusqu’à ce qu’il sente, que dans ces revues, l’abonné qu’il est passe avant le poète qu’il croit être.

Et même il sollicitera quelque éditeur compétent, sans toutefois aller jusqu’à le payer pour être édité, si bien que peu à peu ses recueils seront tellement espacés et différés dans l’avenir, qu’il mourra sans trop savoir s’il avait réellement de l’avenir en poésie.

Et si par hasard il parvient à publier quelques recueils, n’ayant ni l’âme d’épicier, de camelot ou de voyageur de commerce, il vieillira en rêvant d’un âge d’or où l’éditeur de poésie ferait à fond son boulot de diffuseur, et en contemplant les rayons de ses œuvres joliment préservés dans leurs habits de poussière sur l’étagère de son bureau.

Et le hasard fera le reste…

                                                                                                                                                                       Claude ALBARÈDE 14/06/07