Comme en poésie n°5

Jean Pierre Lesieur

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Au sommaire du numéro 5 :

1 - Éditorial : A l'assaut Gloria
2 - Alain Lemoigne
3 - 4 - Albarède : faux-plat
5 - 6 - Emmanuel Berland : prise sous les ailes et lâchée
dans l'immensité; La chambre noire; Noeud de faux.
7 - 8 - Didier Manyach : chambres
9 - Isabelle Phénix
10 - 11 - Catherine Mafaraud : Qui est José...
12 - 13 - Matthieu Gosztola : Dans la rue; Il lui dit.
14 - 15 - Francine Gurekian-Salomé : Pourquoi je marche
16 - Georges Henri Le garff
17 - 18 - Esther Moïsa : les prénoms de la poisse
19 - Albarède : pensées de poche
20 - 21 - Michel François Lavaur : 10 tercets
22 - 23 Jean Pierre Lesieur : journal 1935...XXXX
24 - Comme en correspondance
25 - Comme en correspondance : Gérard Lemaire
26 - Comme sur internet : Pierre Autin Grenier
27- Comme en fabulie
28 - Comme dans les livres
29 -30 - Comme la poésie dans les livres : J.Chatard
30 - Feuilleton-conte Princesse Saudade (début) Ph.g.Brahy
31 - Comme les petites annonces
32 - 33 - comme dans les revues
34 - Comme la poésie à l'école
35 - 36 - André Campos Rodriguez : pourquoi écrivez-vous?
37 - Olga Quadros : une lettre de la princesse Saudade
38 - 39 - Jean Paul Gavar-Perret : voir Michel Héroult...
40 - Feuilleton conte : princesse Saudade (suite) Ph.g.Brahy

  Extrait du numéro 5 :

LES IMAGES DU PAUVRE

Enfant, je possédais des images pieuses que j'échangeais contre des capotes anglaises aux soldats américains venus libérer notre territoire occupé par des images de bottes. J'en faisais des ballons.
Enfant sans fric, je préférais le mystère de la bulle d'air et le terrible pouvoir qui la saignait quand elle partait découvrir un monde que je me contentais d'imaginer pleins d'avions, de bombes et de types méchants avec des couteaux partout, même dans le coeur, jusqu'à la garde des rêves. Je n'écrivais pas encore.
J'avais le temps de rêver, suprême délice, le temps de percevoir le temps, jusqu'au jour où mes images se mirent à tournoyer, à encombrer mes instants, à grelotter la porte de mes mains, à écumer mes métaphores.
J'aurais voulu les tuer. J'ai tenté de les fuir. Elles ne se laissèrent pas faire, dévorant mes répits, broyant ma vie, je devins inconscience. J'étais en perdition.
Les sauveteurs de tous mérites m'offrirent leurs services; j'abusais de leur mansuétude couarde, car ils ne désiraient pas m'aider à canaliser, à trier, à classer, ils lorgnaient mes images pour les faire à leur semblance. Ils voulaient, les saints hommes, me jeter dans le moule à copie conforme, me faire bouffer du calque, me brader à l'encans pour tirer à multiples exemplaires des stéréotypes à leur dévotion.
Mes images ne se laissèrent pas duper, elles étaient filles pas faciles d'une insoumission révolutionnaire.
Quand pris-je conscience  qu'il fallait que je m'en sorte seul? Je ne saurais le dire avec exactitude, mais dès lors je vis un grand nombre de rats sauter du navire et une salubre tempête les noya queue et tout.
Je sus très vite qu'il me faudrait faire un pacte avec les mots : tractations furent longues et pénibles, j'avais tant à apprendre.
Mes facultés nécessiteuses manquaient de vocabulaire, de connaissance et de livres. Je possédais mes images il fallait leur apprendre à faire l'amour. Ce ne fut pas une mince affaire : combien de procédés, de recettes, de trucs, de traquenards, de pièges, de tindelles, dus-je utiliser ? Mais les malignes trouvaient toujours une issue de secours.
J'appris des autres qu'on pouvait donner langue au hasard, utiliser des lettres et aller promener des squelettes d'images sur les chantiers indifférents, l'agencement scientifiques des structures, l'insignification du signifiant, les aléas formidables des ordinateurs, l'impersonnalité des paris suggérants.
Pouvais-je refuser d'en tenir compte. Mais que devenaient mes images à langues multiples sans le choix créatif d'une loupe posée à hauteur du quotidien. 

JE VOUS LE DEMANDE.
(à suivre)
Jean Pierre LESIEUR